Le principe du barrage

Plus on retient d’eau dans un barrage, plus le barrage doit être solide. Et plus l’énergie relâchée est grande lorsqu’un barrage, mal conçu, casse. Ce qui est valable pour l’eau est, étrangement, valable pour l’information. Si vous retenez une grande quantité d’information, il vous faudra un barrage solide. Et comme l’information est beaucoup plus fluide et glissante que l’eau, elle finit par filtrer, même au travers des barrages les plus solides. A ce moment, un petit filet fait jour, puis une fuite franche, puis c’est la rupture.

J’ai encore du mal par manque de recul à qualifier la fuite (ruisselet ? rupture franche ? petite goutte ?) qui vient de se produire dans les média pourtant si traditionnellement bien compacts pour faire barrage à ce genre d’informations.

Ce matin, en machouillant mes tartines au Nutella, je fus interrompu dans mes mastications sucrées par le monsieur dedans le poste qui disait en substance : « Bercy a tenté une opération comptable de calcul du bilan financier de la France en mettant d’un côté son passif (sa dette) et de l’autre ses actifs (patrimoine, entreprises, brevets, etc…). Au regard de ce qui n’est qu’un exercice de style, il semble que la France soit virtuellement en faillite puisque la dette s’élève à 1100 milliards d’euros, et que l’actif atteint péniblement 550 milliards d’euros. »

Enchaînant dans la bonne humeur sur l’impact du chikungunya, le journaliste ne s’est pas attardé sur la nouvelle, la jugeant sans doute trop abstraite pour les auditeurs du matin, qui, rappelons-le, sont un peu mou entre 7H et 22H en France et ne méritent donc pas une analyse poussée de la situation. Pour ma part, je venais de choper une crampe de la mâchoire.

Chose rare, même ma femme a réagit. Elle reste pourtant d’un calme olympien devant la tuerie liberticide constante de la diarrhée législative de nos députés sur les 30 dernières années, ou sur le dégueuli moite que nous propose le « journalisme » radiophonique du matin. Mais cette fois, elle a interrompu la cueillette de gamins en pyjamas préparatoire à l’habillage pour, un sourcil plus haut que l’autre, déclarer : « Et ils ne commentent pas ça plus que ça ?! ».

Eh non. Force est de constater que … tout le monde se fiche éperdument des exercices de Bercy. C’est vrai, en général, quand les crânes d’oeufs du ministère des Phynances s’agitent, ce n’est pas bon pour nous. Mais pour une fois qu’ils découvrent, eux aussi, que ça ne sent franchement pas bon, il était temps de commenter, d’analyser et de débattre.

Mais non. On aura bien vite reparlé des recettes de Tante Marie pour réussir ses confitures (C’est la saisons, profitez-en ! Mon conseil, celle de tomates vertes, c’est délicieux avec quelques zestes de citron ou d’orange, mais je m’égare), de la coiffure de la mère Royal, des longueurs de canines de Sarko, et des chiens vicieux qui bouffent leur maîtresse. C’est plus pipaule, c’est plus gore, c’est plus choc.

La faillite virtuelle de la France, c’est pas gore, c’est pas pipaule, c’est pas choc. C’est mou, c’est triste, c’est blafard et ça s’enchaîne fort mal avec le Taser à Caméra que certains policiers vont, youpi youpi, expérimenter bientôt.

Dans le même temps, on me souffle à l’oreillette que la CNIL est en cessation de paiement (et on en trouvera un autre article édifiant ici). Non. Sans blague. Une institution de l’état, toute pleine de Moraline, remplie de son rôle prépondérant de lutte contre les miasmes de la société de l’information laissée aux seules mains du Kapitalisme (ou, alternativement, contre les petits doigts potelés de l’Etat qui s’insinuent partout), se retrouverait donc sans le sou ?

A la limite, ce serait risible si nous étions le 30 décembre. Mais un 22 novembre, cela fait encore une quarantaine de jours à tenir en taillant des cure-dents. Cela laisse songeur.

Ce qui est consternant, de surcroît, c’est la quasi-oblitération de ces informations dans les grands média. Ainsi, Google Actualité permet d’avoir une assez bonne idée de la popularité d’une nouvelle. Si, en trouvant celle-ci, le service gratuit du moteur de recherche vous annonce 65 articles connexes, vous tenez un sujet très relayé dans les média, comme Ségo et son pack de kro socialos, ou, pour 83 articles, les manoeuvres de Sarko pour contrer l’aile chiraquienne en plus de l’aile royaline du méga-parti UMPS. Croustillantes pépites de nullités, ces articles parlent de gens qui se foutent de vous, dont les objectifs vous sont finalement totalement étrangers (à moins bien sûr qu’un candidat à l’élection présidentielle lise mon blog), et dont la vie intestinale vous est complètement sans intérêt. Près de 150 articles tout de même pour ces agressives niaiseries.

De l’autre côté, les deux nanars du moment:
– un film pourtant à très très très gros budget, Faillite De La France : 6 articles.
– un petit court-métrage confidentiel, probablement en version slovaque sous-titré croate, La CNIL en Déroute : 8 articles.

Le barrage ne tient que parce que les étais du barrage ont été posés, il y a bien longtemps, par toute une caste baignée de l’importance de ses propres suppositions, de sa croyance d’airain dans la moralité, la justesse et l’équité de sa démarche (et que périssent les opposants), ou le simple j’menfoutisme irresponsable à tous les niveaux des institutions de la république, baigné d’une décontraction de playboy insouciant sur une plage méditéranéenne, dont on peut maintenant constater l’étendue presque en direct sur internet.

Mais cette caste vieillit, les étais faiblissent, et les informations, les faits, se font toujours plus nombreux, plus lourds et plus difficiles à cacher. Et de même que l’énergie relâchée est immense lorsqu’un barrage casse, il y a fort à parier que l’énergie relâchée quand ce barrage sera tombé sera elle aussi titanesque, avec tous les risques que cela suppose.

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