La grognasse a cogné

En ces temps agités de contestation ridicule, l’Assemblée Nationale, elle, ne refroidit pas. Pendant que les djeunzs continuent à se pignoler en groupe au rythme chaloupé de slogans immatures, entre une petite partie de babyfoot et un jam de musique bien lourd qu’un kazou n’arrivera pas à faire taire, les députés enragés collectivistes de droite, ne laissant aucun répit aux députés acharnés collectivistes de gauche, pondent encore une fois une loi empêchant les gens de faire ce qu’ils veulent.

En substance, nous revenons donc sur la sordide affaire des emplois disponibles via les enchères inversées.

Rappel des épisodes précédents : Nathalie Kosciusko-Morizet[1], commissaire aux bonnes moeurs et membre influant du politburo de l’UMP, s’était offusquée de voir qu’un site internet, Jobdealer.Net, pouvait proposer aux internautes chômeurs une alternative pour trouver un travail. En gros, une entreprise propose un travail, et ceux qui y postulent proposent leur salaire, de préférence en sous-enchérissant aux offres déjà présentes. Le principe est ici le même que l’étude des devis de plombiers (polonais ou non) et le choix du moins cher – point n’est besoin de s’étaler, j’en avais déjà parlé ici.

Cette fois-ci, après un intense lobbying de l’assemblée, la bougresse a réussi à convaincre une poignée suffisante d’élus vasouillards qu’il faut, pardon, qu’il faut absolument légiférer pour empêcher une telle chose (pas les devis de plombier, mais les enchères inversées, si vous me suivez).

Partant de ce principe, la loi L-121.10 vient de naître : il est désormais interdit (au décrêt d’application près, il me semble) de profiter du marché de l’emploi tendu en ces périodes de réjouissances syndicales pour embaucher des gens au minimum possible.

Si l’on réfléchit un peu, ceci revient, d’un côté, à présenter NKM comme la Jeanne d’Arc du Droit Du Travail, chevauchant son fidèle destrier (l’Assemblée) pour lui faire prendre la bonne direction (plus de lois) dans le but généreux de protéger les plus faibles (ceux qui n’ont pas de travail), et, de l’autre, à empêcher un industriel de mettre en place une solution pour mettre en relation des entreprises qui payent avec des gens qui bossent (ou voudraient bosser). Ceux qui n’ont pas de travail risquent donc, tout comme pour le CPE, de ne pas en trouver beaucoup plus.

Car enfin, qu’est-ce qui justifie que d’un côté, l’état puisse se permettre, lors de la passation de marchés publics, de jouer aux enchères inversées en demandant les prestations aux prix les plus bas, et que de l’autre, l’employeur ne puisse procéder de la sorte ?

On peut se réjouir de l’effort des administrations (avec une bien faible concrétisation, au passage) dans la baisse de leurs – pharaoniques – dépenses, mais cet effort n’aboutit-il pas, chère NKM, à pressurer tant et plus les sociétés de service, ces prestataires que l’état paye toujours moins ? Cela ne revient-il pas, de façon pourtant évidente, à pousser les patrons de ces sociétés qui travaillent pour vous, très chère députée, à embaucher des gens aux salaires les plus faibles possibles puisque de l’autre côté, l’état paye de moins en moins ? Et puis, députée de plus en plus chère (dans le sens coûteuse), n’aviez vous pas mieux à faire de vos émoluments, de vos moments perdus, de votre verve et de votre énergie, que de vous pencher sur d’aussi petites occupations alors que le pays, en proie à des spasmes qu’on pourrait qualifier d’agonisatoires, a réellement besoin de poigne, d’idées nouvelles et de cette liberté que vous semblez bien rapide à vouloir “canaliser” ? Hein ?

Mais ces questions d’économie et de bon sens semblent fort éloignées des réelles préoccupations de la mère NKM : ce qu’elle vise, ce n’est pas la réduction du chômage, la fin de l’exploitation honteuse par des patrons peu scrupuleux d’une masse taillable et corvéable à merci (et, pour ne rien oublier, la fin du capitaliste à haut de forme et gros cigare ventru) ; non, ce qu’elle vise, c’est l’électorat bienpensant, le bobeauf au bulbe laiteux satisfait de son combat de tous les jours contre l’inégalité, la malbouffe, les idées qui dérangent et les cors aux pieds.

Cet électorat, aisément manipulable par une presse docile toute acquise aux thèses faciles du Consensus Mou, lui, ne veut pas qu’on le choque dans ses conceptions.

Et ces conceptions sont simples, limpides, d’airain : le patron exploite – c’est scandaleux -, l’ouvrier trinque – c’est évident -, le syndicat proteste – c’est manifeste – et la loi protège – c’est nécessaire -. Les enchères inversées, c’est le libéralisme poussé à son extrême (!?), c’est le plombier polonais, la clef à molette entre les dents, venu égorger nos joints et nos tuyaux, c’est la porte grande ouverte aux tractations salariales au moins-disant (oh, mon dieu, je défaille).

Après cette interdiction de négocier le salaire à la baisse, les augmentations planifiées ne sont pas loin. Le salaire professionnel inscrit en loi, aussi. Après, pour être logique, on fixe les prix. Tous (on a bien commencé par celui du travail, autant finir par celui de l’endive ou du pain, après tout). Les tickets de rationnement ne sont plus très loin.

Et dans quelques semaines, quelques mois tout au plus, après un grand soir et un matin qui chante, alléluhiiiiiiia, chacun travaillera pour un salaire fixe, produisant des produits de prix fixe : tous égaux, enfin.

L’avenir est tout tracé, et il est merveilleux, tovarich NKM !

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Notes

[1] NKM pour les intimes et les impénitents de la faute de frappe dans les noms compliqués

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