L’herbe est plus verte ailleurs

Si, partout dans le monde, les voyages forment la jeunesse, pour les petits Français, c’est souvent l’occasion d’un choc important : le monde tel qu’il est n’a, finalement, pas beaucoup de rapport avec celui qui est fantasmé à l’intérieur de nos frontières. Et, bien souvent, ceux qui ont vraiment pris conscience de cet écart notent une chose : l’herbe peut, parfois, être vraiment plus verte ailleurs.

Pour avoir de la famille au Canada, et avoir moi-même passé quelques années à l’étranger, j’ai eu l’occasion de comparer la vie de tous les jours, en dehors de tout tourisme, dans différents pays avec celle de cette merveilleuse contrée verdoyante qu’est la France, où les habitants, le crâne vissé sous un béret basque et la baguette coincée sous le bras, vous sourient à la croisée des chemins, heureux de leur espérance de vie en constante augmentation et de leurs talents gastronomiques de renommée mondiale.

Avant d’aller plus loin, je distinguerai ici la France, le pays, aux paysages magnifiques et aux campagnes effectivement verdoyantes, de l’État Français, aux paysages tristounets et aux campagnes fiscales lacrymales. Ici, il ne s’agira pas de comparer la poésie des reliefs et la beauté des vallées françaises avec celles des autres pays. Non, je me contenterai de remonter quelques anecdotes.

En l’espèce, je prendrai les récentes observations de Jules Petibedon (Oui, c’est un pseudo un peu facile, mais bref), français pure souche expatrié au Canada et avec lequel j’ai conservé un contact régulier et agréable.

Notre Jules Petibedon, pour différentes raisons qu’il serait oiseux d’expliciter ici, a eu récemment besoin de renouveler sa carte d’assurance maladie. Voici comment il m’a rapporté le parcours administratif qu’il a subi.

Ce matin, je suis allé à la Régie d’Assurance Maladie (c’est ainsi qu’on appelle un équivalent de Sécu au Canada) pour me faire renouveler ma carte d’assuré. Dans cet odieux pays libéral même pas un peu social qu’est le Canada – et je ne parle même pas du 1er ministre qui est conservateur, oh! – ça m’a pris 12 minutes, queue d’attente avant le guichet incluse pour me faire changer cette carte et obtenir une attestation. J’ai ainsi passé plus de temps dans le bus pour venir qu’à la Régie elle-même.

Je précise que c’est le même mode de réception qu’une caisse d’assurance maladie française : on y trouve le petit débiteur de tickets numérotés en rouleau, tu prends ton petit ticket, et tu attends sagement qu’on t’appelle à un guichet. La différence avec le 19e arrondissement que j’ai eu l’occasion de pratiquer (ce qui me permet d’arborer un tatouage « CRAM 19e Arrdt Veteran », très prisé chez les bikers qui me regardent avec cette petite lueur de déférence qu’on n’accorde qu’aux plus courageux) c’est qu’il n’y a pas trois vieux sur des brancards ou dans des fauteuils roulants en train de se pisser dessus, deux SDF et des étudiants en dreadlocks qui dorment.

Étonnant. Aussi lamentable soit le système de santé en dehors de France (rappelons-le : notre système de santé est Celui Que Le Monde Entier Nous Envie ™©®), apparemment, l’attente est plus désagréable, plus longue et beaucoup plus habituelle chez nous que chez les autres.

Mais Jules Petibedon est, outre un vétéran de la CRAM 19e, un vrai warrior de la démarche administrative car il a, jadis, passé son permis moto en France. Il aura donc goûté aux joies des tests de Code de la Route, et à l’inénarrable plaisir de faire des petits trous dans des cartons de test un peu mous en regardant des diapos jaunies et floues montrant des 404 et des Ami-6 en pleins déboîtements sans clignotant. Ne ratant aucune occasion de s’égratigner la couenne au contact rugueux non pas de l’asphalte mais du fonctionnaire tatillon, notre Jules national a donc tenté, une fois installé au Canada, de repasser le permis. Oui, il a replongé. Et voilà le poignant témoignage de son calvaire local.

J’ai passé récemment mon permis de conduire local. Pour le code, je l’ai passé à la Société d’Assurance Auto du Québec. C’est de l’ assurance voiture,  étatique et centralisée. Tout le monde y passe : c’est obligatoire. Fait amusant, ils t’obligent à prendre l’assurance du Québec (24$), et là-dessus, ils te prennent une taxe de 1.30$ parce que c’est un luxe. Un luxe obligatoire taxé, donc.

Bref.
Je me pointe au bâtiment indiqué. C’est organisé à façon des ANPE ou de la Sécurité Sociale française, avec – là encore – les petits tickets à numéros, à la différence notable qu’ici, ça marche – bon c’est pas trop rapide non plus, mais force est de constater que cela fonctionne.

Je me sens tout de suite dans mon élément. Instinctivement, je charge mon système d’adrénaline et je me mets en éveil, prêt à bondir sur l’ennemi. L’examen de code est facile, et un peu vicieux (comme d’habitude, quoi :), mais sur un ordinateur (qui fonctionne à l’électricité, sans pédales), dans un environnement propre et moderne (y compris les toilettes), à l’inverse donc de la petite école poussiéreuse où j’ai passé mon code en France, avec la patronne de l’auto-école qui nous supportait alors comme une enseignantes avec des élèves de maternelle. Après le test, j’ai payé 44$ canadiens et … Voilà, je peux conduire avec un passager qui m’accompagne et qui a le permis.

Bien sûr, après, j’aurai un test pratique pour avoir le permis complet. Pas besoin d’auto-école, pas de cours, pas de timbres, pas de démarches en préfecture à signer de son sang, aucune danse rituelle autour d’un fonctionnaire, etc…

On peut même venir avec une voiture louée. Si je me rappelle bien, au même stade en France, ça m’avait déjà couté environ 1500 francs, peu ou prou. Et le pompon, c’est que ce test pratique, en me donnant le permis complet sans frais, me permet d’avoir mon permis moto français converti en permis moto local.

Parlez-moi d’efficacité…

Décidément, les voyages forment la jeunesse.

Le problème, finalement, avec celle-ci, c’est qu’une fois déformée par les habitudes d’efficacité et de transparence des autres systèmes, quand cette jeunesse rentre en France, elle n’a qu’une envie : repartir.

Bientôt, ce sera mon tour…

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