Un problème d’hormones

L’humain est une mécanique formidable. C’est un savant dosage de nerfs, de muscles et d’os, aux humeurs délicatement dosées et qui peut réagir promptement et intelligemment à son environnement. Une des méthodes privilégiées d’adaptation aux conditions toujours changeantes du monde qui l’entoure passe ainsi par les hormones. Parfois cependant, la mécanique s’emballe ; les hormones sont distribuées trop tôt, trop tard, ou pas dans la bonne quantité…

Prenez Olivier B., un mâle un peu sec, taillé sur le schéma du piou-piou brailleur. A 33 ans, on pourrait croire que sa puberté est terminée, et qu’en mâle responsable aux hormones calmées, il fonderait famille et se poserait. Que nenni : un dérèglement hormonal l’enferre dans des agitations musculaires énergiques et inutiles.

En fait, bien qu’ayant passé la trentaine, il a la même fougue qu’un adolescent de 15 ans, et son cerveau, probablement trop longtemps sevré des hormones de croissances adéquates, dispose de la même maturité intellectuelle qu’un jeune prépubère en plein développement.

Ca a quelque chose de touchant, son grand sourire joyeux, expression naïve d’un bonheur simpliste et support gentillet de billevesées amusantes qu’un tendre enfant peut avoir quand il s’éveille au monde, au matin de sa vie. C’est bien dans le contraste de cette émouvante candeur de gamin gnangnan avec le vocabulaire musclé et chargé de la sueur âcre d’un catcheur de fête foraine que se fait jour l’incroyable bataille hormonale subie par le pauvret dans son propre corps.

Et voilà notre cas d’étude qui harangue la foule avec force moulinets du poing tendu comme un petit mammifère territorial dérangé dans ses habitudes de chasse. Dans un certain sens, cependant, il faut bien reconnaître que cette agitation lui sert : il a réussi à devenir, dans le paysage politique du pays, un véritable leader d’opinion, alors que, ne l’oublions pas, son parti ne représente en réalité qu’un faible pourcentage des votants (moins que Le Pen, par exemple). Il bénéficie en cela du silence consternant et des atermoiements jouissifs d’un PS devenu nanoscopique dans la presse et dans les esprits.

Pour le moment, on s’interrogera sur la nature contagieuse de ces problèmes hormonaux : le vieil adolescent est tout de même parvenu à rassembler près de deux milles zozos dans son fief, venus à l’idée tout à fait démocratique (et respectueuse du vote des autres citoyens) que la Rentrée Sociale pouvait continuer, et qu’elle devait sûrement devenir permanente.

De façon symptomatique, ce trouble hormonal attaque aussi les aires du langage puisqu’en lieu et place de “Bordel National”, on trouve “Rentrée Sociale Permanente”, xyloglotie typique d’un mal déjà avancé. Quant à la contagion, elle touche déjà certains de ceux qui vinrent écouter notre spécimen mi-homme mi-ado ; sans doute revigorés par les effluves phéromonales du malade, les auditeurs en sont venus à sortir des petites phrases comme Natacha Larchat, agent de la SNCF, qui assure que les cheminots ont “semé des grains d’espoir”. Eh oui, pas de doute : les Parisiens qui ont dû se taper des kilomètres à pied, les provinciaux qui furent tenus de remettre leurs déplacements à plus -beaucoup plus- tard, devront donc se rendre à l’évidence : cette douloureuse sensation au bas du dos, dans la partie charnue de leur individu, ce sont les “grains d’espoir” des cheminots qui ont pris racine et qui poussent !

Quand à Olivier B., toujours trémoussant dans son bain d’hormones juvéniles, il veut répondre à Hollande, le futur ex-leader d’un petit parti de gauche sans avenir, et qui aurait raillé – dans un moment rare de lucidité – les “éternels porteurs de pancartes” que – je cite le petit Olivier – “certains responsables socialistes devraient réapprendre à le faire parce que ça peut être vachement efficace.”

Et pour le coup, la montée d’hormones de notre Ché d’opérette ne l’induit pas en erreur : porter des pancartes (du genre “Jé Fain : aidé moi siouplé”) sera un jour, espérons-le, le lot commun de ces (ir)responsables socialistes s’ils ne rendent pas un tantinet plus cohérents les discours absurdes qu’ils ânonnent depuis plus de six mois sans aucune conviction.

Cependant, si l’on peut gloser assez facilement sur le ridicule des positions et des stances utilisées par le malade, on doit lui reconnaître, dans la fougue artificielle de sa jeunesse hormonale, une terrible efficacité : le terrain, laissé vide par un PS médiatiquement lilliputien, se voit de plus en plus occupé par cet extrémiste à la petite semaine, marionnette pathétique dans les mains d’un appareil trotskyste rôdé depuis des lustres à ce genre de mises en scènes.

Et la force de cet hurluberlu, c’est précisément d’arriver à se faire passer pour un jeune sympathique : sa petite trogne gentillette, sa faconde construite et ciselée de petit gars du peuple, lui ouvre le coeur et le portefeuille des mamies bien-pensantes et des éternels fonds de commerce de la gauche revendicative.

A l’inverse d’un Julliard dont le côté tartuffe est si grotesque qu’il ne surprend, finalement, pas grand’monde, le petit Olivier s’est taillé une crédibilité sur la distance, en bon outil marketing affûté qu’il est.

A n’en pas douter, il est encore là pour un moment. Et ce qui m’attriste, c’est la complaisance joyeuse des organes de presse devant ce leader extrémiste ouvertement revendiqué comme un tenant d’une idéologie qui a montré (et montre encore, Vénézuela oblige) ses funestes effets, alors qu’un Le Pen n’a jamais cessé d’être dénoncé pour ce même extrémisme.

Eh oui. Les poussées d’hormones de gauche sont, apparemment, plus morales que celles de droite.

Un espoir d’auto-destruction rigolote existe cependant. Le camp des ultra-socialistes, ou, comme le diraient certains journaleux bien doux, le camp à gauche de la gauche, n’est pas aussi uni qu’on voudrait nous le faire croire. Le parti d’Arlette, qui doit se partager l’audience avec celui d’Olivier, ne semble en effet pas trop d’accord pour se rapprocher et fusionner dans les élans joyeux de gaieté festive et citoyenne du jeunot. En effet, aux appels grandiloquents du facteur excité en faveur d’un Grand Parti Anticapitaliste Du Bonheur Vitaminé, Lutte Ouvrière est restée coi.

De la même façon que le PS se déchire gentiment, tiraillé de mélenchonites, de fabiusômes malins et d’emmanuellisme chronique, les autres archaïsmes politiques que compte la France ne sont pas exempts de dissensions.

A la division du travail des capitalistes, les ultra-communistes répondent par la division des idées, la multiplication des mouvements internes, l’addition des petites querelles et la soustraction des humanismes.

Et ça, c’est une vrai lueur d’espoir.

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