Décalage horreur

C’est l’oeil bouffi de sommeil et la mâchoire à moitié endolorie par trop de bâillements répétés que je me suis attelé à la rédaction d’un billet sur mon blog. Regardant l’horloge indiquer une heure improbable de fin de soirée alors que tout, dans mon corps robuste aux muscles turgescents de capitaliste festif qui assume sans vergogne ses opinions délétères, tout, disais-je, pointait sur un horaire plus raisonnable, j’en vins à la conclusion sans équivoque que c’est bien cette p-tain d’heure d’été qui m’a tout fichu en vrac.

Je suis tout décalé.

Effarante constatation qui modifie grandement mon cycle circadien et qui me titille au plus profond de moi : pourquoi nom de nom de bordel de pompe à merde sapristi! tripote-t-on les pendules dans ce pays dès qu’on approche l’été ?

Quelle compulsion idiote fait qu’un ensemble cohérent d’états, d’administrations, d’entreprises, d’individus et de machines change brutalement d’horaires ? Si l’on se renseigne un peu sur la pratique, force est de constater qu’elle n’est pas mondiale (eh non), et pas unanimement reconnue comme nécessaire (des pays ayant un jour adopté la mesure, puis sont revenus à une heure fixe).

Le gain généralement présenté par la mesure est placé dans les énergies puisque le changement horaire permettrait d’économiser de la lumière. En face de gain bien hypothétique, on a des certitudes palpables : les enfants sont plus fatigués, les animaux plus nerveux, les politiciens plus bêtes[1] et les entreprises moins performantes. Le sénat lui-même doute de la pertinence de la mesure et liste bien à propos les éléments de doute sur les bénéfices des bidouillages horlogers.

En tout cas, une chose est sûre : comme on dort moins, et qu’en plus le Français moyen ne dort plus assez voire – disons-le sans embage – est fatigué (oh !), le changement d’horaire provoque naturellement une petite mollesse au niveau des jarrets ici et là qui frétillent donc moins et au niveau des yeux là et encore là qui ne pétillent plus du tout. On avait déjà noté un net fléchissement du pétillement oculaire à l’approche des élections présidentielles tant le bassinage médiatique est fort pour nous vendre de la poudre Ségo qui lave plus rose contre des barils de Sarko qui détache même les drapeaux Français souillés au nationalisme colloïdal. Mais avec ce changement d’horaire, pouf, on passe directement au regard atone du travailleur hébété de se retrouver au travail alors que le coq n’a pas encore chanté.

Eh oui : aucun doute, ce changement d’horaire fatigue. Il fatigue tant que d’ailleurs, vous le remarquerez sans doute, qu’on est plus agressif, moins enclin à laisser couler un petit enquiquinement. Le rictus mauvais et les nerfs en pelote, on se focalise bêtement sur les petits tracas quotidiens.

Par exemple, on est tranquillement en train de frauder dans les transports publics quand soudain, bing, c’est le contrôle inopiné papiésiouplait. D’un côté, la volée de contrôleurs qui se sont eux aussi levé plus tôt ce matin et qui en ont déjà ras les Nikes de se traîner d’un quai à l’autre pour chopper le resquilleur. De l’autre, le resquilleur qui lui aussi est fatigué de s’être levé plus tôt pour aller gagner sa croûte. La fatigue, l’énervement, le stress et paf ! c’est le geste inconsidéré, le petit coup de boule bien senti, suivi d’une jolie émeute des familles, et d’une guérilla urbaine festive.

Moi, je vous dis, l’heure d’été, ça excite tout le monde. Si les racailles jeunes se sont un peu énervés hier, c’est bien une marque typique de manque de sommeil, provoqué j’en suis certain par une utilisation abusive des chats MSN et des petits SMS qu’on s’envoie en cachette sous les couvertures du lit au lieu de faire un gros dodo, ET par ce décalage horaire.

En conséquence, et compte tenu de l’importance des petites échauffourées qui ont eut lieu, je préconise d’une part qu’un bataillon d’éducateurs soient formés pour aider tous ces trous du culs jeunes, par ailleurs créatifs dans leur façon d’exprimer leur mécontentement devant l’inadéquation des horaires d’été et de leurs habitudes de jeux vidéos, et que d’autre part on abroge purement et simplement cette crétinerie d’horaires flottants. Il va sans dire que la première mesure est de Salut Public, et qu’on aura à coeur de lever un impôt anti-fatigue avec, en parallèle, une déclaration des citoyens français sur leurs horaires de sommeil, pour déterminer qui dort plus ou moins dans la population.

Au passage, il est intéressant de constater que dans aucun des pays qui aura vu l’instauration des horaires d’été, ceux-ci auront été validés par un vote de la population concernée, et même du contraire puisqu’en Suisse le référendum qui proposait la mise en place des heures d’été avait abouti au rejet de la mesure, avant que la Communauté Européenne, par pression, obtienne du pays réfractaire son alignement avec les pays frontaliers.

Il y a fort à parier que si un référendum était proposé dans les pays qui utilisent encore les horaires d’été, ceux-ci seraient abrogés. Mais, comme j’aime à le répéter, la démocratie est un leurre puisque finalement, ce sont des ronds-de-cuir qui décident réellement, et que le pouvoir s’est déplacé des institutions parlementaires vers les administrations.

Ca ne vous fait rien, à vous, que des ronds-de-cuir bidouillent votre pendule ?

Notes

[1] Ah non, c’est sans rapport semble-t-il.

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Commentaires5

  1. A la limite, à choisir, je me fiche de savoir quel horaire on prend, mais qu’on choisisse et qu’on n’en parle plus. C’est ce va et vient poussif et répété qui m’agace…

  2. Woland

    @ h16 Comme disait la jeune fille: "Monsieur, entrez ou sortez mais decidez vous!"

    @ Flak des death-menestrels? en d’autres termes?

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