J’aime les nazis pédophiles partouzeurs de gauche

Pauvre de moi. Il y a encore quelques jours, j’avais la ferme intention de monter, de façon tout à fait détendue, un petit site pro-nazi pédophile comprenant une section Fabriquez Votre Bombe Tout Seul Comme Un Grand et une autre pour les Mangeurs d’Enfants et/ou Pornographie Extrême, avec photos et reportages dans le vif du sujet. Malheureusement, avec le projet de loi qui est en cours de discussion entre le ministère de l’Intérieur et les FAI, zut et rezut, il semblerait que mes carottes nazis pédopornographes soient cuites.

Evidemment, le lecteur perspicace et habituel de ce blog saura que mon désir de monter un tel site était exclusivement motivé par l’appât du gain facile, la certaine luxure d’un esprit libidineux et le goût immodéré pour le moralement douteux. Eh oui, en tant que Libéral aux mocassins à glands, je me dois, comme tout bon capitaliste absolument cynique et pourri au plus profond de mon âme, de me faire des roubignoles en platine sur le malheur des autres, de préférence s’ils sont sans défense et à l’autre bout de la Terre, aux Philippines par exemple. Et comme je mange à tous les râteliers, je comptais aussi planifier un ou deux attentats, bien crapuleux et sanguinolent, moyennant d’épais sacs de billets obtenus par la vente de drogue d’un groupement armé ridicule mais riche.

Là. C’est bon, je crois, nous avons toute la panoplie : du sexe, de la drogue, des armes, des trafics, de la pornographie, des enfants maltraités, un peu de nazisme et de pédophilie, tous les mots-clefs y sont.

Normalement, si le projet de loi en préparation actuellement voit le jour et est appliqué, ce billet devrait déclencher quelques alarmes.

Résumons la situation. Un groupe de vieux schnoques qui ne comprennent absolument rien aux technologies de l’information a décidé de faire le Bien autour de lui, contre le reste du monde qui est fondamentalement mauvais, comme chacun sait.

Au contraire de l’autre groupe de vieux schnoques qui est dans l’opposition et rêverait de faire pareil, ce groupe-là est au pouvoir et entend donc mener une politique radicalement différent des autres vieux schnoques … en faisant exactement pareil. Et comme l’un et l’autre groupe de vieux schnoques s’entendent comme larrons en foire dès lors qu’il s’agit de saboter quelque chose qui marche bien, à l’instar d’un Capitaine Blâme bien rôdé, il y a fort à parier que ce projet ne restera pas longtemps dans les cartons.

L’idée, au départ, est complètement ridicule.

Elle part d’un énième bon sentiment comme seuls les mères, les voisins et les politiques peuvent en avoir ; il s’agit de cette propension incroyables qu’ont les mères, les voisins et les politiques à vouloir absolument se mêler de votre vie pour votre bien et en dépit de votre avis. La maman, c’est souvent par amour. Le voisin, c’est parfois par amitié. Le politique, c’est toujours par intérêt personnel, et jamais le vôtre.

Le sentiment, ici, s’exprime de la façon suivante : de par le monde, il existe au moins un site internet sur lequel circule des informations qui pourraient éventuellement être dommageable à quelqu’un.

Et l’idée ridicule se cristallise alors de la façon suivante : il faut nettoyer internet de ces vilains sites pas beaux.

Tout internet ? Nan, évidemment. Le politique n’est pas bête. Enfin, pas tout à fait : il se focalise sur son domaine légal de compétence, cette vaste étendue de droits et libertés sur laquelle et comme tout mammifère moyen il y fait régulièrement pipi pour marquer son territoire.

Ensuite, partant de cette idée ridicule qu’il faut nettoyer internet, il établit une liste de buts improbables, un fourre-tout pathétique de bricolages tant techniques que juridiques, pour tenter non pas de résoudre le problème qu’il s’est lui-même posé, mais, à la façon d’un enfant – qu’on dira pudiquement différent – faisant rentrer de force un gros cube dans un cylindre trop étroit, de ramener le problème à un ensemble réduit de concepts qu’il est à même de manipuler. Autrement dit : puisque le problème est intractable pour son esprit technophobe et rétrograde, modifions le problème, courbons la réalité pour que celle-ci satisfasse les exigences de ses théories.


Ceci n’est pas un filtre internet

D’une part, on aura soin de ne surtout pas dire qu’il s’agit ni plus ni moins que de censure pure et simple au niveau d’un médium jusqu’à présent relativement libre. On appellera donc ça « filtrage ». Ça évoque les petites cartouches blanches qu’on coince au fond des filtres à eau, les petits cônes de papier blanc qu’on dépose religieusement dans la cafetière avant de déguster un breuvage tonique, etc… En tout cas, ça n’évoque pas la Chine, Cuba ou la Corée du Nord. Non. Pas de ça ici.

D’autre part, on utilisera la technique un peu voyante mais efficace du « Je charge la barque à fond, je larguerai un peu de lest pendant les négos, comme ça, tout le monde est content et j’aurai un texte bien ficelé qui passera tout seul ». Comme pour une maison qu’on veut vendre 100.000 et qu’on propose 150.000 en la faisant très progressivement baisser au cours de la discussion, nos amis de l’intérieur nous ont donc préparé un texte bien gratiné.

En gros, l’idée est de flanquer sous le tapis la LCEN en plaçant les FAI, simples redistributeurs, comme co-responsables des contenus qui sont diffusés, en reprenant au minimum les lois d’un autre siècle en vigueur pour les autres médiums comme la télé, la radio ou les journaux, et en ajoutant quelques bonus du cru.

Le fait que, contrairement aux prédécesseurs, chacun peut diffuser de l’information et que le FAI ne fournit, finalement, que des tuyaux, ne semble pas chiffonner les fossoyeurs de la liberté numérique française. De même ne semble pas effleurer l’esprit de ces bidouilleurs technophobes le fait que, sur le plan technique, ce qui est demandé à ces mêmes FAI soit particulièrement compliqué à mettre en oeuvre quitte à, encore une fois, ajouter un boulet à la patte d’un des rares domaines où la France n’était pas encore en retard.

L’Internet Mou sera donc une invention fraônçaise, qui permettra par une vigueur mesurée, de donner à tous, petits, grands, vieux et jeunes, la même impression de surf 56K sur des sites pastels allant de mangerbouffer.fr à pravda-info.fr en passant par l’inévitable administration-rectale.fr. Grâce aux censures actives, plus aucun mot offensant pour les minovités risibles, plus d’opinions qui dépassent. Grâce au filtrage des FAI, votre débit sera enfin maîtrisé et vous aussi pourrez goûter aux joies du « Web 0.2 » . Grâce à la participation active et obligatoire des fournisseurs dans la dénonciation des ennemis du régime, fini les mauvaises surprises qui amènent subrepticement sur les sites de décérébrés mangeurs d’enfants.

Eh oui : le projet prévoit même, ouvertement, que le FAI se fasse policier et lui impose le saute-mouton légal et élastique au-dessus des codes de procédures civil ou pénal : lorsqu’un ayant-droit (pas un juge, donc) fera une demande directe d’identification d’IP à un FAI sans passer par la voie judiciaire (par exemple avec un coup de téléphone), le bon FAI devra apporter toutes ses connaissances pour satisfaire ces demandes d’informations officielles, et répondre en fournissant, outre l’inévitable cerfa 27B-6, cent euros et une petite barre chocolatée, bien sûr.

A ce stade, le gouvernement aura tôt fait de dire que oui mais non mais enfin chut, en se cachant derrière un petit Rien de ce qui est listé n’est définitif histoire de noyer le poisson et d’enfoncer le clou avec un bon gros « S’il faut une semaine pour obtenir d’un FAI les adresses IP, la localisation d’une personne, etc., et qu’un attentat est commis, plus personne ne dira que nos mesures étaient exorbitantes du droit commun » de derrière les fagots ; apparemment, Jefferson est oublié.[1]

Maintenant, la question qui se pose est : quelle nouvelle idée germera dans les esprits torturés des vieux schnoques quand ils découvriront l’existence de psiphon, tor ou freenet ?

En attendant, ce pays est foutu.

Notes

[1] Ceux qui abandonnent un peu de leurs libertés essentielles en échange d’un peu plus de sécurité ne méritent ni la liberté, ni la sécurité.

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