Finalement, le conte fabuleux n’était pas fini. Reprenons-le donc.
Il était une fois, dans le Royaume de France, une épaisse forêt où les villageois avaient pris la fâcheuse habitude de dire ce qu’ils pensaient, et quelques fiers bûcherons que l’on avait postés devant ses entrées pour noter ce qui s’y disait. Le dispositif était en place, les lois votées, les observatoires installés. Il ne manquait qu’une chose, une seule, sans laquelle rien de tout cela ne pouvait décemment s’appeler protection.
Il manquait un loup.
Premier acte : trois villageois sortent du bois
Le premier surgit en juillet. C’était un ancien Premier ministre ; il courait, il criait, et il expliqua au village à qui voulait bien l’écouter qu’une bête abominable avait fait circuler à son sujet de bien vilaines rumeurs de démence fronto-temporale.
Et alors même que certains semblaient accepter la rumeur avec d’autant plus de confiance que le villageois n’avait jamais fait preuve d’une grande solidité psychique, on décida malgré tout de l’examiner longuement. Las ! Finalement, rien, pas une égratignure ne lui fut découverte.
Le deuxième sortit le 3 août, et son cas était nettement mieux documenté : un faux média avait été fabriqué de toutes pièces, reprenant à l’identique les codes graphiques de Blast, avec un nom de domaine activé le 24 juillet, avec un enregistrement vocal synthétique attribué à un gauchiste que certains affirmaient faire du journalisme, et même un courriel inventé dans lequel Léa Salamé proposait jusqu’à 50.000 euros pour acheter une couverture bienveillante. Le travail était grossier, et la bête semblait avoir ainsi recopié 181 pages d’un site pour y déposer… un article. On a connu des prédateurs plus économes de leurs moyens.
Le troisième villageois arriva deux jours plus tard. Lui aussi avait jadis été Premier ministre, et la rumeur lui attribuait pour l’occasion la maladie de Parkinson.
Nos trois petits cochons villageois semblaient donc bien atteints : trois maladies, trois hurlements en bonne et due forme, trois fois sortis d’un bois trop dense où les rumeurs allaient bon train. Mais, à huit mois d’un scrutin qu’on sentait décisif, toujours pas une morsure.
Deuxième acte : l’examen de la plaie
Certains doutaient de l’existence du loup. Allons : ce serait une faute, et une faute inutile car le loup existe, c’est évident.
Il est identifié, tracé, référencé par des organismes fort commodément officiels et bien comme il faut. Il dispose d’un joli matricule, d’un mode opératoire et d’une petite fiche technique bien nette. Il est quasiment homologué, tamponné, contresigné. C’est un loup certifié conforme.
Mais c’est aussi un loup chafouin : les mêmes sources sécuritaires bien officielles précisent que les opérations du loup ont bénéficié d’un « niveau de visibilité relativement faible », ou en français du Royaume : personne n’a rien vu.
Sapristi, la vidéo truquée n’a pas circulé. Le faux article n’a pas été lu. Le complot n’a convaincu aucun villageois de rien du tout, et les sept nains rédactions dont on avait usurpé l’identité continuent de paraître comme si de rien n’était.
Apparemment, notre prédateur homologué est reparti le ventre vide.
Devant le conseil du village, en fait d’attestation de morsure, on se retrouva donc à présenter une bête bien décrite, à la technique certes balourde mais solidement documentée, mais avec un résultat rigoureusement nul. Le village s’interrogea : que faire, donc ? Heureusement, les dirigeants avaient tout préparé et même si une menace qui ne produit aucun effet ne justifie aucun remède, on allait pourtant en faire pleuvoir comme jamais.
Troisième acte : mais qui a vu le loup ?
Restait une question que personne, au conseil, ne jugea opportun de poser.
Le 1er août, Edwy Plenel signalait publiquement l’infox, de sa propre initiative, sans y être invité, sur X. Le Canard enchaîné révélait l’affaire le 3, l’intéressé la confirmait dans la foulée, les services de l’État le lendemain. En somme, la forêt avait repéré le loup, l’avait identifié et l’avait neutralisé avant même que les rumeurs aient pris de l’ampleur et que le Château n’ait rédigé son communiqué, le tout en un week-end, gratuitement, sans observatoire, sans numéro vert, sans cellule psychologique ni autorité de régulation et (horreur !) sans le moindre euro de crédits publics.
Indubitablement, la forêt avait ainsi produit son antidote avant que le Royaume n’ait produit de diagnostic ni de remède.
Quatrième acte : le conseil du village délibéra
Le raisonnement se déploya alors en trois temps, avec gourmandise et moult détails. L’assemblée l’écouta avec recueillement : premièrement, un loup a été aperçu dans la forêt ; deuxièmement, la forêt a repéré le loup ; troisièmement, il faut donc fermer la forêt !
Marine Tondelier réclama bruyamment de pouvoir suspendre X pendant la campagne, à cause de son méchant algorithme pipé.
Le deuxième villageois, à peine remis de ses émotions, entendit lui aussi sanctionner X et TikTok.
Vite, vite, une partie du Château annonça donc un travail commun avec les partis dès la rentrée, formule qui repose intégralement sur le mot « commun » puisque tous semblent volontaires pour ce travail.
Et la presse, loin de s’étrangler, emboîta gaillardement le pas avec un enthousiasme qui dispensa de tout commentaire : France 24 titra sobrement « Faut-il interdire la plateforme X ? » et emballez c’est pesé.
On notera l’élégance de la proposition : finalement, le seul endroit du Royaume où les rumeurs furent démontées fut précisément celui que l’on se proposa d’interdire prestement ; le seul organe de détection qui avait fonctionné était celui que l’on voulait débrancher.
Mais les villageois devaient comprendre que pour protéger la démocratie, il fallait mettre un terme à la démocratie.
Malgré tout, quelques villageois à l’esprit taquin ne pouvaient s’empêcher de noter l’aspect fort pratique de cette bête invisible : finalement, elle faisait un bien bon loup ! Eh oui, un loup qui dévore vraiment poserait des questions embarrassantes sur la solidité des maisons, sur l’état des finances du Royaume, sur les promesses non tenues du dernier conseil. Mais un loup terrible et dangereux sur le papier, qui ne dévore rien en réalité, en revanche, ne pose aucune question et autorise toutes les réponses !
Chez Ésope, l’enfant qui criait au loup finissait par n’être plus cru, et la bête mangeait vraiment les moutons. La morale voulait qu’on se méfie du menteur. L’écrivain grec n’avait pas prévu un village où le cri vaudrait mieux que la morsure, ni des bergers qui n’auraient jamais eu besoin d’être crus, seulement d’être entendus huit mois avant un scrutin.
On installa donc une barrière autour de la forêt. Elle fut haute, on la présenta solide, et elle posséda cette qualité pratique que possèdent toutes les barrières : elle fonctionnait dans les deux sens. Dehors, les loups continuaient de courir, indifférents et hors d’atteinte, exactement comme avant. Les villageois, eux, allaient enfin être en « sécurité ».
Comme à l’intérieur d’une prison.






Les pignouferies de la presse amènent des conséquences: pour la première fois, les plates-formes sont plus populaire que les médias mainstreams (TV, radio, journaux et sites web d’actualités).
reutersinstitute.politics.ox.ac.uk/digital-news-report/2026
erratum: populaires
Super. A propos d’Esope, sa plus terrible fable est celle-ci :
LES LOUPS ET LES MOUTONS
Des loups cherchaient à surprendre un troupeau de moutons. Ne pouvant s’en rendre maîtres, à cause des chiens qui les gardaient, ils résolurent d’user de ruse pour en venir à leurs fins. Ils envoyèrent des députés demander aux moutons de livrer leurs chiens. C’étaient les chiens, disaient-ils, qui étaient cause de leur inimitié ; on n’avait qu’à les leur livrer ; et la paix régnerait entre eux. Les moutons ne prévoyant pas ce qui allait arriver, livrèrent les chiens, et les loups, s’en étant rendus maîtres, égorgèrent facilement le troupeau qui n’était plus gardé.
Il en est ainsi dans les États : ceux qui livrent facilement leurs orateurs ne se doutent pas qu’ils seront bientôt assujettis à leurs ennemis.
» France 24 titra sobrement « Faut-il interdire la plateforme X ? » »
Oh oui, toujours cette façon sentencieuse de présenter leurs petites saloperies.
Dans quelques mois, si Marine est élue on aura « Fallait il interdire le JDD ? » ou « Faut’il retirer la licence de Cnews »
Il y a un site conservateur américain de bonne tenue qui s’appelle Front Gage qui sur le fronton de sa page met en exergue la phrase suivante :
« Inside Every Progressive Is A Totalitarian Screaming To Get Out » —David Horowitz
Tout est dit …
Camarade HC, dans quelques mois, Marine ne sera pas élue, tout le monde soupirera de soulagement, CNews aura été interdite pour ingérences diverses, intérieures, extérieures enfin rien que de bonnes raisons, les députés plancheront sur une loi de protection des mineurs, qui conduira à l’interdiction de X, et d’une floppée de sites complotistes.
Très joli conte estival, même si en l’occurence il s’agit d’un autre animal :
merci de vérifier le lien, rien ne s’affiche.
https:/ /zupimages.net/viewer.php?id=26/33/bwgf.jpg
Le patron adopterait-il un nouveau style narratif ? J’espère que le changement est temporaire, et qu’il n’est pas du aux chasses aux ingérences…
Ah tiens, ça fait un peu McCarthyisme, chasse aux ingérences, nan ?
CT obtenu. Je reparais donc pour quelque temps et Mélusîîîîne va vite s’en apercevoir : « quelques fiers bûcherons que l’on avait postéS devant ses entrées…
Sinon, Monseigneur nous le fait façon conte de Perrault… Miam !
ouais, et pendant ce temps là Nicolas souffre, Nicolas, paye, raque …
Au début de la lecture, j’étais persuadé que le loup, cétailesruss.
Vladimir Vladimirovitch est pourtant le loup idéal. Son ombre plane sur toute l’europe, tout le monde le craint mais personne ne le voit.
oui, c’est bien le cas; la métaphore aurait été plus explicite avec un ours….
Pour la la priorité reste les procédures en flagrance et « atteinte aux personnes ».
Les permanences enquête préliminaire ont d’ailleurs été mises en « sommeil » pour les autres contentieux dits « non urgents » depuis juillet 2026 suite directives du Procureur après le courrier du garde des sceaux.
Grh Pour la justice
» Avait été ancien premier ministre … » , en effet , ça fait beaucoup .
Encore une guerre , cognitive , que le Bouvouard va avoir du mal à gagner , » try and catch the wind » …
Alors maintenant, critiquer = s’ingérer ? C’est beau comme du Orwell.
Si vous critiquez le gouvernement Makron, soit vous être français, et vous êtes un paria, soit vous êtes étranger, et vous faites ingérence. Seul l’état a droit de dire ce qui est ou n’est pas. Je n’ai pas l’impression que tout le monde voit la manipulation et son pendant totalitaire de contrôle de la pensée, mais qu’on en ait conscience ou non, ça fout une ambiance de merde dans ce fichu pays.
C’est justement parce que l’ambiance dans ce pays devient merdique que ce genre de lois est édicté.
Tout le mantra néo liberal s’effondre devant le changement de paradigme : pas de croissance réelle, industrie qui meurt, UE, énergie chère, dette abyssale, guerre de 4eme génération, societes multiculturelles, immigration la chance, concurrence déloyale, etc…
Or tout le système, et nos dirigeants, reposent sur ce mantra. Comme ils veulent que rien ne change, la seule chose qui leur reste est de serrer les boulons en espérant que ça tienne.
Chez la paduteam, on parle du vote RN comme du « pacte raciste ». En gros, comme il n’y a pas de croissance, pour espérer garder ce qu’il a, Gilles egeaunes veut que Mokhtar ait moins.
De l’autre côté, tu as le pacte antiraciste : Mokhtar pour garder ce qu’il a, veut que Gilles egaunes ait moins.
Bref, les forces centrifuges sont en marche, la société imperiale ne peut pas tenir sans croissance.
Pour citer janco (+1 pts) lors de sa conf à
polytechnique, le point où les inégalités de patrimoines et de revenus sont les plus faibles se situe vers 1980. Depuis, ça ne fait que remonter.
Lui y voir le choc pétrolier. D’autres y verront un autre événement, par exemple le tournant de la rigueur de l’arsouille.
Nos pignoufs se surpassent et nous ne sommes qu’à neuf mois de l’échéance… Ça promet. Perso, je pense que ça se passera comme pour les deux dernières fois, un scrutin largement truandé en magouillant les résultats pour que le candidat du système soit élu. La fraude se fait avec des logiciels utilisés dans le trading haute fréquence. Les chiffres sont remontés au ministère de l’intérieur. Jusque là, ils sont justes. Ils sont envoyés pour traitement au Texas. La fraude se passe dans le quart d’heure qui fait l’aller-retour. C’est une fraude parfaite car ce brave conseil constitutionnel a sagement décidé de faire détruire les bulletins le lendemain de l’élection ce qui empêche fort opportunément de contrôler.
J’étais tombé sur une vidéo en 2022 où c’était expliqué. Elle a évidemment été supprimée sur YT.
Plus le temps passe et plus je pense que c’est là la réalité. J’ai honte de ce qu’est devenu ce pays.