Rapprochements douteux et analyses bidons

Certains matins, en écoutant la radio (et plus particulièrement France Intox), il m’arrive de manquer de m’étouffer avec mes tartines devant le flot ininterrompu de bêtises stupéfiantes que j’entends. Outre les chroniques quotidiennes pathétiques du sieur Lauret (qui sont à l’analyse économique ce que le gloubi-boulga prédigéré est à la haute cuisine), on assiste parfois, médusé par peur d’une fausse route alimentaire, aux juxtapositions hardies de thèmes qui laissent perplexe devant l’absence marquée, totale et révélatrice de toute analyse journalistique.

J’en veux pour preuve les actualités de ces dernières 48H.

D’un côté, et je l’avais déjà mentionné dans un billet précédent teinté de l’effroi légitime du condamné à mort devant son échafaud, la grippe aviaire nous tombe dessus, munie d’un H5N1 affûté comme une lame de rasoir Mach 3 encore dans son emballage antivol à 10 EUR les 4.

France Intox ne fait pas l’impasse sur cette épidémie (qu’on affublera du nom d’épizootie pour faire plus classe) : toutes les 30 minutes, le journaliste local va tâter le croupion d’une volaille ou d’un éleveur, au choix, pour savoir si l’un d’eux a contracté, contracte ou contractera une bonne grosse pathologie bien grasse. Dans la foulée, le reporter, son courage à deux mains, nous relâte avec force détails l’ensemble des efforts consentis par l’état (des millions d’euros par ci, des millions d’euros par là) pour communiquer des messages essentiels, pour aider les éleveurs, pour déployer les forces de police et de gendarmerie et pour rassurer la population.

Ce matin, il semblerait que la maréchaussée aspergeait consciencieusement d’un produit antiseptique les roues des véhicules qui s’approchaient de la zone radioactive virusactive où un (autre) canard est décédé d’une longue et pénible maladie, ainsi que d’un élevage ou des poules ont tourné de l’oeil.

Ajoutons à ces descriptions palpitantes les interviews enfiévrés des habitants de la régions, des gradés de la police et de la gendarmerie, quelques petites phrases prononcées d’un ton ferme et calme par un ministre décidé, le front légèrement plissé devant la tâche restant à accomplir mais l’oeil acéré de la décision qu’on sait juste, l’esprit clair, la tête haute et le verbe précis, et nous voilà rassurés : Dominique de Villepin explique que « La France dispose de l’un des dispositifs les plus perfectionnés en Europe et dans le monde en matière de lutte contre la grippe aviaire. »
(on pourra trouver en ligne une source des babillages niaiseux du ministre ici)

Bon. Voilà qui est super. Mais pendant ce temps, …

Pendant ce temps (et information à proximité directe de la grippe aviaire), on nous apprend que des dizaines de milliers de personnes (130.000, tout de même) ont été atteintes par le virus chikungunya, et que l’épidémie se répend depuis … mars 2005. Xavier Bertrand, Dominique de Villepin et François Baroin se relaient pour faire un peu de présence et expliquer à qui voudra l’entendre que, bien que sous-estimée au départ, la situation est correctement gérée et que nous pouvons dormir sur nos deux oreilles, avec, tout au plus, une bonbonne ou deux d’insectide (pour les moustiques fous) et quelques cartons de chevrotine à portée de main (pour les volatiles tueurs), au cas où…

Le rapprochement de ces deux nouvelles, cependant, laisse penseur : si l’on se fie à la crise courante (qui fait des morts) pour présager l’issue de la crise future (qui n’en fait pas encore), on ne peut qu’arriver à une seule et unique conclusion : le gouvernement, les ministres, les administrations et l’état dans son ensemble sont rigoureusement incapables de faire quoi que ce soit pour endiguer ces fléaux. Et en tous cas, le traitement d’une pathologie avérée pour l’homme ayant eu un traitement aussi pitoyable, on peut se demander pourquoi des canards ont autant de crédit aux yeux des politiques. Y verraient-ils un nouvelle électorat ? (après les veaux, les volailles ?)

Pire, outre la ponction que ces agitations inutiles entraîne sur le contribuable déjà bien fatigué par la grippe traditionnelle, la gastro-entérite, et les nouvelles déprimantes que nous dégoise France Intox, ces attermoiements ministériels ont une fâcheuse tendance à provoquer un vent d’effroi qui n’améliore en rien la situation.

Franchement, on se demande de plus en plus à quoi peuvent bien servir nos gouvernants. Pour premierministrer, Villepin n’est pas top. Baroin outermerde plus qu’il n’outre-merise, et Bertrand, à la santé, semble ne tenir qu’une petite forme assez vague.

Ca sent la fin de règne, tout ça.

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