Le syndrome du caca canin

Je suis sportif comme une quiche aux lardons. Mais, tous les jours, je marche un peu. Ca me permet de prendre l’air, et, au rythme de mes foulées élastiques de félin libéral aux mocassins glantés (qui font schplif schplif quand je marche), j’en profite pour réfléchir sur les questions d’actualités, les grands problèmes du monde, mes éventuelles solutions – frappées au coin du bon sens, comme il se doit en toute modestie -, les soucis qui taraudent tout homme d’envergure – aux chevilles amples – et la liste des commissions. Petit à petit, cependant, mes parcours pédestres sont devenus plus délicats, et ce qui devait être une formalité bijournalière est devenu une angoissante épreuve pour rester propre sur soi…

En effet, ces dernières années, la quantité de cacas canins n’a pas cessé d’augmenter. D’une situation pourtant claire au départ, une rare petite crotte oubliée dans un caniveau, à l’occasion, nous sommes en quelques années passés à l’invasion quasi-systématique du gros caca joufflu, version monolithe fumant, à chaque angle de rue.

Vous aurez remarqué (avec peut-être un peu moins de paranoïa que moi, mais tout de même) que le Caca Canin se décline en douzaines de types différents. Il y a, comme pour les tendances et les mouvements politiques, des variantes dans la taille, la direction, la couleur, la consistance, l’odeur et la forme générale. On peut assez facilement, sans même se pencher pour y regarder de plus près (la paranoïa a des limites et l’étude approfondie de l’étron animal demande trop de temps pour moi), et toujours comme pour les mouvements politiques, en déduire le régime alimentaire du producteur : de la croquette industrielle au bon gros morceau de barbaque, en passant par – eh oui – les légumes verts. L’odeur est en rapport : plus c’est industriel, conventionnel, peu carné, moins ça pue.

La crotte de trottoir est finalement assez gênante : bien qu’elle offre à certains l’occasion mémorable de laisser – enfin – une trace dans ce monde (au péril de sa vie ou d’une hanche fragile à tout le moins), elle constitue la plupart du temps une disgrâce pour l’oeil et le nez.

Mais au delà de cette disgrâce, cette crotte est aussi un excellent indicateur : elle est le syndrôme clair d’une société dont la responsabilisation individuelle est … très aléatoire. En effet, la crotte de chien est à la société en général ce que les dettes abyssales de la sécu sont aux soins gratuits, ou les grèves à répétitions aux services publics : personne ne paye pour les conséquences d’un manque évident de fermeté, le résultat d’une déresponsabilisation générale et d’un laisser-aller typiquement collectif et collectiviste.

En effet, le problème de la crotte de chien se résume à celui de l’utilisation abusive d’un bien collectif (le trottoir) par des particuliers (ou leurs animaux domestiques disons[1]) et que le paiement du nettoyage est le plus généralement entièrement dilué sur la collectivité.

Ici, comme avec les soins de santé, les abuseurs font aussi partie des payeurs mais pas tous, les payeurs font aussi partie des électeurs mais pas tous. Au bilan, les sanctions sont illusoires, les payeurs râlent (puisqu’ils payent pour des dommages créés par d’autres[2]), les abuseurs abusent (ou laissent leurs chiens abuser), et, au passage, l’état se goinfre en ponctionnant dans les impôts locaux pour faire nettoyer ; tâche dont il s’acquitte, comme pour les soins, fort mal, et dont l’addition s’avère, comme pour la gestion de l’assurance maladie, fort élevée…

Par lâcheté de l’état (et de ses commis), les électeurs possesseurs de chiens ne sont pas mis en face de leurs responsabilités : le coût du nettoyage et de la collecte des colombins est supporté par tous (au lieu de centrer cette dépense sur ceux qui en sont directement responsables). A l’autre bout du spectre des responsabilité, les propriétaires de chien eux-mêmes, dans l’exercice de leur propriété, chez eux : il ne vient à l’idée de personne de laisser nos amis les bêtes déféquer dans son salon (ou du moins, si l’accident se produit, il est prestement réparé et l’animal sanctionné ou éduqué). S’il est possible d’apprendre à un chien de ne pas se libérer de son trop-plein intestinal sur le tapis familial ou derrière la table basse offerte par Tante Ginette, il doit être possible, sapredieu, d’apprendre à nos amis les animaux qui chient que cette opération est bien mieux menée dans les caniveaux, non ?!

On notera aussi que, d’ailleurs, dans l’histoire du Caca Canin, nous sommes tous un peu responsables, ou au moins, un peu lâches ! Car en effet, qui n’a jamais vu le propriétaire d’un chien laisser son molosse terminer sa grosse commission au milieu du trottoir, sans rien dire ? Il est vrai qu’un risque non nul existe qu’ensuite, le propriétaire, mécontent de la remarque, lâche le gentil toutou tous crocs dehors sur l’impétrant. Et à tout prendre, mieux vaut vivre les godasses sales que les fesses mâchouillées… (La remarque tient aussi avec le modèle microbe type Chiwawa ou Yorkshire : la grand-mère généralement entortillée au bout de la laisse est solidement armée d’un pébroque qu’on devine prêt à servir).

On retrouve un peu ici le problème de la Tragédie des Communs, où, finalement, les biens communs (trottoirs et service de nettoyage) deviennent rapidement surexploités par une quantité limité de chiens chieurs…

Le sujet de ce billet n’est évidemment pas de trouver une solution à la crotte intempestive qui jonche trop souvent le macadam, mais de s’interroger : pourquoi, dans certaines villes (je pense aux villes américaines, p. ex) la crotte est rare, et pourquoi en France pullule-t-elle de plus en plus ?

Question posée à la cantonnade, et dont la réponse est indispensable pour le bien-être de mes mocassins.

Notes

[1] Encore que… parfois…

[2] Ainsi, je n’ai pas de chien, et je ne fais pas encore caca par terre : je paye donc pour les autres.

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