Petit abrutissement matinal

Pas de doute, ils en veulent à ma mâchoire ! Je veux ici parler des joyeux lurons de la radio : ce matin, ce fut Europe 1 qui déclencha les hostilités entre la tartine à la confiture de tomate verte (fait maison) et le petit pain gravement nutellisé. En général, soit je n’écoute pas la radio, soit je mets de la musique, soit je m’esclaffe aux idioties entendues. Mais ce matin, rire franc, puis massif, puis … crampe de la mâchoire. Aïe.

Rappelez-vous : il y a quelques jours déjà, je manquais un sévère froissement des muscles manducateurs en découvrant que l’Etat Fraônçais – oh surprise ! – était en faillite virtuelle, et – plus grave – que l’information était immédiatement camouflée au milieu d’un délire comique de petites nouvelles badines et sans intérêt.

Ce matin, rebelote ! Pour des raisons évidentes de santé mentale, je m’astreins à ne plus lire la presse nationale tant le tissu d’abrutissement est maillé serré, ce qui m’épargne, en l’espèce, pas mal de coupures (de presse, évidemment) ou de foulure de poignet à la suite d’un proverbial geste auguste du chiffoneur. J’évite donc de lire Libération et me contente des petites galettes que sa rédaction dépose sur internet. Idem avec Le Monde, Le Figaro, ou leurs équivalents locaux.

Pour la radio, c’est le même topo : ne goûtant plus guère à Pravda-Info, ni Pravda-Culture ou Prava-Inter, je papillone au gré des émissions en changeant systématiquement dès que les pubs sont par exemple interrompues par des émissions politiques…

Ce matin, j’avais les deux mains prises (une par la tartine et l’autre par la cuillère qui plonge dans le pot de confiture, fière récompense du travailleur contribuable qui sait se satisfaire des petites choses simples que l’Etat ne nous a pas encore volées). Je n’ai donc pu tourner la petite molette qui me permet d’éviter la soupaille médiocre qu’on m’infligea alors.

Et j’ai du me cogner – coup sur coup et la mâchoire béante, donc – la chronique de l’économiste maison (de Tarlé) puis, tartine toujours pas finie – c’était une grosse tartine et j’avais déjà été scotché par la précédente chronique – par celle de Grossiord. Je tiens tout d’abord à noter que je n’ai rien contre ces deux aimables gratte-papier : produire une chronique par jour, ce n’est pas facile ; j’en sais quelque chose avec mon pénible billet tous les deux ou trois jours. En outre, ce n’est que de la radio et après tout, je ne suis pas sûr qu’ils aient profondément réfléchi aux choses qu’ils écrivent avant de les lire à leurs auditeurs, pour la plupart endormis, ou le nez plongé dans un café tiède et une tartine au beurre allégé d’une tristesse sans nom. ‘Faut bien gagner sa vie ma petite dame, et on ne gagne pas forcément, dans le monde impitoyable de la radio nationale, à dire des choses qui frappent. Surtout dès le matin.

Il n’empêche. Je fus médusé.

Rassurez-vous : j’ai fini ma tartine sans fausse-route, et j’ai pû aller travailler le coeur lourd et le ventre plein.

Mais en substance, il faut tout de même avouer que parfois, il y a quelques claques ou quelques commentaires cinglants, au moins, qui se perdent.

Prenons le chroniqueur économiste. Ce matin, il avait décidé de nous parler de Kyoto et de la sanction que promet Bruxelles au gouvernement Français tant son laxisme en matière de quotas de CO2 est flagrant. Jusque là, rien à dire, l’étalage de la confiture débute et se poursuit sans heurt. Arrive la fin du billet, et là, patatras, dérapage de cuillère :

« Pour éviter que ce marché de la pollution vire à la mascarade, Bruxelles va demander demain à Paris et à Berlin de fixer des quotas plus sévères, plus contraignants. Naturellement, c’est là que ça coince. Les lobby industriels se réveillent, avec (et c’est malheureux à dire), un argument assez convaincant. Car si les quotas sont trop sévères. Que va-t-il se passer ? Les industriels délocaliseront leurs activités les plus polluantes en Asie, où il n’y a aucun contrôle, et, donc, au final, pour la planète, ce sera encore pire. Donc, on le voit, il faut trouver un équilibre entre l’économie et l’écologie. »

Eh oui ma pov’dame, les méchants industriels font du chantage ! Et il va donc falloir, pour ces pauvres gouvernements, trouver un équilibre entre économie et écologie. Rien que cette expression m’agace prodigieusement : elle revient à dire, de façon à peine voilée, que l’économie, c’est cracra, ça pollue forcément, et que faire de l’écologie, c’est obligatoirement aller contre l’économie. Le simple fait que les voitures, par exemples, brûlent 4 fois moins d’essence et rejettent 10 fois moins de particules et de CO2 actuellement qu’il y a vingt ans, à un prix (en euros constants) globalement équivalent, devrait simplement rétablir cette réalité tangible : faire de l’écologie ne peut s’entreprendre que dans le cadre de l’économie. Une bonne économie produira une bonne écologie, et pas par désir, mais par obligation de résultat. Le long terme et la survie de l’espèce ne se satisfont pas d’une demi-mesure cauchemardée ou avancée comme bonne excuse par les thuriféraires de l’interventionnisme…

Ce qui est agaçant n’est d’ailleurs pas tant que cette vérité n’a pas été donnée par le chroniqueur ; non seulement, elle aura été omise (est-ce surprenant ?), mais elle aura été complètement retournée pour lui substituer la tarte à la crême altercomprenante du moment : si tu es écolo, tu ne peux que t’inscrire comme contre le marché, le diktat des producteurs-pollueurs, le GrRrand Kapital etc… Et si tu es industriel, tu ne peux que renâcler à l’idée de faire du propre !

A ce point là, ma tartine se languit de la confiture. A moitié recouverte, elle se chagrine pour un enduit complet. Et là, paf, le deuxième effet kiss-kool, celui qui empêche les bonnes idées de remonter et la tartine de se finir : la seconde chronique, une revue de presse, déboule. Un de ses sujets : le low cost.

On y apprend que les consommateurs, friands de coûts toujours plus bas (eh oui, c’est une nouvelle donne : avant, les cons dépensaient tant et mieux, maintenant, ils font attention !), ont provoqué le développement de compagnies dédiées, ou la chute de vieux modèles (dont Libération, obligée de se vautrer avec le capital triomphant, ou l’Huma, elle aussi en proie aux affres du marché capitalistique). Cette « low cost economy » comme il semble qu’on l’appelle à présent semble avoir fait l’objet d’études et une question se pose, au moins au chroniqueur : Qui sortira gagnant de ce match entre le consommateur et le salarié ?

C’est là qu’un petit « cruic ! » s’est fait entendre dans ma mâchoire.

Bastiat est mort inconnu dans ce pays, et on déplore ainsi chaque jour l’étendue des dégâts de son absence totale de notoriété. Poser une question comme celle-là, c’est, réellement, n’avoir qu’une moitié de cerveau en fonctionnement, et pas la bonne, en plus.

En effet, si le consommateur paye ses biens moins chers, que fait-il du surplus d’argent dégagé ? Si l’on s’en tient à ce qu’en disent le chroniqueur, les gens de Libé, ou les savantes études, nulle mention n’est faite de ce qu’il advient de ce pécule : le consommateur économe se constituerait peut-être un douillet matelas de devise, même pas mis en banque. Allez savoir.

En pratique, les économies réalisées permettront une augmentation d’autant du niveau de vie : on reportera les dépenses non faites d’un secteur à un autre. Au lieu d’acheter de la nourriture, celle-ci n’occupera plus qu’un petit pourcentage des dépenses, et on s’achètera des livres, une séance de cinéma, un ordinateur portable, des unités de téléphone mobile, de l’essence ou une voiture, une maison ou, pour un loyer plus onéreux, un plus grand appartement, etc…

La remarque du chroniqueur se porte alors sur les délocalisations : bah oui, mon bon môssieur, si on achète moins cher, on achète aussi moins Français, ou alors, le produit français n’est plus compétitif ! C’est la bérézina : les collants Trucs ou Machins vont être produits en Chine… Et je ne parle même pas des fers à chevaux : on ne trouve plus, à ce rythme délirant, de maréchal-ferrand correct dans ce putain de pays ! C’est scandaleux.

Ici, les vieux poncifs ressortent : la mondialisation, les délocalisations, les produits étrangers qui viennent ronger notre travail et miner nos belles entreprises. Et ici encore, ce qui est agaçant, c’est l’absence totale de mise en perspective. C’est l’absence d’un constat salvateur : la France produit maintenant plus dans le service que dans l’industriel, et cela depuis plusieurs années déjà. C’est l’absence aussi de cette vérité pourtant évidente : si ça coûte moins cher, on va pouvoir se consacrer à autre chose.

J’ai fini, malgré tout, par manger ma tartine correctement recouverte de confiture.

Mais il me reste tout de même cette impression qu’avec aussi peu de relai, le bon sens, les valeurs normales et, que diable, l’optimisme même ne risquent pas de revenir en France de sitôt.

J'accepte les BTC, ETH et BCH !

1BuyJKZLeEG5YkpbGn4QhtNTxhUqtpEGKf

Vous aussi, foutez les banquiers centraux dehors, terrorisez l’État et les banques en utilisant les cryptomonnaies, en les promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !
BTC : 1BuyJKZLeEG5YkpbGn4QhtNTxhUqtpEGKf
BCH : qqefdljudc7c02jhs87f29yymerxpu0zfupuufgvz6
ETH : 0x8e2827A89419Dbdcc88286f64FED21C3B3dEEcd8