Les économistes pour les nuls

On le dit, on le répète, sur ce blog et ailleurs : c’est la criiise. Notez qu’il y a moins de « i » que d’habitude, parce que la bourse est un peu remontée, et c’est donc moins la crise qu’en février par exemple. Mais tout de même : ça rue sévère dans les brancards et on sent, aux petites perles de sueur sur les fronts de nos augustes élites, que la situation n’est pas à l’amusement. Et alors que la conjoncture n’est pas rose, le politicien de base doit, pour garder son cap, obtenir les meilleures indications de ses copilotes, au premier rang desquels on trouve … les économistes. Comme ce sont toujours les mêmes noms qui reviennent, un petit passage en revue de nos troupes d’intervention de choc s’impose donc.

Dans ces bourrasques financières et économiques, rares sont les voix qu’on entend encore, et plus rares semblent encore les voies qu’on peut emprunter. On vous le dit : c’est une crise du crédit maousse, plus question d’emprunter quoique ce soit, y’en a plus !

Et si on lit, un peu, les journaux, ou que l’on parcourt Internet à la recherche d’augures crédibles, on retrouve systématiquement quelques noms d’économistes en vogue dont on peut parier que les propos, retranscris fiévreusement par une presse avide de repères et d’hommes providentiels, seront chaudement recommandés à nos dirigeants toujours en mal d’appuyer leurs politiques brouillonnes et fiévreuses sur une base scientifique.

En ces temps de criiise, l’économiste est donc rapidement devenu pour l’homme politique le couteau suisse de l’action étatique, fournissant à la fois la raison d’une action et son modus operandi. Et si l’économiste en question peut être paré de titres ronflants, son crédit n’en est qu’accru : comme une pythie aux oracles inaccessibles aux communs des mortels, il devient alors quasi-intouchable et inattaquable.

Dans ces économistes, on retrouve bien évidemment ceux qui se sont fait adouber par la Banque de Suède en mémoire d’Alfred Nobel ; difficile de faire plus ronflant, plus solide, plus présentable. Et peu importe que le prix fut reçu pour un domaine qui n’a rien à voir avec la crise elle-même : ici, c’est le titre qui compte, comme ne compte guère la spécialité de dermatologue pour un médecin, si c’est le seul que vous avez sous la main lorsque vous souffrez d’un cancer généralisé.

Localement, on se contentera d’une pointure diplômée d’une officine locale dont on ne tarira pas d’éloges bien qu’on sait pertinemment qu’elle n’a plus produit de génies dans la discipline depuis… mettons 20 ans.

Enfin, on n’oubliera pas les improvisateurs de génie qui, sans forcément connaître la discipline économique, ont réussi à se tailler une place au soleil et dans les médias grâce à un solide réseau de connaissances accointances, une obédience marquée pour une certaine forme de politique et un don notoire pour faire passer leurs écrits pour des révélations profondes en mêlant fort habilement le profond et l’obscur au détriment du premier et à grand renfort du second.

Dans les économistes de claâsse mondiale, que dis-je, mieux que ça, qui ont la Classe Américaine dans la peau comme d’autres ont la Ouiche Lorraine dans le ventre, on retrouve nos deux lascars régulièrement cités par toute une frange de la presse, à savoir … (roulements de tambour) Paul Krugman et Joseph Stiglitz.

Et nous tenons là, en effet, deux pointures. Deux pointures car Krugman a réussi, au fil des années, à dire tellement de bêtises qu’il a maintenant son propre fan-group dédié depuis 2003 à décaniller ses inepties. Et le bougre, utilisant assez systématiquement les mêmes ficelles rhétoriques, en produit un nombre si considérable qu’il est difficile d’en tenir compte entièrement. Cependant, quelques éléments permettent de conclure que notre homme est fort prolixe, donne volontiers de sa personne pour expliquer ce qui se passe et ce qu’il faudrait faire et, tenez-vous bien, … il est keynésien. Le plus beau, c’est que son « prix Nobel » n’avait, au départ, rien à voir avec ce keynésianisme. A présent, évidemment, on s’empresse pourtant de voir en lui un solide argumentaire pour la dépense publique, rôle qu’il endosse avec gourmandise.

De l’autre côté, Stiglitz est un roman à lui tout seul. On a bien du mal à comprendre comment le politicien et les médias peuvent concilier ce prix Nobel, l’aura dont il bénéficie lorsqu’il prône, lui aussi, des mesures parfaitement keynésiennes (« dépensez, dépensez, il en restera toujours quelque chose ! »), et, de l’autre, le tâcheron qui aura réussi à produire en 2002 une étude über-optimiste sur Freddie Mac et Fannie Mae, qui, avec le recul, devrait rester comme un exemple parfait de ce qu’il ne faudrait jamais faire.

To update that analysis, we commissioned Joseph Stiglitz (2001 Nobel Prize winner in economics), Jonathan Orszag, and Peter Orszag to examine the likelihood of the risk-based capital scenario. Their econometric analysis found that the probability of the stress test scenario is conservatively one in 500,000 and may be smaller than one in three million. As a result, they find that the risk of a default by these companies, if they hold sufficient capital to meet the stress test, is “effectively zero ».

Pour un descriptif de cette embarrassante casserole pour Stiglitz, on pourra se référer à mon confrère LHC Vincent Bénard, et sur cet excellent article ; et de façon générale, notre ami Stiglitz fut déjà décortiqué sur Tanstaafl et Georges Lane dont je recommande les lectures.

Côté Franchouillie, depuis Maurice Allais, c’est le calme plat.

Plus de prix Nobel, plus aucun génie économique de classe internationale ; au mieux, des chercheurs au CNRS. La France est passée en quelques décennies d’une nation qui produisit un économiste capable de parler d’égal à égal avec les Autrichiens, à un état en manque de repère qui pond, au sortir des tubulures complexes et chromées d’un CNRS qui n’en finit pas de vieillir mollement, du Lordon ou du Piketty.

Lordon, ouvertement communiste, est régulièrement invité dans des médias neutres (comme l’Humanité ou Bellacio) à dire tout le bien qu’il pense de l’économie de marché, du capitalisme et de l’économie en général, passés par sa fine grille d’analyse collectiviste qui lui permet une objectivité à toute épreuve. On comprendra que tout ce qu’il dit sera à prendre avec les restrictions d’usage sur n’importe quel produit toxique dont l’utilisation ou la mise en application provoque systématiquement des morts par millions.

Côté Piketty, un économiste qui cogne, on nage dans des eaux à peine moins chargées en polluants, puisque notre ami des solutions collectives et de l’économie alter-comprenante est, de façon quasi-officielle, l’ « économiste du PS », ce qui, quand on y réfléchit bien, est assez comique quand on voit ce que les socialistes font avec l’économie en général et nos économies en particulier. On aura tout de même une pensée émue sur son travail dont on soupçonne la patte ici : c’est du lourd, c’est du triste, c’est du … socialisme de crise de nerf : on propose les mêmes conneries abyssales que fait actuellement le gouvernement, mais en un chouilla plus fort. Consternant.

Ce petit panel d’économistes célèbres et adulés par ces temps houleux ne serait pas complet si l’on n’évoquait pas les improvisateurs couillus.

D’un côté, nous avons un certain Paul Jorion, sympathique trublion de la webosphère proposant un blog chamarré et résolument crisophile. Mais voilà, il n’est pas économiste, mais sociologue et anthropologue. Et terriblement keynésien, placé dans l’attente humide d’une fracture du système capitaliste et de son remplacement par… autre chose dont on ne sait jamais comment ou de quoi elle sera faite : « la solution est de type New Deal….il faut réaliser de grands projets, mettre le maximum de gens sur les énergies renouvelables, la recherche… ». On n’est pas très avancé, si ce n’est, là encore, sur de voies (de garage) malheureusement déjà prises jadis comme ici : « Il est urgent de redistribuer l’argent là où on en a besoin. «  Eh oui. La redistribution, qui consiste, en termes plats, à voler certains pour distribuer la rapine, est ainsi nommée parce que pour distribuer, il faut déjà créer de la richesse, richesse que le système proposé est bien en mal de produire…

Comme bien souvent, on note une bonne analyse des symptômes (une utilisation galopante du crédit), plaquée sur une vision très particulière de la société (d’où les mots « classes » et « lutte » sont à peine cachés) qui donne une solution, toujours la même, désespérante de conformisme, où l’ensemble de l’Humanité serait mue dans un même élan vers un travail sur (au choix ou ensemble) les énergies renouvelables, les grands projets, la recherche, l’industrie médicale. Mais, bizarrement, jamais les biscuits, les OGM, l’industrie automobile ou les iPods.

Bah, c’est, finalement, du socialisme ou, mieux, du marxisme, ni plus ni moins, avec son capitalisme qui s’effondre, sa la luttephase finale afférente, et son auto-allumage où le marxisme fait des papouille au marxisme. Prévisible, non ?

Et à côté de notre Jorion de combat, bon état, très peu servi, nous avons un magnifique Todd, usé jusqu’à la corde mais toujours fringant dans ses habits rouges cramoisis, qui n’est pas non plus économiste, mais politologue, démographe, historien, sociologue, essayiste et so terribly french : on pourra s’en convaincre en lisant cette petite note de lecture de chez econoclaste, pourtant pas taxable de libéralisme forcené et malgré tout, pas convaincu par les errements tristounets d’un communiste honteux dont les ratiocinations n’intéressent finalement … que les Français.

Avec ces quelques noms, nous avons fait un tour succinct des Économistes de l’Alter-Économie, espace alternatif merveilleux où le keynésianisme fonctionne bien, dans lequel le New Deal de Roosevelt fut un franc succès, et dans lequel l’Humanité s’ébroue joyeusement dans un communisme frétillant, sans aucune victime…


La parabole de l’aspirine…

Et ce sont donc ces quelques noms que nous retrouvons régulièrement dans les bouches des conseillers de nos politiques ; ce sont ces phares de la pensée économique que nous voyons prodiguer des conseils aux oreilles des dirigeants, trop heureux de trouver auprès d’eux des justifications pour les dépenses sans fin qu’ils promeuvent à tour de bras. Et ce sont ces mêmes écoconomistes dont les foules bien-pensantes françaises raffolent, qui sont adulés dans leurs thèses et soutenus dans leurs préconisations…

On peut alors se demander : combien pariez-vous pour une sortie rapide d’une crise provoquée par l’interventionnisme, lorsqu’on ajoute un peu plus d’interventionnisme ?

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