Ayez confiance !

Comme le disait finement Reagan, le comportement de l’Etat, pour un marché, peut se résumer en trois points : « If it moves, tax it. If it keeps moving : regulate it. If it stops moving, subsidize it. » L’état Français n’échappe évidemment pas à la règle. S’il y a un moyen de faire une bêtise, de mettre quelques uns de ses doigts boudinés dans des pots de confitures, il criera toujours « Présent ! », quitte à se faire pousser des doigts supplémentaires ou inventer des pots de confiture quand l’un ou l’autre viennent à manquer…

Le domaine de l’internet rentre exactement dans ce champ d’application. Sans même détailler les lubies techniquement idiotes de certain député hydrocéphale proposant de taxer les mails et les SMS, il est intéressant de noter que lorsque tout va bien, l’état se doit d’intervenir pour s’assurer que tout aille mieux.

Faisant ainsi fi du conseil que « Si c’est pas cassé, ne répare pas », l’état s’ingénie alors à réparer des systèmes qui fonctionnent fort bien, créant d’innombrables problèmes qu’il aura ensuite beau jeu de vouloir réparer, justifiant par son action rétrograde initiale toutes les actions correctives futures.

Concrêtement, internet permet depuis maintenant six ou sept ans de commercer aux quatre coins du monde : notamment, il permet à des particuliers d’échanger des biens et services entre eux, le tout en évitant toute la paperasse administrative traditionnelle que l’ouverture d’un espace commercial réel ou l’obtention d’une patente pour un marché ouvert nécessiterait. Ceci marche très bien : internet concerne des centaines de millions d’utilisateurs, et pour le moment, il n’y a pas eu des centaines de millions de pigeons. L’écrasante majorité des transactions se fait dans d’excellentes conditions.

Il s’agit donc d’un cas d’école : un marché (celui du commerce de particulier à particulier sur internet), régit par les lois commerciales traditionnelles, qui fonctionne fort bien, sans intervention étatique. Personne ne demande rien, le commerce en ligne se développe de façon exponentielle, et là, Paf !, l’état intervient. Normal : ça fonctionne. Vite, réparons-le !

Pour cela, rien de plus efficace que l’introduction que de concepts fumeux comme « Droit de l’Internet », ou, mieux encore, la « Nécessité de Réguler Un Marché Sinon Trop Sauvage ». Ici, le fumigène de base associe deux composés différents :

  • le « Mieurégulet », qui permet de mieux réguler le commerce entre particuliers en rappelant qu’un certain nombre de règles définies pour le commerce traditionnel et le commerce électronique «classique» s’y appliquent également. En effet, les internautes sont, doit-on le rappeler, des gens un peu simples d’esprit. Si ces petits benêts s’imaginent que les règles du commerce sur internet diffèrent de celles du monde réel, Dutreil, l’autre Renaud[1] du gouvernement s’empresse par son projet de loi en cours sur la – ne rigolez pas – Confiance Dans L’Economie Numerique de réguler tout ça.
  • le « Taxontoussa », qui permet de remplir le gros bedon obèse de Bersi. Il s’agit en effet, et en douceur s’il vous plaît, de taxer le plus grand nombre des 15 000 Français tirant tout ou partie de leurs revenus de l’activité de commerce sur internet en les obligeant à créer leur petite entreprise de vente en ligne. Marqués ainsi du signe de la Bête, ils peuvent commercer et seront relativement épargnés lorsque les Légions Internet d’Intervention Fiscale Rapide seront mises en place…

Grâce en effet à un habile lobbying de professionnels (commissaires-priseurs, libraires, etc.) échaudés par une nouvelle concurrence qu’ils jugent déloyale et qui trouvent plus commode de tarauder le ministre que de remettre en question leurs petites habitudes séculaires, le gouvernement a décidé d’agir vite, de frapper fort et de stopper dans l’oeuf ce nouvel eldorado du marché noir des gens qui – argh – s’échangent des biens contre de l’argent sans taxes, sans solidarité, dans le plus pur individualisme mercantile profitable bassement capitaliste. La mise en place des tickets de rationnement pour la Vente Sur Internet ne peut en effet pas avoir lieu si des gens continuent, en tout égoïsme, de s’échanger des biens et des services, avec une marge (oooh!), le tout, sans déclaration aux administrations compétentes de l’Etat Qui Veut Notre Bien.

Stupeur du ministre : «On ne peut pas se déclarer attaché à notre modèle social et, dans le même temps, prétendre que les internautes doivent pouvoir acheter, revendre avant d’avoir fait usage, générer des revenus, dans n’importe quelles conditions, sans jamais se déclarer», a justifié notre andouille ministérielle lobbyisée et lobotomisée.

Et voilà : pour commercer sur internet, il faut s’enregistrer parce qu’on se doit d’être attaché à notre « modèle » social. Générer du revenu, c’est mal, surtout quand c’est dans « n’importe quelle condition » : des gens qui vendent, qui achètent, qui s’échangent, en faisant du profit, cela a quelque chose d’immoral ! Que ces pourceaux de consommateurs libres meurent dans les abominations du cerfa C/42-3 rose, du formulaire fiscal 723/5, de la déclaration d’allégeance H-775 simplifiée et du récépissé 28P !!!

Ah ah, mes petits amis, souriez, les Renauds du gouvernements sortent leurs griffes !

Libération : L’Etat invente un code de bonne vente sur le Net

Notes

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Commentaires5

  1. RonnieHayek

    Tu auras sans doute noté avec stupéfaction que la citation du ministre est suivie de ce commentaire journalistique : "a justifié le très libéral Renaud Dutreil." Evidemment, qu’attendre d’autre dans "L’Aberration" ?…

  2. Effectivement. Mais de ce pauvre papelard à l’avenir très incertain produit par des pisse-copies sans talents aux débouchées restreintes, je ne m’attendais guère à quelque lucidité que ce soit. Il est à noter tout de même que l’article me semble (pour des raisons probablement solidaires, citoyennes et festives) plutôt contre ce projet du Dutreil.

  3. DoM P

    Une petite, toute petite note pour mitiger cet article :
    On ne peut pas, d’une part, taxer et réglementer à outrance le marché classique et laisser par ailleurs toute liberté sur Internet sans créer, de fait, une situation bancale entraînant inévitablement une concurence déloyale.

    La solution, nous en sommes tous deux persuadés, étant bien sûr de déréguler le marché classique plutôt que d’aller polluer Internet.

  4. Ca va de soi. De toute façon, il m’apparaît techniquement hasardeux de tenter quelque chose sur internet. La plupart des verrous techniques ou des contraintes posées peuvent être détournés…

  5. photon

    Toujours excellent vos articles!!! Je pense que vous allez partir de ce barnum que vous avez fort bien compris! Go west I presume!

    J’ai trouvé cette histoire et vous la livre.

    Une histoire de cruches, de jarres et d’un porteur d’eau.

    Un porteur d’eau transportait deux cruches suspendues aux extrémités d’une pièce de bois reposant sur ses épaules. Mais l’une d’elles avait une fissure. Pendant que l’autre jarre conservait parfaitement toute son eau de source jusqu’au village, la première perdait la moitié de sa cargaison en cours de route. Cela dura deux ans et à chaque jour le porteur d’eau ne livrait qu’une cruche et demie d’eau à chacun de ses voyages. La jarre parfaite était fière d ’elle car elle remplissait sa fonction sans faille. Mais la cruche abîmée avait honte et se sentait déprimée parce qu’elle n’accomplissait que la moitié de ce qu’on attendait d’elle.

    Un jour, elle s’adressa au porteur d’eau au moment où il la remplissait à la source :

    -Je me sens coupable, et je te prie de m’excuser.

    -De quoi as-tu honte ?, demanda le porteur d’eau.

    -Je ne réussis qu’à porter la moitié de ma cargaison d’eau à cause de cette fissure qui laisse fuir l’eau.

    Par ma faute, tu fais tous ces efforts, mais tu ne livres que la moitié de l’eau. Tu n’obtiens pas le fruit de tes efforts à cause de moi.

    Le porteur d’eau, touché de cette confession, lui répondit :

    -Ne songe plus à ça et pendant que nous retournerons à la maison, regarde les magnifiques fleurs au bord du chemin.

    Sur la route, la vieille jarre vit de très jolies fleurs baignées de soleil et cela lui mit la joie au cœur.

    Mais elle se sentait toujours aussi coupable parce qu’elle avait encore perdu la moitié de son eau.

    Le porteur d’eau dit alors à la cruche:

    -T’es-tu rendue compte qu’il n’y avait de belles fleurs que de ton côté du chemin, et presque aucune de l’autre côté?

    J’ai toujours su que tu perdais de l’eau, et j’en ai tiré parti. J’ai semé des fleurs de ton côté et toi tu les arrosais pendant le parcours. Sans toi, jamais je n’aurais pu obtenir des fleurs aussi fraîches et gracieuses.

    Morale de l’histoire :

    Nous avons tous des éclats, des blessures, des défauts. Nous sommes tous des jarres abîmées. Certains d’entre nous sont diminués par la vieillesse, d’autres ne brillent pas par leur intelligence, d’autres trop petits, trop grands trop gros, trop maigres, mais ce sont les éclats, les défauts en nous qui rendent nos vies intéressantes et exaltantes.

    Vous devez prendre les autres tels qu’ils sont, et voir ce qu’il y a de bon et de bien en eux. Il y a beaucoup de positif partout.

    Ceci dit, souvenez-vous d’apprécier tous les gens si différents qui peuplent votre vie!

    Mais votre cruche se doit, et chaque cruche en ce monde se doit, à la fin de porter encore sufisamment d’eau, sinon il n’y aura plus de porteur, et plus de fleurs sur le chemin.

    Le porteur se doit d’y veiller et de n’autoriser aucun dégat à ses jarres par d’incompétents théoriciens qui voudraient plus de fleurs sur le chemin!

    Laisser la vie et la liberté agir!

    Leçon à méditer par nos grands monarques et leur cour : augmenter pluôt que réduire les éclats revient à tuer toute activité!

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