Les couinements d’enfants gâtés

Le 2 novembre ouvrait un site, Jobdealer.net, permettant aux chercheurs d’emplois d’enchérir à la baisse sur une offre. Le principe est simple : une entreprise propose un poste avec le salaire maximum qu’elle est prête à payer. Tout demandeur peut répondre à l’offre, et enchérir en proposant un meilleur prix sur l’offre de salaire proposé.

Ca n’a pas loupé, les démagos traditionnels se sont jetés sur le site pour y dénoncer la proverbiale « marchandisation de l’humain »…

Et c’est la (depuis peu) célèbre député UMP Nathalie Kosciusko-Morizet, qui avait déjà « brillé » par ses saillies sur le Principe de Précaution, qui s’y colle cette fois encore en pondant un projet de loi pour empêcher purement et simplement de telles pratiques : «La conclusion d’un contrat de travail à l’issue d’enchères inversées portant sur le montant du salaire est interdite.»

Nous avons donc, maintenant, en France, un gros problème : si cette loi passe, tous les contrats de travail ne pourront plus être conclus à l’issue d’une enchère inversée. Or, force est de constater que beaucoup de contrats de travail, actuellement conclus en France, le sont par le biais d’une « enchère » inversée. En effet, l’entreprise fera tout pour choisir effectivement le moins disant de ses candidats en terme de salaire, de demandes de congés, de disponibilité, etc.

Le défaut du site est donc, concrètement, d’institutionnaliser, de rendre public une démarche qui n’a lieu finalement qu’en privé, au sein des entreprises, des DRH. Ce principe de l’enchère inversée étend simplement le principe de l’appel d’offre que toute entreprise un tant soit peu lucide dans sa gestion applique au jour le jour vis à vis de ses fournisseurs. Le salarié est alors replacé exactement dans ce contexte : c’est un fournisseur de service, sa capacité de travail. A ce titre, il doit, comme tout prestataire de service, offrir le meilleur service pour le plus bas prix. En cela, absolument rien d’étonnant. Nous trouvons là les règles classiques d’un marché. En outre, comme dans tout marché libre, rien n’y personne ne force le prestataire de service à accepter de travailler pour des clopinettes. Si le salaire offert est trop bas, il peut se dégager, ne rentrant pas dans ses frais.

A la différence des fournisseurs, cependant, il existe une limite basse, celle du salaire minimum : cette limite reviendrait à fixer les prix minimums praticables par un plombier quand vous équipez une maison ou un appartement. Ceci met clairement en lumière la différence qui règne entre les marchés des biens et services traditionnels, soumis à une relative flexibilité des prix, et le marché de l’emploi, massivement encadré par des lois, dont les prix ne sont donc plus libres. On pourra s’étonner de voir d’un côté des marchés florissants où les prix sont toujours plus serrés, et la production toujours plus proche de la demande, et de l’autre un marché moribond où le chômage n’arrête pas de gonfler…

De plus, si un tel site d’enchère inversé existe réellement, et que, de fil en aiguille, d’offres d’entreprises en réponses de demandeurs, ce site perdure et s’installe, voire gagne de l’argent, c’est bien que son modèle économique sera viable ; mieux, ayant réussi à tirer profit, il prouvera par là même qu’un marché (celui de l’enchère inversée sur internet) existe réellement, et fonctionne et que les considérations spécieuses de la député ne sont pas partagées au moins par ceux qui bénéficient du service rendu…

De leurs côtés, les entreprises trouveront dans cette voie une façon simple d’obtenir un service au meilleur prix. On ne s’étonnerai en rien d’un site d’enchères inversées pour des trombonnes ou des ramettes de papier. Le seul fait qu’il s’agisse d’une prestation de travail et qu’il s’agit d’un salaire (le prix du travail d’un humain) ne doit pas rendre les députés épileptiques et nerveux au point de pondre compulsivement une loi. Mais la Kosciusko-Morizet (NKM pour les intimes) doit sans doute juger qu’on ne peut agir ainsi avec de l’humain … reprennant en cela le raisonnement habituel des marxistes et collectivistes dont elle ne fait pourtant pas partie (en tout cas, pas officiellement).

Encore une fois, ce que montre toute cette petite affaire est simple et la constatation fait mal : nos zélites politiques sont des branquignolles en économie, et le mot est faible.

NKM n’a probablement jamais été dans la position de devoir « se vendre », c’est à dire de devoir proposer ses services pour le meilleur prix. Ou plutôt, elle aura bien vite oublié les jours où, se lançant en politique, elle aura prétendu pouvoir offrir tant et mieux à ses concitoyens, pour toujours moins cher.

Et de proposition que nenni : on se borne à constater que « les enchères inversées pour les offres d’emploi, ça me chatouille, ça me gratouille », et paf, sans plus de réflexion que celle qui pousse à trouver la bonne méthode pour ramener le plus de voix possible avec le retentissement médiatique le plus fort, on commet un projet de loi ridicule (bien que lisible, pour une fois), dans le plus pur style idéologique étatiste. Les personnes qui préfèrent le travail (fût-il mal payé) au chômage (et au RMI) peuvent aller se rhabiller : ils ne pourront pas faire savoir sur un site internet que leur force de travail est disponible et abordable. Ils ne pourront thésauriser d’expérience dans une nouvelle entreprise. Comme tous les autres, ils seront tenus de rester chez eux à attendre qu’un patron s’aligne sur le prix officiel du travail, mélange subtil du revenu minimum, du coût salarial et du salaire minimum jugé décent par une classe d’imbéciles politiques qui n’ont jamais approché les minima sociaux autrement que par la parole.

On aura aussi un goût amer de cendres dans la bouche, devant le désastre de l’inculture économique des gens de ce pays, en jettant un oeil aux débats enflammés qui agitent internet dès lors qu’un article parle de ce sujet (par exemple ici ou encore ).

Mis à part les têtards idiots à peine sortis du collège qui professent des âneries ahurissantes, on retrouve les traditionnels communistes, bobos, bienpensants et autres mous de la réflexion qui, grégairement, se sont bien vite ralliés aux encenseurs de NKM, trouvant en elle une Egérie de la lutte contre l’Ultra-Libéralisme Méchant qui Vend le Travail des Hommes comme on vend des Cacahuètes. Et tous se caractérisent par une absence crasse de réflexion sur l’économie, et le rapport qui lie celui qui offre son travail et celui qui le paye. Généralement, le faux « droit au travail » qui postule que la société doit fournir un travail à tout demandeur quel qu’en soit le prix, est invoqué pour justifier de l’absence de liberté du demandeur face à l’offreur, qui peut alors le pressurer à loisir. Ce sont alors ces mêmes rigolos qui, devant le devis des plombiers ou des charpentiers, n’hésiteront pas une seconde à faire jouer la concurrence, privant ainsi l’honnête ouvrier-artisan d’un dur labeur mal rémunéré…

Il est, enfin, frappant qu’on retrouve cette même inconséquence, cette même inculture économique chez les stagiaires qui ont défilé dans les rues il y a quelques mois pour réclamer la création d’un « statut du stagiaire ». On retrouvera les mêmes exigences goulues cachées derrières des faux droits, les mêmes raisonnements économiques tronqués, le même attermoiement devant sa misérable situation et la même sempiternelle demande d’assistance de l’état pour toute solution.

La réalité économique a progressivement fuit les cerveaux français. Il n’y reste plus guère qu’un paquet de droits-papier revendicatifs et niaiseux, coconnisants et étatistes, l’absence chérie de toute prise de risque, et la certitude que si le monde doit changer, l’état, le gouvernement, le ministre, le maire ou la dame du guichet seront les remparts à tous les petits et les grands bobos de la vie.

Dans cette société où l’on ne grandit plus, où l’on est tous les jours un peu plus protégé de toute responsabilité, ces projets de lois, ces vitupérations altermondialeuses anti-tout ressemblent de plus en plus aux couinements agaçants d’enfants gâtés.

Pendant ce temps, 1.000.000.000 d’Indiens et 1.500.000.000 de Chinois affûtent leurs industries.

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