Mise en page

Parfois, au détour d’un bête article de journal, une mise en page trahit les petites manies du journaliste ou de la ligne rédactionnelle du quotidien. Si l’on prend le gratuit Métro du 29 mars, on tombe ainsi sur une page détaillant les propositions des candidats en matière d’emploi. Et là, surprise …

La campagne est officiellement ouverte. A ce titre, le temps de parole accordé aux candidats est – théoriquement – scrupuleusement décompté par le CSA qui veille à la bonne expression de tous et de chacun.

On aurait pu s’attendre à ce que les journaux soient aussi astreints à la même rigueur et présenter en conséquence un même espace de parole pour les candidats. Il s’avère que la réalité est bien plus terre-à-terre : les deux candidats régulièrement présentés comme leader dans cette même presse bénéficient d’une plus grande liberté, d’un espace moins exigu pour s’exprimer que les « petits » candidats.

Si l’on regarde par exemple ce numéro de Métro, on note ceci :

– l’espace réservé à Sarkozy et Royal est deux voire trois fois plus important que l’espace des autres candidats
– l’espace disponible pour les propositions de Bayrou est intermédiaire avec les petits candidats
– Jean-Marie Le Pen, pourtant crédité de plus de 20% aux dernières élections et en tout cas dans les derniers sondages d’un score toujours supérieurs aux autres zozos comme Buffet, Bové et de Villiers ne bénéficie en tout cas d’aucun espace supplémentaire ce qui serait logique compte-tenu de la politique qui semble avoir été utilisée pour réaliser la mise en page de cet article…

On aurait sans doute trouvé anormal d’avoir une police de caractère différente pour les petits candidats, ou l’utilisation d’un gras appuyé pour les propositions phares de l’un d’eux. En réservant près de trois fois l’espace des autres aux deux mammouths de la politique, on indique aussi indirectement au lecteur le crédit qu’on apporte à chaque candidat.

C’est une forme, subtile, d’orientation…

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Commentaires7

  1. Mitterrand II : le retour

    Et alors, ils font bien ce qu’ils veulent de leur journal chez métro : c’est un journal privé avec des capitaux privés. Si tu n’as pas envie de le lire on ne te force pas.

  2. pankkake

    Le problème n’est pas qu’un journal ne soit pas objectif. Le problème, c’est que les journaux se prétendent neutres, et que ce n’est pas le cas.
    Les blogs se réclament neutres, et donc au moins ils sont honnêtes :).

  3. @Mitterrand II : puissance de l’argumentation, étendue de la compréhension du billet, fine analyse. Bravo.

    @pankkake : oui, voilà où je voulais en venir.

  4. Mitterrand II : le retour

    @pankkake Le problème, c’est que les journaux se prétendent neutres, et que ce n’est pas le cas.
    Mais enfin pourquoi est ce un problème ? Il n’y a aucun contrat qui lie de manière irréversible le lecteur de Métro à son journal. Si je suis un vendeur de lessive et que j’affirme que ma lessive lave plus blanc alors que c’est pipo, j’avise après avec mes clients. C’est parfaitement libéral. Si le lecteur de Métro n’est pas satisfait du traitement fait à x ou y, il arrete de lire Métro.
    Autant je comprends que l’on puisse s’insurger de payer des impôts pour une télé "nationale" qui est pseudo-objective, autant je ne comprends pas que l’on puisse faire un tel reproche à un journal privé.

  5. Si vous prétendez que votre lessive lave plus blanc et que c’est pipeau, c’est ce qu’on appelle dans le monde normal « escroquerie ». C’est parfaitement illibéral. Ce qui est ici en cause, c’est
    1/ le fait d’une part qu’on impose une égalité de diffusion d’idées pour les candidats à la télé en mesurant leur temps d’antenne (et ce, que la chaîne soit publique ou pas), et qu’elle n’est en rien imposée aux autres médias ; ceci constitue un problème de cohérence, et le libéral normal choisirait l’abandon pur et simple de toute velléité d’égalité.
    2/ le fait d’autre part qu’un journal prétende présenter de façon neutre des arguments ou des idées politiques des uns ou des autres alors que cette neutralité est fictive, ce qui constitue une escroquerie intellectuelle.

  6. pierrem

    En lisant ce billet, je me suis mainte fois demandé s’il n’était pas ironique. Or les réaction m’on montré que non.
    J’avoue, bien que n’adhérant pas à toutes les idées d’h16, j’ai été surpris qu’il légitime l’égalité du temps de parole…
    En effet le CSA bien que se prétendant indépendant est un organisme "public" qui contrôle des entreprise audiovisuelle "privée" (et public d’aillleurs).
    C’est donc un contrôle de plus de l’Etat qui, finalement, limite la liberté d’une entreprise et fausse le marché (l’audimat) alors qu’elle n’a de compte à rendre qu’a ses clients (les auditeurs). Ce type de contrôle est le plus souvent pour un libertarien une représentation du "Mâaal" absolu.
    Donc ce billet me laisse un peu perplexe.

    PS : le CSA ne contrôle en effet que les média audiovisuel : télévision et radiophnonique seulement . Internet, les journeaux ne sont pas concernés.

  7. Je ne légitime pas l’égalité du temps de parole. Ma position est claire : si le médium se présente comme « engagé », il peut prétendre ne présenter qu’une face des choses. C’est son problème. S’il se présente comme neutre, il lui faut alors faire un travail spécifique visant à cette neutralité. Comme bien souvent, Metro (et d’autres quotidiens) prétendent faire du journalisme neutre, et n’en appliquent manifestement pas les règles. C’est tout ce que je dénonce (relire notamment le commentaire du vendredi 30 mars 2007 à 13:41).

    Après, compte-tenu du caractère privé de ce journal, libre à lui de faire la mise en page qu’il veut.

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