Chronologie d’une émeute annoncée

Dans ce blog, j’essaie de tenir à jour les chroniques – désabusées – d’un pays en lente décomposition. Mais parfois, le simple enchaînement des événements suffit à établir la chronique, sans effort… Et cette fois-ci, tout commence avec une opération marketing…

Vendredi soir, l’édition de France-Soir nous apprend ceci :

Pour faire la promotion de son site, l’entreprise Mailorama.fr organise … une distribution de plusieurs dizaines de milliers d’euros en liquide à Paris, au pied de la tour Eiffel, sur le plateau Joffre…

Cela vaudra le coup d’y être…

Rappelant que « la distribution d’argent n’est pas autorisée et est réprimée par le Code pénal », le préfet de police de Paris… a déclaré … que « des contraventions seront dressées en cas de besoin ».

A partir de là, les faits s’enchaînent mécaniquement. La manifestation n’est pas interdite, elle aura donc lieu, et, de surcroît, on sait que la police est prévenue et au courant, et qu’elle a donc déjà une idée de ce qui va se passer.

Au passage, on admirera le ni-oui ni-non des autorités : on ne peut pas interdire la manifestation, et on s’appuie sur l’article R642-4 pour tenter la contravention, article qui stipule :

Le fait d’utiliser comme support d’une publicité quelconque des pièces de monnaie ou des billets de banque ayant cours légal en France ou émis par les institutions étrangères ou internationales habilitées à cette fin est puni de l’amende prévue pour les contravention de 2e classe.

C’est déjà assez croustillant de constater qu’en France, faire des dons en nature sur la voie publique est donc passible d’une amende et je me demande ce que Maître Eolas pourrait avoir à en dire… Mais savoir qu’en plus et finalement, la Préfecture de Police laisse finalement faire, c’est, disons, ambigu.

Bref.

L’acte I est posé, l’acte II peut avoir lieu.

Celui-ci se traduit par, le jour venu, un attroupement de plusieurs milliers de personnes. Et là, on rentre dans la quatrième dimension (qui sera suivie d’une cinquième, en acte III) :

Déçus par l’annulation, de nombreux jeunes ont violemment protesté. Un véhicule a été vandalisé, des projectiles lancés contre des policiers et un photographe roué de coups, a constaté un journaliste de l’AFP.

Cette quatrième dimension, vous la connaissez bien : c’est celle de la Pignouferie de Presse qui se gargarise de politiquement correct et de novlangue particulièrement gluante.

Ici, elle est à plusieurs niveaux :

  • l’utilisation du mot « déçus » : quand on est déçu, on fait un petit mouvement avec les lèvres et les sourcils, on hausse les épaules, et on sort éventuellement une petite phrase caliméresque « C’est vraiment trop injuste ! » Ici, rappelons-le, « déçus » s’est traduit par un véhicule vandalisé, des caillassages contre des policiers, un photographe passé à tabac. La prochaine fois, si les individus passent de « déçus » à « mécontents« , je n’ose imaginer la guérilla qui va se jouer. Et au moment où ils passeront à  « en colère », on sera donc dans l’assaut militarisé et utilisation de bombes thermo-bariques, je suppose.
  • (source)

  • tiens, encore une fois, on a à faire à … « de nombreux jeunes« . C’est vraiment commode, cette appellation. Je suppose que « racaille », « voyous » ou « arsouille » ne convient pas. Pourtant, il m’a toujours semblé que balancer des projectiles sur la police, tabasser un photographe ou vandaliser une voiture était l’oeuvre, avant tout, de … vandales. Que ces derniers soient jeunes est sans importance, d’autant qu’on voit mal des octogénaires se lancer dans ce genre d’aventures palpitantes entre deux réglages de sonotone…
  • vous noterez que l’enchaînement des événements est induit, et parfaitement clair : a/ la société convie les gens pour de l’argent gratuit, b/ les gens viennent, c/ la société annule l’événement, comme ça, pouf sans raison et juste pour emmerder le bon peuple venu chercher du billet gratuit, et donc d/ badaboum les jeunes sont tout déçu déçu et ils manquent de tuer quelques personnes.

Evidemment, deux secondes d’analyses remettent un peu d’ordre dans cette fable typique de ce que nos journaleux les plus fins de l’Agence Fausse Presse sont capables de produire.

La société n’a certainement pas annulé l’événement sur la seule base du nombre de personnes venues. En effet, en bons capitalistes assoiffés de marketing et de reconnaissance, on peut parier que si la foule s’était composée de 90% d’octogénaires à sonotones, par exemple, la distribution aurait eu lieu.

(Ce qui veut dire en passant que, quelque part, les petits vieux à sonotones sont tous passés à côté d’une aubaine ce samedi à Paris. Mais baste, glissons.)

En gros, la société a préféré annuler lorsqu’elle s’est rendu compte que la sécurité n’était plus assurée. Et c’était d’autant plus visible que l’ambiance générale était prodigieusement électrique avant même que la distribution ne commence. Qu’on vienne ensuite dire que c’est l’annulation qui a déclenché l’ire de la foule est un peu gros : si celle-ci avait été calme et pondérée, il n’y aurait pas eu d’annulation…

A présent, quelques questions :

1. Pourquoi, justement, tenter à tout prix de dire que c’est l’annulation qui a tout déclenché alors qu’elle est la conséquence de l’ambiance délétère et non l’inverse ? Ne serait-ce pas là une méthode toute simple pour coller un maximum de responsabilité sur le dos de l’organisateur ?

Dans ce cas, si des centaines de racailles jeunes déçus débarquaient et retournaient des voitures en face de la Française des Jeux parce qu’ils n’ont pas gagné au Superloto de vendredi, trouveriez-vous ça normal ? Et pourrait-on dire que ces derniers ont agi ainsi à cause de l’absence de gain provoqué sciemment par la FDJ ? La FDJ serait-elle responsable ?

2. Sachant que la Préfecture était parfaitement au courant, tant de la manif que de sa nature même et des problèmes potentiels de sécurité, que foutaient les autorités qu’on paye grassement de nos impôts pour justement empêcher ce genre de choses ? Ah, oui, c’est vrai : elles étaient prêtes à verbaliser une contravention de 2ème classe.

Ne se ficherait-on pas du monde ? Si on sait qu’à un endroit donné, ça peut dégénérer, on met quelques moyens en face, non ? Ne serait-ce pas d’ailleurs exactement le rôle des forces de l’ordre ?

On peut là encore constater qu’il leur sera plus facile de cogner sur l’organisateur, bien connu, bien seul, bien visible, et solvable, que sur les pourritures jeunes déçus qui ont participé aux exactions et dont un tout petit nombre seulement devra répondre de ses actes (et encore, répondre très très mollement).

3. Pourquoi dans les autres pays où des happenings exactement semblables ont été organisés, comme par exemple à New-York,  ceci ne s’est pas produit ?

Serait-ce à dire que les jeunes enfants de la nation française sont un peu turbulents et, dans leurs éventuelles déceptions, bouillant de cette vigueur que seule la jeunesse peut excuser ? Mmh ? Non ? Sacrés jeunes, va !

Acte III à présent : devant le bordel obtenu, qui va payer les pots cassés ?

C’est une évidence : l’organisateur, voyons ! Les voyous jeunes déçus ne sont pas responsables. Un peu échaudés, c’est tout. Mais ceux qui ont tout pété, ce sont les organisateurs, hein. La cinquième dimension, vous dis-je. D’un autre côté, je le répète : c’est plus facile de faire casquer les organisateurs que les jeunes déçus, pour sûr.

Quand je vous dis qu’il n’y a aucun effort à faire pour écrire ces chroniques ! Il suffit de raconter ce qui se passe.

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