Convoi de la liberté : le pouvoir panique

Et voilà donc que les rassemblements routiers canadiens font des émules : en France, de nombreux automobilistes ont décidé de remonter jusqu’à Paris pour réclamer la fin du pass vaccinal et des contraintes sanitaires qui pèsent encore sur le territoire et ce alors que tout indique que la pandémie est à présent terminée. Des individus qui viennent protester à Paris et comptent ne pas se laisser faire ? Mais c’est un véritable crime démocratique, enfin, voyons !

Pensez donc : si on commence à laisser le peuple s’exprimer d’une façon moins camouflable que les défilés du samedi, et, surtout, si l’expression de ce mécontentement se traduit par quelque chose de très visible à la télévision, on prend le risque de voir s’effondrer tout un pan de la communication gouvernementale. Pour rappel, selon cette communication, ceux qui s’opposent à la ségrégation sanitaire des citoyens sont une infime minorité de gens déplorables. Très officiellement, il y a une parfaite égalité entre ces rouspéteurs égoïstes et les pires anti-vaccins anti-sciences complotistes d’extrême-droite fasciste (et pourquoi pas anti-féministes, transphobes et homophobes pour faire bonne mesure).

Bref, il n’est absolument pas question de laisser la moindre visibilité à ces groupuscules qui pourraient montrer que le peuple en a maintenant clairement soupé des restrictions et des obligations diverses et entend bien recouvrer cette liberté qu’une minorité de manipulateurs et de manipulés leur a confisqué.

Dès lors et avec la cohérence qui a marqué l’ensemble du quinquennat de Macron, l’État entend maintenant stopper toute circulation de ce “Convoi de la liberté”, probablement avec la même compétence qu’il a déployée pour arrêter la circulation du virus : plutôt que de laisser Paris se faire davantage engluer par ce Convoi que par les seules exactions d’Anne Hidalgo, la Préfecture de police et le gouvernement ont donc agi préventivement pour bloquer la capitale, dans une sorte d’auto-sabotage subtil dont on peine à distinguer la logique.

Avec le même sens du timing et de la proportionnalité qui a largement contribué à sa popularité, le préfet Lallemant a donc mobilisé une série de blindés légers de la gendarmerie histoire de faire le sale travail de façon officielle, créant des bouchons massifs autour de la capitale, avant toute exaction éventuelle de ces manifestants pourtant pacifiques, poussant le professionnalisme jusqu’à détruire du mobilier urbain avant que des civils ne s’en occupent. C’est malin.

Notons au passage la diligence avec laquelle le pouvoir actuel a sorti ses joujoux militaires pour calmer les ardeurs de cette foule : pour cette prétendue “infime minorité”, on n’hésite pas à mettre de gros moyens, engins qu’on ne verra jamais déployés dans certaines cités émotives où le vivrensemble s’exprime régulièrement de façon effervescente. Il est manifestement bien plus important de réprimer des citoyens lambdas dans leur camping-cars que de faire revenir l’ordre républicain dans les plaques tournantes de la drogue, même lorsqu’elles sont ostensiblement bloquées par les malfrats du cru.

Heureusement que la France reste un grand pays démocratique : on peut toujours y manifester à condition de ne pas se faire remarquer, de ne bloquer personne et de n’exprimer que des slogans neutres sous peine, le cas échéant, de poursuites, d’amendes voire de mutilations.

Les choses sont claires : comme l’expliquent les petits barons de la Macronie avec la même logique implacable qui a donné tout son sel à ce magnifique quinquennat, s’il est parfaitement légal voire désirable de bloquer tout un pays en forçant les citoyens à rester chez eux puis à n’en bloquer qu’une partie sur des critères médicaux, tant Castex que Bayrou et beaucoup d’autres trouveront scandaleux qu’on puisse les bloquer, eux, dans leurs petites allées et venues au moment où la facture commence à drôlement s’allonger et où des individus commencent à leur réclamer des comptes.

De façon très claire, le pouvoir en place a donc choisi de criminaliser les citoyens qui manifestent pour retrouver une vie normale dans un pays où plus rien ne justifie aucune des contraintes mises en place. Refusant toute discussion avec ces individus qu’ils savent pertinemment ne pas faire partie de leur électorat, Macron et son gouvernement choisissent donc cette fermeté qui leur a permis de mettre fin au mouvement des Gilets jaunes sans résoudre le moindre des problèmes qui les avaient motivés en premier lieu.

On peut raisonnablement s’interroger sur la pertinence politique de ce mode d’action.

Bien sûr et même si l’apparente gourmandise de Lallemand pour ses troupes et ses blindés cache mal une certaine panique du pouvoir, sur le court terme – celui qui mène à l’élection présidentielle – distribuer des coups de matraque pourrait ne pas coûter trop cher, surtout que, comme rappelé plus haut, le pouvoir ne tape pas sur son électorat et peut donc y aller “de bon cœur”.

Sur le moyen et long termes cependant, ce genre de comportement, étouffant tout dialogue et choisissant le mépris le plus crasse et la violence inutile ne peut amener qu’à une situation inextricable, pour tout dire intenable pour le pouvoir actuel : d’un côté (et c’est sans doute voulu par Macron dans un calcul très dangereux), on peut assister à une forte radicalisation du mouvement actuel, surtout s’il se fait récupérer par une extrême-gauche habituée du coup de poing.

De l’autre cependant, que faire de ces restrictions ubuesques en France alors que les pays, autour, relâchent progressivement les leurs ?

Le moindre relâchement sera une victoire facile pour les mouvements protestataires et une défaite cuisante pour le pouvoir en place qui ne pourra faire passer l’abandon des contraintes pour un geste bienveillant. Et à l’inverse, toute inflexibilité représentera un boulevard pour les opposants politiques qui auront beau jeu de promettre l’arrêt de ces dernières…

Si les élections ne sont pas annulées ou reportées d’ici là, il ne reste que deux mois à Macron pour assainir la situation sociale du pays, particulièrement explosive. Il serait sain de douter qu’il en sera capable et il serait même raisonnable de parier le contraire.

Comme je l’ai écrit dans un précédent billet, à partir de maintenant, toutes les saloperies de sa part sont imaginables, y compris les pires.

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Commentaires323

  1. Elie

    Êtes-vous sûrs de vouloir regagner votre liberté, ou bien y renoncerez-vous pour à peine plus qu’un café en terrasse ?

    Je crois que certains d’entre vous croient encore qu’on peut sortir de tout ça par les voies classiques : élections, révoltes générales populaires… Tout cela me semble dépassé. L’envisager est une perte de temps.

    Les révoltes populaires ont-elles jamais marché ? Ont-elles jamais réellement existé, sauf à petite échelle ? N’ont-elles pas toujours été noyautées, pour passer ensuite pour populaires et générales ?
    Par ailleurs, les élections ne changeront rien, pour cause de corruption généralisée.

    Les moyens d’une surveillance généralisée existent. A partir du moment où des moyens existent, ils seront utilisés. Changer d’une manière ou d’une autre de caste au pouvoir (à l’échelle d’un pays ou même du monde) n’y fera rien, ils seront remplacés par d’autres.

    Si vous ne voulez pas des conséquences, il faut supprimer les moyens.

    Juste un exemple : si on ne veut pas de bombe atomique, il faut aussi renoncer à tout ce que nous offrent les techniques de fission et de fusion atomique. Aucun cadre légal ne suffira jamais à empêcher la construction de bombes, car le fait légal (on s’en rend compte suffisamment aujourd’hui) n’est pas le fait d’un “nous” qui reste à définir, mais d’un “ils”. Si on veut jeter l’eau du bain, il faudra jeter le bébé avec.

    Si vous ne voulez pas être surveillés, vous renoncez à tout ce qui participe de la surveillance et vivez en ermite et en autarcie ; ou sinon vous détruisez les moyens de surveillance : ils ne sont si puissants que parce qu’ils fonctionnent sous forme de réseau.

    Mais ils sont aussi vulnérables et fragiles, car reposent sur des technologies avancées complexes. Les sites névralgiques, on peut les connaître et les atteindre facilement avec quelques bons informaticiens et techniciens. Ce qui manqueRA, c’est la volonté…

    Car détruire les moyens de la surveillance, c’est aussi détruire en même temps tout ce qui rend possible notre confort moderne depuis au moins un demi-siècle. Vu que tout marche en réseau, détruire un endroit du réseau détruira le reste.

    Si nous ne sommes pas disposés à renoncer à nos droits et à nos libertés pour un café en terrasse, sommes-nous toutefois prêts à renoncer à, pêle-mêle : téléphone, ordinateur, et à tout ce qui marche à l’électricité, lave-linge, frigo, appareils hospitaliers etc.

    Cela ne reviendrait-il pas à une sorte de reset, alors même que c’est ce que nous voulons éviter ? Et même si nous étions prêts à cela, cela ne reviendrait-il pas à imposer à d’autres nos idées, au nom d’un bien commun ? C’est-à-dire une démarche que nous refusons actuellent précisément au nom du libre-arbitre ?

    Donc, je repose la question : êtes-vous sûrs d’être prêts à faire tout ce qu’il faut pour regagner votre liberté, ou bien y renoncerez-vous pour un frigo qui marche ?

  2. Elie

    Je poursuis ce que j’ai écrit précédemment.
    Il paraît que le slogan du Grand Torchon est “vous n’aurez rien, et vous serez heureux”.
    Je cite Soljenitsyne : “Quelqu’un que vous avez privé de tout n’est plus en votre pouvoir. Il est de nouveau entièrement libre.”
    Oui, mais peut-on réellement affirmer ” vous n’aurez rien, et vous serez libre” ? Est-on réellement libre quand on n’a plus, ni moyens de se nourrir, ni de se déplacer, ni de se chauffer, ni de se soigner, parce qu’on aura tout détruit pour échapper à la suveillance de masse ?

    1. Elie

      Pour finir : pourquoi je dis que détruire ce qui permet la surveillance de masse reviendrait à jeter le bébé avec l’eau du bain ?

      Parce que les avancées scientifiques et technologiques sont imbriquées les unes dans les autres, et que par ailleurs il s’agit d’un processus dynamique dont on ne peut pas décréter l’arrêt à un point donné. Il paraît qu’au XIX ème siècle, des hommes de science (des universitaires plutôt ?) auraient dit que, ça y est, on est arrivés au summum des avancées techniques de l’humanité, et qu’il ne reste plus rien à inventer. Propos absurdes, bien entendu.

      Il serait tout aussi absurde d’imaginer que des moyens technologiques existant aujourd’hui ne seraient pas développés et utilisés, qu’elles qu’en soient les conséquences pour l’individu ou l’humanité. 1945 a mis un coup d’arrêt à certaines expériences dans un certain coin du monde pour mieux les poursuivre ailleurs…

      “Ravage” de Barjavel est paru en 1943. La nouvelle au propos similaire de Fredric Brown, “les ondulats”, est parue en 1945 (publiée dans le recueil “Paradoxe Perdu”). Ces dates n’ont évidemment rien d’anodin.
      Ces deux ouvrages présupposent la fin de l’ère industrielle et le retour à la terre. Le premier est considéré comme une dystopie, mais, n’en doutons pas, pour beaucoup d’adeptes de Gaïa le monde “nouveau” organisé par le héros François Deschamps (!) apparaîtrait aujourd’hui comme une utopie. De même que les mondes ultra technologiques et sans âme décrits dans certaines œuvres sont nos cauchemars, mais les utopies de certains. Entre les deux extrêmes ? Rien.

      On ne peut pas dire tout simplement “stop, on arrête là, on fixe une limite aux applications technologiques des découvertes scientifques”. Ce serait un leurre. Aucun cadre légal ne parviendrait à empêcher ces applications. Rejeter une application, c’est les rejeter toutes, comme le fait le héros de “Ravage” à la fin du livre, lorsqu’on lui présente une machine à moteur. Cela revient à jeter le bébé avec l’eau du bain. Il n’y a pas de statu quo possible, ni de retour à un “avant” récent : c’est tout ou rien. On ne peut pas, comme c’est le cas avec un ordinateur, le faire revenir à son état d’avant un bug tout en sauvegardant tout ce qu’il avait engrangé avant.

      La seule chose qui mettra un terme à tout cela, ce ne sont pas des décisions ou des actions humaines (politiques) ; c’est la fin des ressources énergétiques, si jamais elle a lieu, qui sonnera la fin de la partie. Cette fin se produit dans les deux ouvrages cités plus haut de façon extrêmement brutale et inexplicable, en rupture avec les lois de la nature. Et si l’on en croit les personnes écrivant sur ce site, la fin des ressources énergétiques, ce n’est pas demain la veille …

      Donc on rentre bien dans l’ère de la surveillance de masse, à moins de détruire et de renoncer à tout ce qui la rend possible, au nom de la Liberté.

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