Wikio Group, Fred Lefebvre, NTIC et révolutions

Je l’avais mentionné dans une brève précédente : Fred Lefebvre, la référence passion en matière de bruyantes idioties, a demandé à la DGCCRF d’enquêter sur les sites web d’avis de consommateurs, et les blogs ayant une audience nationale afin de vérifier que leurs avis ne sont pas de honteuses publicités.

À la suite de quoi, l’avocat de Wikio Group s’est fendu d’une lettre, assez bien tournée, établissant quelques informations essentielles à l’attention du secrétaire d’état à la Taxation et l’Empêchement du Commerce et au Prenage des Petits Internautes Pour Des Andouilles.

Notant que les internautes ont une démarche active lorsqu’ils recherchent un produit sur internet au contraire des téléspectateurs avachis devant leur télé, et remarquant qu’un blogueur dispose d’une influence strictement liée à la confiance qui s’est tissée entre lui et ses lecteurs, Wikio Group insiste donc sur le fait que les promotions visibles sur internet sont certainement présentées de façon plus fiables et bien plus faciles à prendre dans leur contexte qu’à la télé.

Fred Lefebvre

J’aimerais ainsi et surtout attirer particulièrement votre attention sur le fait que c’est tout un système de confiance qui s’est créé entre blogueurs et lecteurs, entre comparateurs et adeptes de ces comparateurs. Ainsi, lorsqu’un spammeur professionnel est identifié, ses commentaires sont le plus souvent rejetés par le blogueur.

J’ai pas mal apprécié la conclusion de la lettre, qui remet un peu les choses en perspective pour notre frétillant politicien dont le mandat devra un jour être soumis à la bonne volonté des citoyens qu’il tente d’entuber une fois de plus :

Internet, loin d’être une mafia qui se serait développée en l’absence de l’État, est un écosystème sain et qui fonctionne (…) il serait temps de concevoir que ces internautes, s’il est avéré qu’ils ne sont pas tous des trafiquants, proxénètes, racistes, violeurs et psychopathes, sont en revanche bel et bien des électeurs.

Eh oui : bien que beaucoup d’internautes avouent avoir une tendresse coupable pour les nazis pédophiles partouzeurs de gauche, il leur arrive parfois de s’agacer des comportements stupides des élus qu’ils portent au pouvoir.

De façon diamétralement opposée et si les internautes sont des électeurs, on peut en revanche sérieusement s’interroger pour savoir si nos élites dirigeantes sont, même sur un malentendu, parfois des internautes ?

Comprenez-moi bien : il ne s’agit pas de savoir si Fred Lefebvre, dont très manifestement les cheveux poussent autant à l’extérieur qu’à l’intérieur de la boîte crânienne, est capable de se servir d’un ordinateur. Il est évident que l’objet ne doit lui apporter qu’une certaine révulsion.

Il ne s’agit pas plus de s’imaginer que Nicolas Sarkozy, bien qu’un habitué des péroraisons pénibles sur l’interweb et les nouvelles technologies qu’on bouge avec un mulot, est un l33t hax0r de première bourre : il est plus que probable qu’en réalité, notre frétillant président n’a jamais eu à mémoriser le moindre mot de passe pour une messagerie, le moindre compte facebook, twitter, hotmail, msn, meetic, j’en passe et des meilleures, et que son rapport aux ordinateurs se cantonne aux appels téléphoniques et petits coups de mentons qu’il adresse à ses secrétaires en charge de sa communication électronique.

Mais en fait, ceux qui, sans arrêt actuellement, mettent leur gros museau humide dans les affaires internautiques sont de parfaits incompétents, dans la plus pleine acception du terme : ils n’ont, stricto sensu, absolument aucune compétence, aucune idée, aucune expérience de ce que peut bien être internet.

C’est tellement confus et éthéré dans leurs esprits embrumés par des déjeuners trop capiteux qu’il est impensable que les décisions qu’ils prennent ne soient pas parfaitement comparables, en toute objectivité, aux choix brumeux que ferait un poivrot chargé à 2.5g/l dans sa 205 à 120 km/h sur une départementale verglacée.

Et d’ailleurs, les résultats obtenus, en ce compris les tôles froissées, les fractures multiples et les discours incohérents, sont tout aussi comparables : s’imaginant prendre avec souplesse le virage des technologies de l’information, ils se retrouvent en fait rapidement propulsés dans le décor pendant que le reste du monde, lucide, continue sa route prestement. Abandonnés, l’haleine chargée et les vêtements déchirés, au milieu des champs boueux de raisonnements d’un XXème siècle poussiéreux, à cheval entre Charles de Gaulle et le formica des années 70, nos élites s’excitent comme des puces à l’idée de réglementer tout ce bazar qu’ils ne comprennent pas.

Tous les jours montrent d’ailleurs le décalage entre les politiciens, les « puissants », et le peuple qui utilise, lui, pour de vrai, les nouvelles technologies. Comme le note l’Hérétique dans un récent billet, la récente révolution tunisienne et actuellement égyptienne montre la prépondérance des moyens nouveaux de communication. Et si la « soupape démocratique » que constitue les élections régulières et la liberté d’expressions jouent pour apaiser l’inquiétude de nos propres politiciens, il ne faut pas se leurrer : tous, autant qu’ils sont, savent qu’ils jouent de plus en plus gros à pipeauter, à tenter de tout contrôler.

Tout ceci est fort intéressant. Ce sentiment de gêne, de perte de contrôle, qu’on peut lire dans les yeux de nos politocards nous remémorent cette phrase célèbre de Jefferson :

« When governments fear the people, there is liberty. When the people fear the government, there is tyranny. »

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Commentaires26

  1. Kornic

    « il est impensable que les décisions qu’ils prennent ne soient pas parfaitement comparables, en toute objectivité, aux choix brumeux que ferait un poivrot chargé à 2.5g/l dans sa 205 à 120 km/h sur une départementale verglacée. »
    Au moins le poivrot, quand il se prend un arbre, il s’arrête. Alors qu’eux accélèrent.

  2. Flak

    resultat direct de 20 ans de internet=pedophiles.
    merci qui? merci le merdia froncais.

    remarquez depuis qu’internet existe ils foutent la paix a la BD.

  3. Stéphane

    « Mais en fait, ceux qui, sans arrêt actuellement, mettent leur gros museau humide dans les affaires internautiques sont de parfaits incompétents, dans la plus pleine acceptation du terme : ils n’ont, stricto sensu, absolument aucune compétence, aucune idée, aucune expérience de ce que peut bien être internet. »

    Même chose pour le droit du travail, le droit des entreprises, le droit du commerce, le droit pénal.

    Quand on fait de la politique toute sa vie, en fin de compte on sait très peu de choses. Mais on a un avis sur tout (et on en fait des lois.)

  4. InOut

    Révélateur.

    Les politiques n’ont même plus besoin de psychanalyse, elle leur est offerte gracieusement par des nazis pédophiles partouzeurs de gôche, et ils en redemandent.

    Pour vraiment punir un masochiste, arrêtons de lui administrer la correction qu’il réclame, et il vous suppliera à genoux…

    Et puis ne nous moquons pas trop des infirmes, ils finissent par devenir exécrables.

    Pas de bras – pas de chocolat; pas de main – pas de pain; pas de tête – pas de pépètes; pas de pieds – pas de claviers…

    Et puis c’est tout.

    La France reste et restera has been dans le développement des techno-informatique-réseaux pour le bien-être des incompétents qui n’hésitent pas à couper les bras , les doigts, la tête et les pieds pour une nouvelle civilisation de tronconsommateurs… ne brisons pas leurs rêves, ils y mettent tant de moyens qu’il y a bon à croquer: Hadopi recrute…

    belle escalade à venir.

    1. InOut

      Il y a des patiences que j’admire, la vôtre, cher h16, en fait partie.

      La réponse à cette missive wikio, nous ne l’aurons probablement jamais. Mais les silences en disent souvent bien plus.

      Les interventions diverses rencontrées, ici et ailleurs, sont toutes aussi révélatrices.

      Continuez, car il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas leurs points de vues. (bien que l’open source, les wiki et autres Linuxiens ont fait leurs preuves, il y aura toujours des rigolos qui ne l’admettront pas, vous en avez un bel exemple sur ce fil)

      Quoi qu’il advienne, ce sont les actes uniquement qui seront retenus pour des actions futures.

      La récup d’internet se promet de n’être en rien une sinécure, mais une vaste fumisterie collective qui débouchera sur l’anonymat le plus total, ou une dictature planétaire, ne voyant, hélas, pas d’autres solutions à ce jour.

      Pour conclure, ce n’est pas internet qui a besoin d’être civilisé, mais c’est aux politiques et à leurs partisans de comprendre que le Far-west est d’une autre époque.

  5. hank rearden

    Le politique est bien emmerdé de se rendre compte que le monde (ici une partie du monde: l’internet) peut tourner (mieux) sans lui. Ceux qui « mettent leur gros museau humide dans les affaires internautiques » ne sont pas seulement involontairement incompétents, ils sont aussi très volontairement nuisibles. La Liberté, les truc qui s’autorégulent, c’est leur cauchemar, l’assurance de leur inutilité.

    1. YP

      Normal : « La nature à horreur du vide. »

      Il faut bien réglementer un bataclan pour prouver que rien ne peux fonctionner sans la régulation des politic(h)iens…

  6. gem

    Parmi les élus, en revanche, on trouvera facilement des trafiquants, proxénètes, racistes, violeurs et psychopathes. Plus facilement que des internautes…

    Étonnant, non ?

  7. Tabilore

    <>

    Une « acceptation » que je n’accepte pas. Une nouvelle acception du mot, peut-être?

    Sourire pervers de l’internaute anonyme qui trouve des fautes de français dans un article* très bien construit.

    (* Pourquoi on ne dirait pas « article », après tout; ces messieurs les journalistes n’en ont pas le monopole. H, tu reprends toi-même la fonction du journaliste sain. Non?)

    1. Philippe Sandron

      Sourire aussi de complicité et souscription à ce double commentaire. Ces égarements de notre journaliste ce sont pas tout à fait à la hauteur de ses articles. Il est vrai que le correcteur orthographique est aveugle à ces nuances. Il accepte tout et n’importe quoi. Nous, un peu plus difficilement.

        1. Il y a tout simplement que j’ai beau me relire trois fois, il en reste toujours. Je n’ai tout simplement pas le temps de me poser la question, sur chaque expression, de savoir si je n’ai pas fait une faute. C’est très dommage, mais justement, l’intérêt d’internet, c’est qu’il permet d’avoir des relecteurs 🙂 !

      1. Philippe Sandron

        C’est bien parce que nous connaissons cette difficulté que nous nous permettons, dans cet esprit, ces sugestions de correcteurs.

  8. Winston (l’autre)

    « il ne s’agit pas de savoir si Fred Lefebvre (…) est capable de se servir d’un ordinateur. Il est évident que l’objet ne doit lui apporter qu’une certaine révulsion. »

    Il en est encore à la mécanographie. D’ailleurs je suis certain qu’il doit exister un code ROME pour ça chez Popol. 😀

  9. FrédéricLN

    Il fallait qu’une fois dans ma vie, je me sente plus d’accord avec mon homonyme qu’avec wikio.

    La lettre du responsable juridique de wikio sous-entend, mais sous-entend très fort, qu’il faut défendre une pratique totalement illégale : le fait, pour des personnes payées par des marques (blogueurs, « community managers »…), de publier un contenu à leur sujet, sans faire clairement apparaître que c’est à titre rémunéré.

    L’article L121-1 du Code de la Consommation, applicable aux sites professionnels, ajoute qu’une « pratique commerciale est … trompeuse […] lorsqu’elle n’indique pas sa véritable intention commerciale ». (source La Tribune).

    Or, compter sur le flair des internautes pour repérer le vrai du faux, c’est admettre que l’intention commerciale n’a pas été clairement indiquée.

    Et revendiquer cette tromperie comme « l’écosystème » du web, c’est donner une très pauvre image et du web, et des internautes.

    Je ne demande pas des lois spéciales anti-web 😉 au contraire ! mais l’application aux web des lois de transparence qui régissent un marché libre et honnête.

    1. Il n’y en a pas besoin et c’est ce qu’explique la lettre de Wikio.

      Les agrégateurs / comparateurs de prix, s’ils ne sont pas transparents et/ou honnête, ça va se savoir très vite.
      Les blogs qui font de la retape pour un produit merdique parce qu’ils ont été payés pour, comment crois-tu que ça va se passer quand ça va se savoir ?
      Note que je ne dis pas « si ça va se savoir », mais bien « quand » : de nos jours, mêmes les secrets d’ambassades fuitent, alors ce genre de petites entourloupes est le B.A. BA du truc qui va se savoir très vite.

      Le retour de flamme (perte de crédibilité du site, descente en flamme par les commentaires, critiques sur tous les autres supports et autres sites) est absolument catastrophique. Je connais des marques puissantes qui ont du changer leur logo à la suite de critiques d’internautes lambda…

      Bref : ce genre de démarche est inutile.

      1. FrédéricLN

        Qu’elles soient contre-productives, je le pense aussi. Mais si j’ai assez souvent à décommander ce genre de choses à mes clients, c’est sans doute que ça se fait et que d’autres le proposent.

        En fait, il y a tellement que, professionnellement (l’écoute du web est une de mes activités), je développe des algorithmes pour les éliminer des corpus de textes étudiés.

        S’il y en a, c’est sans doute que ça arrive à tromper au moins une partie des internautes ? Le représentant de Wikio dit que les internautes font facilement la différence. Je pense aussi que la différence est facile à faire… quand on connaît un peu internet. Mais les personnes qui se connectent ponctuellement, à la recherche d’information sur un produit ou un film, sont-elles toutes des expertes d’internet ?

        Le raisonnement « c’est au consommateur d’être expert et de démasquer la tromperie » autoriserait toutes les fraudes…

        … Et c’est justement le boulot du Secrétaire d’Etat à la Consommation de lutter contre la tromperie envers les consommateurs.

        Il y a le « point Lefebvre » créé par yledu (quand quelqu’un attribue à internet un mal commis par une personne physique) ; à mon avis, défendre par principe tout ce que des personnes physiques font sur internet, comme si le lieu « internet » rendait automatiquement leurs actes vertueux ou inoffensifs, relève d’un « point Lefebvre par l’absurde » !

        1. a/ je n’ai jamais dit que ça n’existait pas
          b/ tu indiques toi-même décourager la chose, et mettre en place des algos pour en tenir compte
          Rien que ceci indique qu’il n’y a pas besoin d’une loi puisque certains font déjà ce qu’il faut. Ce que tu dis ensuite confirme : tu penses que la différence est facile à faire, moyennant un peu d’éducation. Or cette dernière ne se décrète pas par la loi, mais … s’obtient par un acte volontaire.

          Autrement dit, ce genre de loi, au prétexte de protéger les sad fews qui ne savent pas, va emmerder la très grande majorité qui sait très bien s’en passer. Que ce soit le boulot de FL, c’est une évidence : il lui est, comme tout politicien, absolument indispensable de s’agiter pour montrer qu’il existe. S’il ne le fait pas, pouf, il disparaît.

          Concernant le point Lefebvre, je note surtout qu’il t’empêche de voir la forêt derrière l’arbre : pour les mêmes raisons qu’internet, la même loi IRL ne sert à rien. La réputation d’un établissement ne se fait jamais sur sa bonne mine, sa publicité ou les néons qui l’ornent. Regarde comment toi, consommateur lambda, tu réagis : tu va acheter telle voiture, ou tel moniteur, ou aller dans telle banque parce que … tu connais la réputation des uns et des autres, et cette réputation est majoritairement le fait des discussions que tu as avec d’autres autour de toi.

        2. FrédéricLN

          Bien noté ton avis 😉

          NB :

          – Justement, les mêmes lois IRL existent, et sont appliquées autant que possible, et justement, il y a plein de procès là-dessus.

          – Les algorithmes que je peux développer servent à constituer des corpus d’étude expurgés des faux avis. Ils ne sont malheureusement pas destinés aux simples internautes.

          – Je ne pense pas que la grande majorité des internautes (entendre : des 55 ou 60 millions d’internautes français) ait la même familiarité que toi ou moi avec la tonalité des « vrais et faux avis ». Si c’était prouvé, ça me ferait plaisir. Mais de toute façon, la loi est faite pour protéger les plus faibles, pas les plus à l’aise !

          Autant je considère Frédéric Lefebvre comme un adversaire personnel en raison de ses fonctions auprès de M. Sarkozy et peut-être de son nom… autant je me refuserais à lui faire un procès d’intentions.

  10. Paulo

    Dans la série “les grands penseurs de notre temps” (pointure Lefebvre, Morin, etc.) Le Monde daté du 29 janvier 2011 nous présente (tardivement) Gianni Vattimo, philosophe italien, professeur à l’université de Turin, député européen et j’en passe. On connaissait la tragédie antique et le drame bourgeois, Vattimo a inventé la tragédie bobolandaise (ou drame bisounourslandais ?) dont le ressort est l’action virtuelle. On identifie une œuvre du genre à son titre qui commence toujours par « J’ai failli… ». Ici, conformément à l’actualité euthanazie : « J’ai failli être complice d’un suicide assisté ». Ne manquez pas cette publication qui devrait en précéder beaucoup d’autres, sans compter les produits dérivés sur le modèle : la connerie que j’ai failli (ne pas) dire, et ainsi de suite.
    Pas sûr que ce commentaire colle à ce billet, si bien que j’ai failli ne pas l’envoyer.
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/01/28/j-ai-failli-etre-complice-d-un-suicide-assiste_1471913_3232.html

  11. adnstep

    @Frédéric : vos intentions sont peut-être bonnes, mais parfois, mieux vaut se bruler un peu le doigt pour savoir qu’il ne faut pas toucher la plaque chauffante. Bref, mieux vaut un internaute trompé, qui jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y reprendrait plus, qu’une usine à gaz liberticide, rapidement détournée par des officines dont le seul boulot sera de produire des commentaires légalement Ok, tandis que le commentaire de l’internaute lambda ne sera plus publié par peur du procès.

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