Discrimination maladive

« Privatiser la santé ? Vous êtes fous ! Les plus pauvres seraient écartés et mourraient dans les rues ! » – C’est généralement la remarque cinglante à laquelle on a droit lorsqu’on évoque l’état catastrophique du système de soin français et les mesures (libérales) qui pourraient le sauver. Pour l’interlocuteur moyen aguerri à repousser la mondialisation et l’ultra-libéralisme triomphant basé – comme chacun le sait – sur le profit, le capitalisme sauvage et l’exploitation indécente des petits enfants, il reste clair que sans collectivisation de la santé, point de salut …

En effet, suivant le crédo actuel, la libéralisation totale du marché de la santé, couvrant aussi bien le droit d’assurance au premier euro que les établissements de soins, les médicaments ou la rémunération des personnels médicaux, entraînerait semble-t-il une démission complète de ces personnels, de ces assurances et des industries pharmaceutiques pour couvrir le marché pourtant large des populations les moins aisées en se concentrant exclusivement sur les riches nababs dont la France regorge.

Force est de constater, en tout cas, que le système actuel n’est en rien libéral. A ce titre, les tenants du Tout-Etat devraient donc s’estimer heureux de l’equessellente couverture de soins qu’offre la Sécurité Sociale française : le tarif des consultations est fixé (par l’état), le tarif des médicaments est fixé (par l’état), le tarif des remboursements sont fixés (par l’état), le nombre de médecins disponible aussi, le nombre d’établissement aussi (tant privés que publics), etc, etc… Bref, tout est massivement verrouillé par l’état qui s’assure ainsi que le libéralisme ne pourra pas s’insinuer dans aucun interstice du système qu’il se sera employé (efficacement d’ailleurs) à rendre étanche et imperméable aux réalités économiques du monde normal.

Moyennant quoi, le système, tournant sur lui-même, devrait s’auto-suffire. Il semble évident qu’en tout cas, compte tenu des gouffres abysses abîmes fosses trous noirs puits gravitationnels que forment nos organismes sociaux du système de soins, l’auto-suffisance n’est pas pour demain : le monde réel, celui qui produit effectivement des richesses et de la plus-value Kapitaliste, doit être régulièrement appelé en renfort pour pomper l’eau hors du navire qui s’enfonce lentement.

Partant dès lors de la constatation que le système est rigoureusement antilibéral, il devrait s’ériger en point de repère aisé pour les collectivistes, un peu comme un but à atteindre pour les autres systèmes pour lesquels Machin ou Truc n’est pas une marchandise (remplacer Machin ou Truc par le domaine concerné, par exemple l’Education, la Culture, l’Electricité, le Téléphone, ou, pourquoi pas, le permis de conduire, les fleurs en pot ou le Nutella).

Oui mais voilà : bien que massivement collectivisé et rédhibitoirement étatique, gluant de principes bienpensants et stalinement arc-bouté sur un syndicalisme rétrograde début XXe chevauchant des principes marxistes à la limite du comique, le système n’en marche pas moins mal. Les pauvres, excuse facile de la mise en place et prétexte répétitif à toute nouvelle ponction, toute nouvelle gabegie, et tout nouveau déficit, ne sont pas mieux couverts par ce système en déroute que par un système totalement libéral, fantasmé cruel et impitoyable.

Car en effet, ces mêmes « pauvres », ceux qui ont été gentiment placés dans le cadre de la CMU, sont moins bien traités que les ayant-droits normaux, c’est-à-dire et pour utiliser un terme bien capitaliste – pardon, Kapitaliste -, ceux qui payent. Il apparaît en effet (mais est-ce une surprise ?) qu’il vaut mieux dans ce pays être riche et bien portant que pauvre et mal fichu, qu’il vaut mieux être cotisant régulier que pauvre sans travail, ayant-droit standard que joyeux supporter de la CMU… Cela en fiche un petit coup, dirait-on, à un système qui se prétend le meilleur du monde, aidant la veuve et l’orphelin, le pauvre autant que le riche etc., etc., etc…

Evidemment, le collectiviste, l’oeil humide du déchirement provoqué par la triste nouvelle, snif, s’empressera de pointer les problèmes du système, ceux-là mêmes qui entraînent une telle distortion, au dépend des plus démunis, snif :

  • c’est l’appât du gain, mon bon môssieur, qui fait que les médecins, ces vautours engraissant sur la maladie d’autrui, ne respectent pas leur serment d’Hippocrate et laissent mourir à petit feu, dans nos rues, les plus démunis !
  • ce sont les abus que provoquent tous ces petits cancrelats d’assurés sociaux, qui enchaînent visites sur visites, pharmacopée coûteuse sur paraphernalie dispendieuse, qui entraînent des déficits toujours plus grands !
  • c’est la frôôôde, la fraude terrible et compulsive que beaucoup pratiquent en détournant une Belle et Graâande Idée de Service Public de Santé à des fins personnelles et lucratives skandaleuses !

Evidemment, il passera sous silence les deux maux principaux, ceux qui, bien compris et bien entendus, sont les réels responsables de l’effondrement progressif d’un édifice mal boutiqué sur lui-même :

  • la dilution de responsabilité
  • l’illusion de gratuité

… car ces deux maux sont l’essence même d’un système collectiviste.

L’illusion de gratuité entraîne de fait tous les abus et les fraudes, effectivement, mais est surtout la cause même qui permet au système de perdurer en faisant croire à chacun que sans ce système, il paierait beaucoup plus cher. A ceci rien de moins sûr : le marché de l’assurance santé est très concurrentiel, de même que pour l’assurance voiture, ou le marché de la téléphonie en partie libéralisé, où l’on observe des tarifs très serrés (même pour les plus jeunes conducteurs ou pour les personnes les plus démunies). Prétendre qu’un tel système laisserait des gens sur le carreau, c’est aussi prétendre que le système actuel est capable de faire mieux, ce qui est faux…

Quand à la dilution de responsabilité, c’est le premier et le plus important de tous les maux de tous les systèmes collectivistes : gommant la nécessité de résultat, la notion même de marché et de mise en concurrence des offres de soins d’un médecin à l’autre, il entraîne de fait la disparition massive de marchés spécialisés (celui destiné, par exemple, aux plus démunis), et permet à chaque acteur de se dire : « si je ne le fais pas, d’autres le feront » ou, inversement, « si je le fais, d’autres s’empresseront de ne pas le faire », en fonction des circonstances et des motivations du moment.

Ainsi, pour certains médecins, ne pas s’occuper d’un patient CMU, c’est l’assurance de n’avoir que des patients qui payent (et qui lui assurent un revenu – ‘faut bien bouffer), et c’est aussi l’utilisation de la collectivité (celle-là même louée par brouette par les étatistes de tous crins) pour se dire « Je ne traite pas ce patient, je n’en ai pas les moyens / le temps, un confrère s’en chargera ».

Non seulement, en inventant le concept même de CMU, l’état a introduit un clivage, une discrimination mortifère entre les assurés qui en payent maintenant le prix (autant les non-CMU, qui payent pour les autres, que les CMU, qui sont très mal soignés), mais en plus, il a réussi le tour de force de transformer une relation humaine (entre un soignant et un malade) en relation strictement financière.

Et par dessus le marché, l’état, dans un brazilianisme typique, s’est aussi donné les moyens de se taper sur les doigts en créant une instance, la HALDE, bazar usinagazesque caricatural, qui aura beau jeu de dénoncer les discriminations d’assurés par ces médecins, après que l’état lui-même ait créé la discrimination et donné ainsi à ces professionnels un moyen précis de dénicher les « mauvais-payeurs » éventuels.

Bravo.

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