Vendredi soir, à Varsovie, « l’État de droit » a été rétabli. Mais si, c’est vrai car Donald Tusk l’a dit, et même qu’en plus, il y avait 800 policiers casqués, une juge dont le président de la République conteste la nomination et un serrurier armé d’une disqueuse ! Et le serrurier n’était même pas fonctionnaire, seulement payé par le président du Tribunal constitutionnel qui tentait d’entrer dans son propre tribunal.
La situation polonaise n’est pas qu’un peu confuse.
Depuis des mois, le Tribunal constitutionnel polonais fait l’objet d’un bras de fer entre la coalition de Donald Tusk (KO) et le président Karol Nawrocki, allié du PiS. Cette année, le Sejm (Assemblée nationale) a élu 8 nouveaux juges ; Nawrocki a refusé de recevoir le serment de 5 d’entre eux, qui l’ont prêté sans lui, et le président du Tribunal, Bogdan Święczkowski nommé sous le PiS, a refusé de les faire siéger.
C’est donc un blocage complet mais institutionnel, assez classique.
Cependant, le 30 octobre vers 18 heures, les choses prennent une autre tournure : le site du Tribunal annonce que l’une de ces juges non assermentées, Anna Korwin-Piotrowska, suspend pour un mois Święczkowski et son adjoint. Avec une base juridique invoquée provenant de la loi sur les juridictions ordinaires, on peine à voir comment elle s’appliquerait à la direction d’une cour constitutionnelle, mais dans la foulée, la police investit l’enceinte à la demande de cette même juge, qui invoque des menaces « pour la vie et la santé » du personnel. Pratique. Le compte X officiel du Tribunal, resté fidèle à son président, dénonce un coup d’État ; le site web, passé dans l’autre camp, annonce le contraire.
Youpi, la Pologne dispose désormais de deux Tribunaux constitutionnels pour le prix d’un. Beau gain de productivité.
Pendant ce temps, Karol Nawrocki, en route pour le Sénégal, a fait faire demi-tour à son avion au-dessus de l’Espagne. Selon des journalistes de Polsat et de wPolsce24, il aurait essayé un refus d’atterrissage à Varsovie (information à ce jour ni confirmée ni démentie), et une fois atterri, il a dû se frayer un chemin à travers le cordon de police et rester dans le bâtiment jusqu’à 5 heures du matin avant de dénoncer une « violation de l’ordre constitutionnel ».
Tusk s’est contenté de résumer un peu trop sobrement la situation par « il n’y avait pas d’autre voie ».
Vraiment ?
Certes, en 2015, les deux camps s’étaient déjà battus pour ces sièges, et le PiS avait fini par y installer ses fidèles ; fin 2025, la Cour de justice de l’Union européenne avait jugé que le Tribunal ne constituait plus une juridiction indépendante.
Le remède de Tusk ressemble malgré tout au mal initial : en 2016, le gouvernement PiS refusait de publier les arrêts du Tribunal qui le dérangeaient ; depuis son retour au pouvoir, le camp Tusk fait exactement la même chose. On reprochait hier au ministre de la Justice de cumuler cette fonction avec celle de procureur général et d’en user à des fins politiques ; c’est aujourd’hui Waldemar Żurek, ministre de la Justice et procureur général de Tusk, qui a déposé les demandes de levée d’immunité ayant servi à justifier la suspension…
Bref, deux camps qui se jettent l’« État de droit » à la figure comme une chaise de bistrot, chacun persuadé que les règles ne s’appliquent qu’à l’autre. Même Marcin Matczak, juriste pourtant bienveillant envers le gouvernement, en relève le danger : un futur gouvernement pourra invoquer ce précédent pour envoyer la police trancher un litige juridique.
La Confédération, troisième parti polonais à tendance libertarienne, le répète depuis des années. Sławomir Mentzen dénonce le « duopole juridique » Tusk-Kaczyński et réclame une remise à zéro constitutionnelle, c’est-à-dire réélire à la majorité qualifiée l’ensemble des juridictions suprêmes. Il est en cela rejoint par la gauche de Razem, par la voix d’Adrian Zandberg.
Cette agitation, aussi soudaine soit-elle, s’explique pourtant bien par l’approche des législatives polonaises en 2027 et le paysage politique qui se dessine ne plaît guère ni à Varsovie, ni à Bruxelles.
La Pologne est le seul pays de l’Union où progresse le soutien à une sortie de l’Union européenne, passé d’environ 10 % à 20-25 %. La Confédération s’est installée comme troisième force, et le président, comprenant où souffle le vent, a déjà prouvé qu’il savait dire non à l’Union : en mars, il a opposé son veto au programme SAFE, 43,7 milliards d’euros de prêts européens pour la défense, au motif qu’ils endetteraient les Polonais et accroîtraient leur dépendance envers l’Allemagne.
Car la Pologne n’est plus le bon élève docile de l’Est. Elle consacre 4,8 % de son PIB à la défense, aligne la troisième armée de l’OTAN en effectifs et accueille une base américaine permanente, le tout au prix d’un déficit proche de 7 % et d’une note dégradée par Moody’s. Dans ce contexte, un Tribunal constitutionnel acquis à la coalition actuelle est une assurance précieuse : celle de pouvoir encore freiner, après une défaite électorale, une majorité trop indocile envers Bruxelles.
Reste la manière de procéder qui laisse un parfum douteux : selon Rzeczpospolita, qui n’a rien d’un organe du PiS, seules trois personnes dans la police connaissaient l’opération. Le quotidien s’attarde aussi sur une note du 29 octobre plaçant les unités de maintien de l’ordre en alerte du 2 au 8 novembre, pistolets-mitrailleurs compris. La police jure qu’il s’agit de parer à des « actes de sabotage et de diversion ». Le journal observe pourtant que ces unités ne traquent pas les saboteurs, n’emportent pas d’armes automatiques pour encadrer des manifestations, et que la note n’a pas été signée par le responsable du maintien de l’ordre, alors en déplacement aux États-Unis. Hasard du calendrier, la fenêtre couvre la réunion des juges du Tribunal prévue le 3 novembre.
Ajoutez à cela des policiers dont les matricules obligatoires disparaissent sous des visières à demi baissées, et vous obtenez le terreau idéal pour les rumeurs, comme celle de fourgons de police allemands filant vers Varsovie. Qu’une partie des Polonais croit ceci en dit long sur la confiance qu’inspire un Premier ministre que Nawrocki qualifie volontiers de « majordome » de Berlin. Même la base renâcle : un syndicat de police a écrit au commandant en chef pour s’inquiéter de missions juridiquement douteuses confiées à de jeunes recrues, et du spectacle d’un chef de l’État contraint de forcer un cordon policier…
Cette confusion chez nos turbulents voisins polonais doit être regardée avec beaucoup d’attention : l’arrivée de Ferrand au Conseil constitutionnel puis toutes les petites manipulations de Macron pour établir une véritable forteresse administrative qui lui sera favorable n’est pas si éloignée de ce qui se passe en Pologne, avec en surcroît un enracinement administratif français bien plus fort et difficile à déboulonner. Or les verrous qu’un camp pose aujourd’hui pour se protéger de l’autre finissent toujours par servir à quelqu’un, et c’est rarement au citoyen.
En Pologne, « l’État de droit » existe désormais en deux exemplaires. Aucun ne fonctionne.





L’UE, c’est la démocratie en exercice live, kidizé…
L’UE, c’est la démocratie en exercice live, kidizé…
Et que devient notre envoyée spéciale permanente en Pologne ?
Aldo sur ce sujet : youtu.be/VQKsBXAQy1c?
L’UE ne chercher même plus à dissimuler sa forfaiture : lemonde.fr/international/article/2026/10/31/crise-politique-en-pologne-bruxelles-appelle-le-president-karol-nawrocki-a-valider-la-nomination-de-nouveaux-juges-au-tribunal-constitutionnel_6803801_3210.html
En Bulgarie, les attentes de l’UE ont été déçues semble-t-il : lemonde.fr/international/article/2026/11/01/presidentielle-en-bulgarie-iliana-iotova-remporte-l-election-selon-plusieurs-sondages-a-la-sortie-des-urnes_6804603_3210.html
Il me semble que Nawrocki n’a pas envie d’envoyer les Polonais remplir les cimetières en Ukraine.
Il n’est pas le seul
T’inquiète, Manu arrive pour nous « offrir » des vacances sur le front !
Pour Odessa, je dois prendre tongs ou doudoune ?
Les journalopes se surpassent sur la Bulgarie : la dame (et donc la majorité de la population bulgare également) serait « pro-russe » parce qu’elle demande – tenez-vous bien – d’entamer des négociations pour aller vers la paix et arrêter d’armer l’Ukraine pour mettre fin au massacre. Le tout dans le même article, voire dans le même paragraphe.
bah non , c’est devenu le narratif officiel chez les merdias depuis plusieurs mois; si tu dis que trouves maintenant intéressant de faire la paix , tu es pro-russe.
la moindre pression sur Zelensky , ça y est tu es pro -russe, et tout ce beau monde ne cesse de s’emmêler les pinceaux (Trump passe de « il lâche l’Ukraine » à « ah bah non, Trump décide de livrer 500 Patriot à Kiev »; ils ont le QI d’une huitre et ne comprennent pas les stratégies en cours)
toute cette clique est ridicule, mais le vent lentement mais sûrement commence à tourner, car figurez-vous que le payeur (maintenant la clique européiste) finit toujours pas être plus raisonnable et réaliste que le conseilleur …
Pour la Tusk Force, se nommer KO est quand même bizarre pour agir en vainqueur ?
« Tusk s’est contenté de résumer » : TINA ?
« L’état de droit » est appelé à la rescousse du droit de l’état. Quelle surprise !
Moralité: ne jamais jouer au scrabble avec des Polonais.
Et l’autre camp qui se nomme PIS ? Attention à la prononciation quand on la finit ?
J’ai essayé de suivre cette affaire, en l’absence de compétences pour lire dans l’original les lois qui régissent le fonctionnement de ce – désormais célèbre – Tribunal Constitutionnel, c’est la croix et la bannière.
Même le Patron ne s’avance pas sur un détail de grande importance : quelles sont les prérogatives exactes du Président dans la nomination et validation des juges de ce TC ?
On apprend aisément que le Sejm (la chambre basse) élit les membres pour des mandats de 9 ans et même que dans le texte du serment que les juges élus doivent prêter il est question de le faire (le serment) « devant le Président ». Mais on n’en saura pas plus.
Ça me rappelle la belle époque de la lecture des Pravda, Izvestia et similaires, où les résultats d’une rencontre à haut niveau pouvaient être déduits sur la base des adjectifs employés : « rencontre chaleureuse », « réunion de travail », etc.
La participation de notre correspondant permanent en Pologne serait d’un grand secours…
La Pologne s’est séparé de l’URSS après l’effondrement de celle-ci. Elle est hélas tombée sous le joug de l’UERSS…
La vidéo d’Aldo est une bonne synthèse du sujet.
Le fruit a un peu de mal à tomber, si on regarde bien…
Après, il faut voir ce qu’on appelle l’effondrement de l’URSS. Car la Pologne avait bien pris ses distances dès ’89 (parmi les premiers d’ailleurs et avant la chute du Mur), tandis que l’URSS a disparu fin ’91.
Les Polonais sont un peuple assez particulier…
ils étaient à Moscou en 1602…
Comme Napoléon deux siècles plus tard 😀
L’histoire des policier teutons, c’est vri ou pas finalement?
Il y a eu de telles rumeurs à l’époque des GJ également. On en restera là, au stade de rumeurs…
La rue meurt.
tous les « éléphants » socialos européens soutiennent Tusk (jeu de mot pour les anglophiles en passant…)
ripostelaique.com/pologne-tous-les-europeistes-soutiennent-la-tentative-de-coup-detat-de-tusk/
Donald est avant tout un agent ricain si je ne m’abuse, donc qu’il trempe le biscuit avec les allemands serait totalement logique, grosse europa oblige.
Mais dîtes donc, avec le PiS, ils s’endettent encore plus vite en achetant des armes amerloques ? Donc pile je gagne, face tu t’penches, ils sont trop forts au pays de Mickey !
Et Nico qui paie la vaseline (31M tout de même).
Agent Deep State, probablement. Ricain, comment dire ? Quand l’ambassade US a montré presque ouvertement son soutien à Nawrocki ?
Bigre, c’est encore plus complexe que je le pensais !
oui, une créature de hussein O et des biden (et leurs amis)
Sinon, les Polaks doivent se dire que c’est mieux si cette fois-ci c’est eux qui envahissent l’Allemagne, plutôt que l’inverse…
Des terres polonaises ne sont-elles pas en Allemagne actuelle ? Je pense au territoire polonais du début 18ème
Vu les transferts territoriaux après WWII, la Pologne regarde plutôt vers l’est (Ukraine et Biélorussie).
Avec les casques à pointe, c’est plutôt préventif 😉
Sauf que la Pologne a gratté des territoires à l’ouest en echange…
Normal, tusk a purgé et censuré une grosse partie des media du pays.
Foire d’empoigne , Principes et instrumentalisations politiques .Trump , qui bataille contre sa juridiction suprême , soutient Netanyahu , qui lui s’assoit carrément dessus , et pas Tusk qui fait de même . L’UE s’assoit carrément sur ses principes et soutient Tusk …
Arbres, forêt, toussa…
Principe du politique : faîtes ce que je dis, pas ce que je fais, car vous ne savez pas pourquoi je le fais
HS : une autre mission réussie : lecourrierdesstrateges.fr/malus-ecologique-letrange-protectionnisme-pro-chinois-et-anti-francais/
pour revenir au sujet, les russes font un parallèle avec l’Ukraine…
vk.ru/wall-234015974_4098