Amélie de Montchalin et la Cour décomptent

On n’est jamais si bien servi que par soi-même, surtout lorsqu’il s’agit de confiture. C’est probablement toute l’ampleur de la réflexion qui a présidé à la prochaine nomination d’Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des Comptes.

Ainsi donc, alors que l’inénarrable Pierre Moscovici quitte avec panache son poste de Président de la Cour des Comptes, Amélie va devenir la première femme à ce poste… Ah non, zut, il y a plusieurs erreurs dans la phrase précédente : on me fait savoir dans l’oreillette que la première femme à ce poste sera l’actuelle présidente faisant fonction, Carine Camby, qui assure l’intérim depuis le 1er janvier dernier (raté pour Amélie).

Et surtout, il n’y a eu aucun panache dans le départ de Pierre tant son passage dans l’institution aura laissé un goût amer au citoyen français : refus de publier un rapport critique sur l’immigration pour ne pas froisser les débats en cours, déclarations anti-austérité dès son arrivée et même des jugements tranchants sur les dépenses « hors de contrôle » alors qu’il a lui-même, en tant que ministre du budget, participé à l’accroissement irraisonnable de la dette française, on comprend mieux son exfiltration vers une autre Cour des comptes, européenne celle-là, sans doute pour donner un peu d’ampleur à la catastrophe économique française.

Montchalin va donc prendre les rênes d’une Cour des comptes sans crédibilité, sorte de balance sans fléau et qui ne risque pas d’en regagner un tant sa nomination tient d’un véritable scandale, heureusement camouflé par le volet français de l’affaire Epstein puis, plus récemment encore, par les dérapages sanglants de la racaille gauchiste.

Et cette fois-ci, à l’exception évidente de la macronie, les protestations sont montées de tous les côtés politiques : scandale d’État pour les uns, dérive illibérale pour les autres, « aux antipodes de l’éthique » selon le sénateur LR Hugonet, et même à l’intérieur de ce qui était, jadis, une vénérable institution montent à présent des critiques.

Il faut dire que nommer à cette Cour comme juge des comptes de la nation la personne même qui les a établis, c’est peut-être un joli geste technique de professionnel de la politique politicienne pour Macron mais ça n’en reste pas moins très visible et particulièrement détestable à plusieurs titres.

Bien sûr, ce petit côté « Juge et Partie » est immédiatement ressorti des critiques de tous les bancs politiques : Amélie établit les comptes de 2025 et Montchalin les audite en 2026, dans un conflit d’intérêt aussi évident que décontracté qui ne dérange pas un Exécutif largement décomplexé de l’outrance pour l’avoir pratiquée depuis huit ans. Après tout, nommer l’artisan du déficit pour auditer la dette, c’est demander au pyromane de rédiger le manuel de sécurité incendie, et on sait à quel point la macronie aime déclencher des feux.

Mais avec cette nomination, le scandale est plus profond.

D’une part, Montchalin est une macroniste de la première heure, et s’ajoute donc aux autres grognards du Président qu’il a déjà placés pour garantir la continuité de ses méfaits dans toutes les institutions de la Vᵉ République ainsi transformée en véritable Franchise Macron (cette méthode commerciale spécifique, hein, pas ce trait de caractère dont il est complètement dépourvu). Prenant sans doute exemple sur Mitterrand qui a largement usé du même mécanisme pour garantir que sa version très spéciale de la Socialie triomphante perdurerait bien au-delà de son cancer, Macron s’assure ainsi que la destruction méthodique du pays pourra continuer sans rencontrer trop de freins. Ce n’est plus de gestion de l’État qu’il s’agit ici, mais d’occupation, de véritable colonisation politico-institutionnelle.

D’autre part, à 40 ans et à un poste qui est à peu près inamovible, les Français pourraient donc avoir 28 longues années de ce concombre peu vitaminé à la tête de la Cour des comptes. Certes, cette Cour n’a aucun pouvoir coercitif d’importance mais elle a un pouvoir narratif et ses rapports sont régulièrement utilisés pour orienter la politique du pays, ou commodément camouflés pour permettre d’y tenir l’un ou l’autre discours que ses analyses fusilleraient. Vraisemblablement, Montchalin sera encore rue Cambon quand on aura oublié le nom du dernier Premier ministre de Macron, et elle continuera donc d’empoisonner longtemps la vie politique française.

Car il ne faudrait surtout pas oublier que Montchalin était ministre de la Transformation publique pendant le scandale McKinsey (2022), dans lequel il fut établi que de très importantes dépenses avaient été engagées auprès de ce cabinet, en parfait doublon d’institutions pourtant chargées des mêmes travaux. Montchalin avait à l’époque largement défendu ce recours aux cabinets et minimisé le scandale dont les répercutions furent parfaitement nulles.

Or, par construction, la Cour des comptes est précisément celle qui contrôle ces dépenses. Voilà qui augure d’un traitement exemplaire quand des faits comparables seront mis au jour.

Enfin, on ne pourra se passer de constater le cynisme parfait de placer à la Cour des comptes celle qui a directement participé à établir un budget catastrophique, avec 5,8 % de déficit, et ce alors que la dette frise les 113 % d’un PIB qui peine franchement à croître, alourdissant à 74 milliards d’euros les charges d’intérêts qu’on pressent de plus en plus difficile à payer.

En pratique, ce qui se joue avec cette nomination dépasse largement le cas Montchalin : c’est le symptôme d’un pouvoir qui, faute d’avoir convaincu, a décidé de durer autrement, non par les urnes, mais par les organigrammes. C’est aussi une mutation des institutions pour les faire passer de la vérification à la validation. Exactement comme pendant tout son mandat, en plaçant une figure de proue de l’exécutif à la tête de l’organe censé le contrôler, Macron ne cherche plus seulement à se protéger, il cherche à abolir la notion même de responsabilité.

La dette publique finira, d’une manière ou d’une autre, par être refinancée, restructurée ou diluée par l’inflation. Mais la dette morale contractée lorsque le contrôleur et le contrôlé se confondent, elle, se paie autrement : en défiance, en abstention, en retrait civique.

Et ce passif-là ne figurera dans aucun rapport annuel.

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Commentaires59

      1. P&C

        Le retour des courtisans et du capitalisme d’ancien régime : être bien en cour pour choper une place qui permet d’extraire des rentes.

      1. Habeas Corpus

        je pense qu’elle ne sait même pas ce qu’est une pipe
        c’est le problème global de l’exécutif
        tu peux pas performer avec des coincés du cul

        (demain , un autre aphorisme)

        1. Grosminet

          @ Habeas Corpus 18 février 2026, 9 h 49 min
          « je pense qu’elle ne sait même pas ce qu’est une pipe »
          Je prendrais pas le pari. Faut se méfier énormément des apparences dans ce domaine.

    1. Franck

      Depuis quand a t-on besoin de compétences pour avoir un poste en politique (ça se saurait) ?? J-N Barrot qui passe des Télécommunications et du Numérique aux Affaires étrangères a t-il un double cursus Ingénierie/Relations Internationales ?? J’en doute !! (Ouais, désolé, je l’aime encore moins que tous les autres je crois !!)

  1. bob razovski

    La ripoulique case les copains.
    Rien de nouveau sous le soleil.
    Cette situation n’est pas une première, ni une dernière.
    L’argent des autres a toujours fasciné.
    Et la politique est un moyen légal de s’approprier l’argent des autres avec le pouvoir des autres.

    1. P&C

      Même sous l’ancien régime, des voix s’élevaient contre cet esprit courtisan.
      Parcexemple, les conseillers de Charles 5, les marmoussets, ont tout fait pour avoir un royaume administré correctement, avec une pression fiscale supportable (et pourtant, Charles 5 a été très créatif dans ce domaine), et des gens recrutés sur critères de compétences par examen.
      Les oncles de Charles 6 vont se dépêcher de les virer pour se gaver d’argent piblic.

    2. Habeas Corpus

      Macron se prépare à l’arrivée de Bardella (inévitable)
      Il veut tout verrouiller et saboter au maximum.
      Dès que le beau gosse fera 2.5 euro de déficit , Amély expliquera dans ses rapports que le pays court à sa perte, que c’est troporrible, qu’il faut changer de politique, qu’il faut être-sérieux-faut-pas-déconner
      Les taux alors monteront, ils veulent faire une LizTrulissade

  2. Simon

    Le scandale de la nomination d’Amélie de Montchalin camouflé par celui de l’affaire Epstein est d’autant plus notable que dans un de ses mails Bill Gates explique à Jeffrey Epstein que @pierremoscovici les aurait bien aidés. Il serait intéressant de connaitre dans quel cadre exact Pierre Moscovici a-t-il été en lien avec des personnes aujourd’hui au cœur d’un des plus grands scandales politico-financiers et criminels du XXIᵉ siècle ?

    1. Mitch

      Il serait intéressant de connaitre dans quel cadre exact Pierre Moscovici a-t-il été en lien avec des personnes aujourd’hui au cœur d’un des plus grands scandales politico-financiers et criminels

      Ce serait effectivement interessant … mais on ne saura rien. Ils se tiennent tous pas les cou*lles. S’il y en a un qui tombe, ils tombent tous (merdias compris). Personne n’y a interet. Ils ont donné cette veille peau de Jack pour satisfaire la Plèbe et attendre que l’affaire se tasse.

  3. Pheldge

    « le scandale McKinsey » ah bon ? j’avais complètement oublié, et pourtant c’est pas par manque d’informations, mais il y a un moment où on sature …

  4. Murps

    Au mois de mai les enseignants vont découvrir qu’on leur préleve une somme sur leur fiche de paie pour la Protection Sociale Complémentaire, qui est une mutuelle obligatoire.
    Le dispositif n’avait été demandé par personne, le contrat a été négocié par l’état (!) avec la MGEN (!) et ne couvre quasiment rien tout en étant une usine à gaz administrative.
    Les enseignants vont se retrouver avec deux mutuelles au lieu d’une, puisque la PSC offre une couverture famélique et ils seront obligés d’en contracter une autre pour compléter.
    Je ne parle même pas des couacs qui se produisent déjà lors de l’affiliation obligatoire et de la mauvaise volonté que met la MGEN à appliquer les exemptions.

    Il est intéressant de voir que quand ce dispositif va exploser en vol, Mme Monchalin va devoir en analyser les comptes alors qu’elle l’a elle même mis en place…
    Il y a une époque où Mélenchon suggérait de supprimer la Cour des Comptes, comme quoi le Bruit et la Fureur c’est parfois aussi une forme de lucidité.

    1. Mitch

      Ed a creusé sa propre tombe avec vigueur et enthousiasme. Comme nemrod le mentionne: ‘they’re reaping what they’ve sown’. Aucune forme, de compassion pour l’immense majorité qui n’a que ce qu’elle mérite. Pour les autres (peu nombreux), qui subissent les délires soces, toutes mes condoléances.

  5. Ryan

    La macronie finissante apparaît pour ce qu’elle est: une bande d’apparatchiks et la france, une république bananière.

    On peut comparer la situation avec celle du Pérou (pas super favorable à la france, la comparaison): leur nouveau président José Jeri a été destitué hier pour trafic d’influence (x14 pour son patrimoine depuis 2021). Il a remplacé 6 mois auparavant Dina Boluarte, destituée pour pour « incapacité morale permanente ».

          1. Gaston

            L’église a effectué quelques travaux pour apurer ce problème. Peut-être pas assez (et aussi a attendu longtemps que les coupables meurent), mais il y a eu des actions.
            Ed, à ma connaissance, n’a pour ainsi dire rien fait.

  6. Theo31

    Combien de fois moscouvichy s’est-il fait taper sur les doigts par Bruxelles pour les déficits hors les clous et insincères ? Zéro.

    Ils t’enculent, tu régales.

    1. Aristarkke

      Directement, ce sont les statuts actuels à en croire certains analystes complotistes, évidemment complotistes. Mais rien qui ne soit sérieusement intangible en réalité dès lors que la volonté politique existera pour ce faire.
      Dans un pays qui en est à près de vingt régimes de gouvernement différents depuis qu’il existe, ça ne sera pas plus impossible que pour tant d’autres choses. Et impossible est, en principe, pas grançais !

      1. bibi

        Il suffit de supprimer la cours des comptes, et de créer l’observatoire des deniers publics pour la remplacer.
        Mais cet organisme en fait ne sert à rien, puisque c’est normalment le role dévolu au parlement par la constituion.

        Titre IV Le Parlement
        ARTICLE 24. Alinea 1er
        Le Parlement vote la loi. Il contrôle l’action du Gouvernement. Il évalue les politiques publiques.

        Et il en va de même pour les régions départements et communes.

    1. P&C

      Ben la majorité des gens seront au chômage quasi permanent.
      Dans mon boulot, ça gueule. Un de mes scripts permet d’excuser en 1 minutes des heures de boulot manuel de techniciens à lire et stabiloter des feuilles. Du coup, forte résistance, car mon script est perçu comme une rupture d’habitude et une menace pour leurs jobs.

    1. Grosminet

      @ Francis 18 février 2026, 9 h 47 min
      Voyons, ne soyez pas si mauvaise langue… la cour des comptes sert aussi à filer du boulot aux jeunes énarques qui sortent de l’école. Vous ne voudriez quand même pas qu’ils se retrouvent à devoir traverser la rue…

    1. P&C

      Et comment ? Y a des millions de pakis… à moins d’une guerre sanglante, t à aucun moyen de régler le problème.

      On voit déjà ce que ça donne avec l’ICE aux USA, qui est tout sauf à la hauteur des enjeux.

  7. jusnaturaliste

    Cela fait des décennies que les rapports de la cour des comptes dénonçant les dérives économiques de la France ne servent strictement à rien et que cette cour n’est qu’un moyen de récompenser les copains sur le dos des Français.

    Alors oui, sous EM, c’est fait comme d’habitude de manière bien plus visible qu’avant, mais comme les Français sont abrutis par l’école publique pendant 15 ans de leur vie, ils ont besoin de mensonges de plus en plus faciles à voir, c’est pour cela qu’ils ont réélu EM. Car côté RN ou LFI, c’est trop subtile, ils font trop semblant d’être dans l’opposition, tout en étant acquis au système. Alors qu’EM au moins, quand il ouvre la bouche, tout le monde sait qu’il ment.

  8. Dom17

    « colonisation politico-institutionnelle », ou « durer par les organigrammes » expressions bien trouvées.
    A noter que Michèle Alliot-Marie avait commis un livre, sous le mandat Hollande, intitulé « La tentation totalitaire de la gauche ». Elle y exposait comment le président casqué utilisait son pouvoir de nomination pour placer ses sbires à tous les postes clés de la fonction publique, ce que, disait-elle, la droite n’avait jamais osé faire, du moment que les fonctionnaires, même du bord opposé, servaient l’Etat correctement.
    Le pouvoir totalitaire, en germe à cette époque, apparaît maintenant clairement: il n’est plus question d’alternance, ni de pouvoir du peuple. Il serait bon qu’une majorité de Français s’en rendent compte.
    La censure et la violence institutionnelle ne sont que le pendant obligé de cet accaparement politique.

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