Lobbying : cas pratique

Vous venez de finir, tout joyeux, votre formation de lobbyiste aux dents longue, et, l’encre du diplôme à peine sèche sur le carton, vous brûlez d’envie de vous lancer dans un cas pratique bien juteux ? Pas de panique, consultez les Cas Pratiques Demaerd Inc : moyennant un abonnement forfaitaire modique, vous allez pouvoir, vous aussi, vous incruster dans les lois de la République pour détourner une part de l’argent des autres vers vos poches !

Dans les Cas Pratiques Demaerd Inc. de ce mois-ci, on trouve La Copie Privée.

C’est un Cas Pratique assez connu, pas très compliqué à mettre en place, aisé même lorsque la terre d’élection du mécanisme taxatoire est déjà gravement socialisée. Mieux, c’est un Cas Pratique qui peut s’étendre à volonté sur à peu près n’importe quel domaine, comme on le verra par la suite.

L’idée générale est la suivante et se décompose en trois temps :

  1. le premier consiste à noter que certains individus se permettent d’utiliser les moyens technologiques à leur disposition pour commettre de menus larcins
  2. le second consiste à remarquer que ce larcin se fait essentiellement par l’inadaptation d’une profession à ces moyens technologiques
  3. le troisième aboutit à la conclusion qu’il faut absolument aider les professionnels spoliés : comme il est physiquement très difficile voire impossible de choper chacun des petits rigolos responsables des vols et qui en savent long sur la technologie, il devient dès lors plus rentable de répartir les coûts indirects engendrés par ces comportements sur l’ensemble des consommateurs.

On peut ainsi arriver, avec ce Cas Pratique Demaerd utilisé à bon escient, à la situation où, sur un territoire donné, des taxes sont instaurées sur un critère arbitraire pour contourner un problème plutôt que le résoudre, ou pour en créer de nouveaux pour masquer l’inadaptation de la profession à la situation initiale.

Prenons à présent un exemple concret : l’industrie musicale. Cette industrie était, pendant longtemps, la seule en mesure de reproduire physiquement la musique. En effet, la possession du matériel nécessaire pour la gravure de vinyls était réservé à une quantité faible d’industriels, et les opérations pour reproduire physiquement un nouvel exemplaire de disque à partir d’un exemplaire donné disposait du double avantage pour ces industriels d’être compliquées et d’altérer la qualité de la copie à chaque nouvelle génération.

L’arrivée de la cassette audio, dans les années 70, a modifié la donne, puisqu’il devenait alors possible de reproduire assez facilement une musique d’une source donnée (radio, disque, autre cassette). A cette facilité, qui permettait d’accroître grandement le nombre de copieurs potentiels, subsistait cependant le défaut d’une copie forcément de moindre qualité que l’original puisqu’a priori de seconde génération. Cela n’a bien sûr pas empêché l’industrie musicale de crier à l’assassinat lorsque les cassettes sont sorties sur le marché (“home taping is killing music” pouvait-on lire à l’époque).

Avec l’avènement du CD, le différentiel entre la copie (encore facilement réalisée, mais sur cassette audio) et l’original (numérique) était encore plus frappante.

Tout a basculé lorsque la copie du CD est devenue monnaie courante. La copie, d’aussi bonne qualité que l’original et d’un coût ridicule, devenait une réelle menace pour l’industrie de la musique, qui se dévoilait alors pour ce qu’elle était réellement : une industrie de la copie, c’est-à-dire un oligopole de la reproduction de musique bien plus qu’une industrie de production de nouvelles musiques.

Dès ce moment là, les majors musicales pouvaient choisir soit de se concentrer sur la production de spectacles, de groupes et d’artistes, la recherche de talents, l’organisation de tournées, et le marchandising, soit de se concentrer sur ce qui avait jusqu’alors constitué l’essentiel de leurs revenus : la marge sur les copies. Dans un cas, on centre l’activité sur la vraie plus-value apportée par les majors, dans le second, on fait “à peine mieux” et “à plus grande échelle” ce que Jules ou Bob font dans leur garage.

Evidemment, au niveau du consommateur local, le faire de savoir faire “à plus grande échelle” n’a absolument aucune importance. Quant au “à peine mieux”, la différence est de plus en plus faible entre le travail de Jules et Bob et le travail de Universal ou Sony. Evidemment, lorsque la notion même de support (ici, le CD) a disparu à la montée en puissance d’internet et du P2P, l’argument de la belle jaquette et du boîtier plastique n’a guère tenu, et Jules et Bob sont devenus, finalement, des équivalents crédibles à Sony et Universal.

A ce point là du récit, c’est ici que le Cas Pratique rentre en action. Les dés sont joués : en effet, sauf à stopper internet, par exemple en atomisant chaque serveur partout (ce qui constitue un vrai challenge même pour Universal), il n’y aura pas de retour en arrière, et, soyons franc, les majors sont coincées : leur business-model tout moisi d’il y a 50 ans ne fonctionne plus.

Dès lors, il faut absolument utiliser le Cas Pratique. Avec force loi, on va tout faire pour récupérer de l’argent partout où l’on peut pour survivre. Pour cela :

  1. on note que certains individus utilisent internet pour répandre des copies illicites de musique, de film, etc…
  2. la profession, restée sur le schéma du droit de copie, dépassée par l’avènement numérique, se fait tailler des croupières…
  3. utilisons le lobbyisme pour récupérer de l’argent où il y en a encore…

Ici, le point 3. est subtil : puisque les consommateurs fuient de plus en plus la production de qualité de plus en plus basse, on va déporter la ponction financière sur … les supports : on va donc, hypocritement, partir du principe que tout le monde pirate, et qu’il est donc normal que tout le monde paie sa part, via une taxe fort onéreuse sur les CD, les cassettes, disques durs, cartes mémoires, clés USB, et maintenant, même les smartphones.

On doublera bien sûr les mesures par des agitations frénétiques, basées sur des technologies restant à inventer, comme l’imposition (toujours par lobbyisme) aux fournisseurs d’accès de filtrer les données échangées .

Dans une certaine mesure, c’est à se demander si le manque total d’imagination, la peur du changement et les solutions shadoks ne sont pas rémunérés dans ce pays.

Maintenant, un petit exercice pratique : sachant qu’il se produit régulièrement, dans le pays, des vols avec fuite des voleurs dans une voiture, l’application du Cas Pratique Demaerd consistera à obtenir par lobbying une taxe, de préférence douloureuse, sur toutes les voitures, taxe pour compenser les vols avec fuite en voiture commis dans le pays ; car, ne l’oubliez pas : si vous avez une voiture, vous pouvez, potentiellement, vous en servir pour fuir la police après un braquage de banque. Dès lors, vous devez participer au remboursement des vols que vous pouvez potentiellement créer.

L’exercice sera noté façon EdNat (notes de 12 à 18, moyenne à 15). Vous avez 2h.

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