Petit parfum de fronde

Notre sémillant ministre de la Culture, El Gringo, vient de terminer son round de travail et va pouvoir partir en vacances la tête vide le coeur léger et heureux du travail accompli. En l’espace de quelques mois, Renaud, un destructeur qui sort ses griffes, aura réussi à accumuler erreurs de procédures, votes bidons, lois idiotes et mesures liberticides, le tout baigné dans un lobbyisme débridé que toutes ses agitations n’auront pas réussi cacher. Sacré Donnedieu : sur ce coup, il s’est vraiment donné à fond !

Tel un frippier de Prisunic, Renaud aura ainsi tenté de nous vendre jusqu’au bout sa soupe imbuvable ; une fois voté, son texte, a-t-il bonnimenté, « sera ambitieux et juste, utile pour les opérateurs et les internautes », montrant ainsi aux yeux du monde que « la Fraaônnce est capable d’agir et de porter un message fort d’audace et de modernité » ; la loi DADVSI, après avoir été refoulée il y a quelques mois dans une débandade typique, à force d’être présentée au parlement, aura fini par passer.

Le message fort, mes cocos, c’est qu’à partir de maintenant, il va falloir payer. Tout le temps. Si vous n’êtes pas surpris, c’est normal. Votre pigeonnitude est acceptée. Cela rendra le plumage plus facile.

En pratique et sans rentrer dans l’examen point par point de ce texte alambiqué, mal fichu et typique d’une longue soirée trop arrosée d’un mauvais vin qui pique (le ministre a les amis qu’il peut), la loi en question aura tout pour plaire à l’étatiste frétillant qui sommeille exulte dans un ministre de la Culture et de la Pensée digne de ce nom.

Ce n’est pas compliqué ; tous les travers compulsifs de l’état se retrouvent dans la bavouserie commise par le guignol culturel du gouvernement :
l’incohérence : la loi impose l’interopérabilité d’un côté, et de l’autre met en place l’arsenal juridique pour l’utilisation des DRM dont la nature poussera l’éditeur à tout faire pour éviter l’interopérabilité. Comprenne qui pourra. Le petit côté « Brazil » de l’édifice n’étonnera plus personne.

la prodigalité : cette loi va coûter cher au contribuable qui, outre les surcoûts engendrés par la mise en place imposée des DRM et de l’interopérabilité qui seront – cela va de soi – refacturés au client final, devra se taper une magnifique Autorité de Régulation des Mesures Techniques, dernière cautère sur la jambe de bois ciselée par le ministre libertiphage. De plus, et c’est encore plus fort, pour couronner ces dépenses dont l’état avait déjà fort besoin, Renaud l’acrobate voltigeur du budget élastique s’est fendu d’un crédit d’impôt pour la musique à l’image de ce qui existe déjà pour le cinéma, avec le succès qu’on connaît, pour aider les producteurs à découvrir et soutenir les jeunes talents… Il semble évident en effet que l’état français se devait d’aller aider un marché sur lequel StarAc’, Nouvelle Star et autres télé-crochets n’ont eu aucun succès. France 2 et France 3 vont (enfin!) pouvoir se lancer dans la télé-réalité, chaperonnés par exemple par un Sevran bondissant qui mettra un peu d’envergure à ces émissions sans vigueur… Ca laisse rêveur.

la répression : la DADVSI introduit un régime répressif, tant pour l’internaute qui télécharge (ping, amendes !) que pour les éditeurs de logiciels (libres ou non) qui proposeraient des solutions d’échange P2P en l’absence de système de gestion de DRM (ping, prison !).

Dans la grande tradition du N’importe Quoi Etatique, El Gringo aura réussi à – tenez-vous bien – pénaliser les développeurs qui fourniront des logiciels de P2P gratuits, fiables et fonctionnels ne respectant pas le DRM. En gros, si je veux, en tant qu’entrepreneur, me lancer dans une nouvelle forme de commerce me basant sur la confiance que j’ai des produits que je vends, en demandant aux utilisateurs qui déchargent de payer ce qu’ils veulent quand ils le veulent, sans rien imposer, je deviens grâce à cette loi passible de 300 000 euros d’amende et 3 ans de prison. Même si les titres font partie d’un catalogue libre.

D’ailleurs, sur le simple plan du principe, on peut s’étonner que tous les vendeurs de couteaux ou d’armes à feu ne soient pas immédiatement poursuivis : c’est bien en effet avec leurs armes qu’on peut tuer, de la même façon qu’on sanctionne des développeurs pour les usages illicites que font les utilisateurs de leur produit. J’attends donc une traduction en justice de Carlos Ghosn (Renault) ou Jacques Calvet (PSA) dont les produits, rappelons-le, font par destination ou par mauvaise utilisation des dizaines de morts en France tous les ans.

Pour compenser cette brêche fondamentale dans le droit le plus basique (celui qui, naïvement semble-t-il, considère que vous n’êtes pas responsables des usages idiots ou meurtriers que font les autres de vos produits), le Pantin des Majors, enduisant chichement son latex d’une giclée de vaseline, a un tantinet assoupli les peines pour les utilisateurs finaux : en effet, « Un internaute qui télécharge illégalement ne risquera plus la prison, c’est une avancée considérable ». Bah bien sûr, c’est la loi Soupline : on se fait entuber, mais avec assouplissant ! Belle affaire.

On notera au passage l’inversement complet des valeurs : celui qui commet un forfait ne sera presque plus coupable, et celui qui produit l’arme deviendra subitement la cause première du délit. La responsabilité se dilue progressivement devant la masse et le constat d’impuissance ou d’incompétence de l’état quand il s’agit de faire appliquer ses lois. En gros, comme les utilisateurs qui fraudent sont trop nombreux, qu’ils ont l’opinion pour eux, et que l’état est incapable de les choper un à un, plutôt que s’interroger sur l’adéquation de la loi avec le forfait commis, la loi se charge donc de désigner un autre coupable.

Dans la plus parfaite illustration de la loi du plus fort, l’antilibéral De Vabre démontre que si ce n’est pas toi, c’est donc ton frère.

Mais voilà, à force d’agacer les internautes, qui sont, rappelons-le, tous les jours plus nombreux, Renaud aura réussi tout de même une chose dans sa longue succession de foirages magistraux que son sourire niais – qu’une paire de baffe aurait bien du mal à décrocher – peine à faire passer pour d’aimables plaisanteries de gamin qu’on dira pudiquement différent.

Le Pr. Renaud aura réussi la Cristallisation De Colère contre lui : il n’y gagnera pas le Nobel de chimie, mais permettra peut-être l’apparition d’un sentiment profond de méfiance vis-à-vis des décisions étatiques parachutés grâce à un lobbyisme sans frein. En tout cas, cela se traduit déjà par la création d’un Parti Pirate, collectif créé par un homme excédé de la tournure des débats sur la loi DADVSI. C’est « une réponse à l’attitude quelque peu méprisante et hautaine des grands seigneurs de la culture en France envers leur public adoré », comme l’indique le parti sur son site.

Comme je le mentionnais dans d’autres billets, internet représente à n’en plus douter un vrai contre-pouvoir aux idioties répétitives de certains abrutis sauvages lâchés sans surveillance dans la jungle d’un gouvernement tous les jours un peu plus dispersé. A n’en pas douter non plus, le réveil risque d’être brutal pour ces quincas dépassés, quand ils se verront débarqués par la rue et par la force de mobilisation de ce nouveau médium.

En tout cas, on peut rêver.

Encore un peu.

ZDNet – la loi DADVSI

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