Bousculade de candidatures pour le programme standard

Avril 2011 : nous sommes à un an des présidentielles. On commence à avoir une assez bonne idée des pilotes qui prendront place dans leur caisse à savon sur la grille de départ. Tout est prêt pour une course monotone, absolument convenue, balisée et au résultat connu d’avance. Que le plus roublard gagne.

En tout cas, le moins qu’on puisse dire est qu’on aura le choix. Si, dans certains pays, la démocratie est clairement parodique avec un seul candidat, au moins le pays phare de l’Humanité va-t-il pouvoir faire démonstration de la vigueur de sa vie politique avec une véritable bousculade de candidats au portillon de l’Elysée.

Il est amusant, au passage, d’entendre parfois ces mêmes candidats exprimer l’humilité devant la tâche à accomplir lorsqu’ils seront élus ; ce genre d’hypocrisie fait vaguement sourire : il n’y aurait pas une telle bousculade si la soupe n’était si bonne.

Il est loin le temps où consacrer sa vie à l’Etat et au bien public, à la collectivité, représentait un sacrifice, ou un sacerdoce. Tout montre actuellement qu’il s’agit plutôt du repos des guerriers, mais avec des combats très légers où l’on ne risque finalement rien : on peut même avoir fait de la taule (avec sursis) et constituer pourtant une tête de liste !

Et c’est donc une solide douzaine de candidats, au bas mot, qui se disputeront, au premier tour, le bulletin de l’électeur moyen. Pour ma part, je vous encourage à utiliser le bulletin préconisé dans ce billet : il a l’avantage d’être assez juste bien qu’un peu en dessous de la réalité concernant les tristes personnages qui vont se chamailler dans les mois qui viennent.

Jugez plutôt sur la liste qui, actuellement, s’établit ainsi :

  1. Besancenot, très probablement : il faudra bien un clampin pour représenter le Nouveau Parti Aphone et il semble tout désigné à se prendre une bonne branlée au premier tour : il a de l’expérience et la mérite largement. Go, Olivier, go.
  2. Mélenchon, dont la présidentiabilité ne fait aucun doute. La manoeuvre est relativement évidente : le xénophobe assumé va nous ressortir les couplets humides sur le Parti Socialiste plein d’ultra-libéraux vendus à Wall-Street, histoire d’enquiquiner DSK. Et si le candidat socialiste arrive au second tour, après douze centièmes de secondes d’hésitation théâtrale, il choisira de s’y rallier pour porter un vrai message de gauche gnagnagna dans un gouvernement d’union nationale gnignigni pour sauver la France patati, patata. Un grand classique.
  3. Mélenchon

  4. La Royal Air Farce ne sera pas en reste : vexée comme un pou que les Français aient pu se laisser berner par Nicolas il y quatre ans, gageons qu’elle voudra se redonner une vraie chance de déclencher chez ses compatriotes quelques libidineuses poussées de désir d’un avenir avec elle.
  5. Montebourg ne pourra pas nous épargner. Il a déjà expliqué qu’il en serait, on va devoir se le cogner. Parions cependant qu’il sera rapidement rangé dans une boîte ou l’autre, moyennant un petit portefeuille putatif. Montebourg, the Eye Of The Tigrou
  6. La spécialité fromagère de Lille ne pourra pas non plus couper à l’idée de se présenter, et peu importe les résultats des primaires qui s’annoncent déjà comme une bonne blague.
  7. L’autre spécialité fromagère, de Corrèze celle-là, est déjà dans la course : Hollande se voit déjà à l’Elysée.
  8. Et pour finir avec un flan libidineux, on pourra évoquer DSK qui ne pourra plus se retenir encore très longtemps. Décidément, avec tous ces laitages fermentés, le PS est un véritable plateau de fromages dont tout indique qu’ils ont tous dépassé leur date limite de consommation.
  9. Une élection présidentielle ne serait rien sans la confusion écologique. De ce côté aussi, on est servi, à commencer par l’écologiste venue du froid, Eva Jolly, qui saura réveiller chez l’électeur les nobles sentiments de panique et de honte.
  10. On ne sait pas si Cohn-Bendit se présentera, mais tout semble indiquer qu’il est intéressé. Laissons-lui le bénéfice du doute, chose qu’il est d’ailleurs maître à semer un peu partout.
  11. Enfin, toujours dans le vert, on retrouve Duflot dont les cris stridents, habilement évocateurs, ne manquent pas d’évoquer la chasse à la baleine qu’elle doit — comme toute bonne écolo — condamner fermement au même titre que les centrales nucléaires, la chasse aux bébés phoques ou le massacre des oiseaux par les éoliennes.Duflot, prête à partir en voyage
  12. Oh, j’allais oublier monsieur Hulot ! Le vendeur de shampoings cancérigènes se lance lui aussi dans la course ! Décidément, à la bousculade du plateau de fromages socialistes correspond le chahut éco-conscient des verts.
  13. On parvient au centre, et … là encore, c’est un peu dans la Maison du Juste Milieu la surpopulation qu’aucune règle malthusienne ne semble pouvoir calmer. On peut commencer par Bayrou, au centre du socialisme de gauche et du socialisme de droite. Il occupe le salon.
  14. Bien évidemment, on y adjoindra Borloo pour tenir le bar. Morin, acquis à la cause du chef des cocktails, devrait se tenir tranquille et passer les petits citrons à son patron. Mais rien n’est sûr.
  15. De Villepin s’insérerait bien là, s’il avait assez d’humilité pour supporter la grosse claque électorale qu’il ne manquera pas de se prendre s’il va jusqu’au bout. On peut supposer que ses projets présidentiel, qui sont à cet homme ce que le point de croix et le macramé sont aux charmantes petites vieilles désœuvrées, n’aboutiront qu’à générer un peu d’entropie supplémentaire dans ce bazar déjà homérique.
  16. Il doit y avoir encore quelques lascars à droite, comme Ducon-Gnangnan et les autres clowns du même acabit, mais je les passerai pudiquement, comme, du reste, les éventuels petits candidats folkloriques.
  17. On trouvera plus que probablement Sarkozy tant on voit mal disparaître son appétit de pouvoir à quelques mois d’en reprendre une lampée.
  18. Enfin, Marine Le Pen terminera le bal des prétendants avec, au contraire de pas mal d’autres et selon des sondages à la précision diabolique, de bons espoirs de terminer au second tour, le tout à plus d’un an du scrutin, ce qui laisse augurer moult surprises, pas forcément agréables.

Comme on peut le voir, la France montre encore une fois la vigueur de sa vie politique, et, surtout, l’appétit que déclenche les fumets d’une soupe de plus en plus roborative.

Cependant, avec ce genre de bousculade à 12 mois de l’échéance, on se rend bien compte que toute cette fameuse (fumeuse ?) vie politique va être totalement polarisée par ces événements, au détriment complet de tout le reste de l’action normale des politiciens.

Certes, d’un côté, on peut se dire que lorsqu’ils arrêtent de s’occuper du pays, ils diminuent leurs poussés législatives. Mais là, comme il s’agit d’une course au mieux disant médiatique, on peut au contraire être sûr que ce sera, pendant les douze mois à venir, une véritable cataracte de bêtises parlementaires, de lois et de décrets tous plus insupportablement idiots les uns que les autres.

Pire : les institutions françaises, tendues comme un seul homme vers l’échéance finale, vont se placer doucement en mode « affaires courantes », et plus aucune réforme, plus aucune adaptation à la conjoncture mondiale et aux événements imprévus ne sera possible. Tout le monde s’observant dans l’optique des présidentielles, il n’y aura plus aucune décision courageuse, aucune remise en question, et surtout aucun ajustement à ce qui nous attend pourtant inévitablement : à mesure que la crise (notamment sur les dettes souveraines) se fait plus précise, on se doit, au contraire, d’être le plus vif et le plus adaptable. Tout indique qu’il en sera exactement le contraire.

D’autre part, si l’on passe en revue la brochette de candidats à la gamelle dorée, on se rend compte que tous les programmes seront furieusement identiques : comme le fait finement remarquer Nick de Cusa dans son dernier article, on connaît d’ores et déjà quelques points clefs de tous les programmes, avant même qu’ils soient écrits ; ils promettront tous sinon le paradis, au moins une bonne amélioration et des lendemains qui vont mieux. Et nous aurons l’enfer : de l’écologie inopérante et vexatoire, une lutte acharnée contre un réchauffement climatique pipométriquement anthropique, contre toute forme d’enrichissement, contre toute forme de discrimination, encore plus de bisous gentils contre les problèmes de sociétés divers et variés, une distribution tous azimuts de l’argent gratuit qu’on a pas, et une explosion de la dette parce qu’elle peut monter jusqu’au ciel.

Il n’y aura aucune réforme d’ampleur, aucune rigueur budgétaire, aucune coupe claire ou seulement sombre, aucun espoir d’une vague prise de conscience de l’état général du pays et du sursaut libéral qu’il lui faudrait pour se sortir du gouffre dans lequel il est tombé.

Je parle de gouffre et non d’ornière : en réalité, les Français en sont venus au point de détester haineusement le libéralisme bien qu’il n’existe nulle part, n’est appliqué par personne et n’est prôné par aucun.

Tout le monde désigne par « libéralisme » l’ennemi à abattre, et en conséquence, tous veulent s’en éloigner. Tous font du socialisme, et plus ça va mal, plus on accuse ce que l’adversaire fait d’ultralibéralisme, de turbo-capitalisme et de néo-méchanceté vilaine. Comme le libéralisme est porteur de tous les maux (puisqu’il est décrié dans toutes les bouches), la seule solution prônée est de faire plus de socialisme.

Dans un cercle vicieux parfaitement huilé, chaque pas supplémentaire nous rapproche inexorablement d’une société collectiviste totalitaire et douillette, avec l’assentiment de tout le monde. Les élites ont si bien réussi leur travail de sape que tout le monde se rend bien compte que la situation va en s’aggravant mais chaque citoyen, chaque contribuable accuse l’absent, le libéralisme.

Comme je l’ai déjà dit, vous ne vouliez pas de libéralisme ? Ça tombe bien, vous n’en aurez pas.

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Commentaires50

  1. Vadrouille

    Très bon billet, comme d’habitude.
    En revanche je n’arrive pas à déceler votre point de vue sur Villiers. S’il est vrai que ses problèmes d’élocution le rendent facile à caricaturer, il a peut-être le programme le moins sot, ce qui était déjà vrai aussi en 2007.

    Vadrouille

    P.S: Ceci dans l’hypothèse qu’il fasse un come-back, cela va de soit…

    1. Il n’a rien annoncé, pour le moment. Mais il est souverainiste/nationaliste, avec pas mal d’interventionnisme. Un socialisme corporatiste, donc.

  2. Higgins

    Tu as parfaitement résumé la situation aussi je ne pense pas que j’irai voter. Nos journaleux vont pouvoir faire étalage de leur nullité crasse et du degré zéro de leur niveau de réflexion. D’ailleurs, ils ont déjà commencé.

  3. Before

    « Il n’y aura plus aucune décision courageuse » : Y a-t-il seulement eu ?
    Je vous trouve bien optimiste et bien gentil de dire « il n’y aura PLUS… ».
    Sinon, pfff, vous avez désespérément raison.

  4. simin

    Une fois encore, ce sera la tyrannie du suffrage universel qui tranchera. Et comme l’homme est plutôt universellement con…

    1. estelle92

      La tyrannie du suffrage universel ? Fichtre, comme vous y allez !!!
      On la remplace par quoi ?

        1. flak

          Le vote sert a eloigner les mechants fascistes du pouvoir, et a donner la parole au gentil peuple, c’est pourtant simple 🙂

        2. Crucol

          @ Flak

          Et Si le gentil peuple ne vote pas comme il faut, on le fera revoter, c’est simple (cf. Traité de Lisbonne en Irlande).

          Donc si Marine Le Pen est élu, il faudra (ne pas) aller revoter?

        3. Flak

          enfin! si la vilaine fachiss passe au premier tour, c’est la faute des abstentionnistes!
          d’ailleurs dans ‘abstentionniste’, il y a ‘sioniste’. 😀
          au second tour tout le monde se reveillera pour aller voter comme il faut et remettre le pays dans le droit chemin socialiste.

  5. Théo31

    Tiens, j’ai trouvé ce petit article intéressante de Marc Touati. Les candidats (tous sans exception) qui font comme si la France se portait très bien (à part quelques chômeurs qu’on va occuper) dans un environnement international fait de ciel bleu et de tout plein de petits bisous feraient bien de le lire :

    http://lemediascope.fr/?p=59666

    Sinon, comme d’hab, je n’irai pas voter pour ces connards.

    1. flak

      je te trouve un peu extremiste de ne pas dire que tu prefererais te faire coller une amende plutot que d’aller voter pour ces pitoyables sous-raclures de pelles-a-chiotte!

        1. Before

          / mode monsieur-je-sais-tout on /
          cf les antiques machines à écrire, dont il fallait repousser le chariot vers la gauche pour revenir en début de ligne, ce qui, accompagné d’un mouvement du rouleau faisant monter la page, permettait de passer à la ligne suivante.
          C’est pourquoi le séparateur de ligne dans l’encodage des fichiers sous système Microsoft est constitué de deux caractères CR (carriage return) + LF (line feed), même que ça simplifie pas les choses, mais on se fait à tout…
          / mode monsieur-je-sais-tout off /

        2. flak

          « C’est quoi un retour chariot? »

          waouw le temps passe, en fait!
          bienvenue a tous les croutons.croutons united.

  6. Zephirlevis

    Cher h16, vous terminez votre billet en pointant du doigt le peuple lui-même et son aversion pour le libéralisme. Vous avez bien raison ! Voilà trente ans que, depuis ma Suisse natale, je m’intéresse au spectacle de la progression du « Mal français », décrit par Alain Peyrefitte; il me devient quasiment impossible d’imputer essentiellement au gouvernement le délabrement du pays. Certes, toutes les absurdités sur lesquelles vous daubez de manière désopilante sont des méfaits gouvernementaux. Mais, pour reprendre la comparaison « médicale » de Peyrefitte, on voit bien que c’est le malade, soit le peuple, qui réclame de l’Etat qu’il lui administre cette lamentable médecine.

    Je pense que le peuple français a peur, au fond, d’exercer vraiment sa souveraineté. C’est pourtant la responsabilité du peuple en démocratie ! Les Français ont choisi nolens volens le parti de l’irresponsabilité et de l’inaction, parce qu’il présente le bénéfice psychologique de ne pas affronter le risque de l’échec. La vie politique française m’apparaît parfois comme le déploiement d’une vaste psychopathologie collective : renâclant, individuellement et collectivement, à prendre leur destin en main, les citoyens demandent à l’Etat des solutions inopérantes. Elles sont nécessairement inopérantes pour deux raisons concomitantes : si elles étaient efficaces, elles comporteraient la dose de liberté permettant aux citoyens de régler eux-mêmes les problèmes que l’Etat se propose de résoudre à leur place, sans y parvenir, bien entendu. Or les citoyens ne veulent surtout pas régler les problèmes eux-mêmes… Seconde raison : les échecs continuels de l’Etat ont l’immense avantage pour les citoyens de désigner un responsable en-dehors d’eux.

    Je relève à ce sujet qu’il est comique de faire remarquer à un Français moyen que l’Etat c’est, au fond, lui-même. Son regard exprime une profonde incompréhension à un tel énoncé. Les Français me semblent moralement incapables de saisir la solidarité (selon la conception démocratique) entre le peuple et l’Etat. Pour eux, l’Etat est parfaitement distinct du peuple. On attend du premier qu’il réalise les aspirations du second. Mais que le second, au lieu de formuler des aspirations plus ou moins bien « écoutées », aille jusqu’à commander au premier, comme ce devrait être le cas selon la conception démocratique : voilà qui est inconcevable.
    Je me pose cette question : le peuple qui a fait 1789 a-t-il cessé, au fond, d’être démocratique ?

    1. « Les Français ont choisi nolens volens le parti de l’irresponsabilité et de l’inaction, parce qu’il présente le bénéfice psychologique de ne pas affronter le risque de l’échec. »

      Tout à fait. Les Français ont une peur panique de l’échec.

      1. NeBu

        Le peuple français ne s’est jamais si bien porté que lorsqu’il a été dirigé d’une main de fer. L’homme providentiel arrivera…il faut garder espoir.

    2. Higgins

      « le peuple qui a fait 1789 a-t-il cessé, au fond, d’être démocratique? » et cette fameuse révolution dont on nous rabat les oreilles depuis toujours n’a-t-elle pas été une gigantesque mascarade dont la seule et réelle conséquence est d’avoir permis l’émergence des joyeusetés comme le communisme ou le nazisme au XXème sièccle. L’a-t-il cependant été une seule fois, démocratique? Personnellement, j’ai des doutes quand je vois le nombre de fois où ce peuple s’est jeté dans le bras du premier homme providentiel de passage depuis cette époque.
      La liberté fait peur quand il faut l’exercer d’où la fuite en avant permanente qui caractérise ce pays. Le personnel politique français a trouvé là un formidable champ où déployer son incompétence et sa suffisance: « Confie-moi tes problèmes, je vais les résoudre du mieux possible dans un désintérêt le plus absolu!!! ».

  7. kelevra

    les francais sont comme les grecs, les portugais etc. ils vivent a credit depuis des lustres et veulent plein d avantages sans rien faire.
    le candidat elu sera celui qui en rajoutera le plus. comme disait goeboels et clara morgane, plus c est gros plus ca passe.
    les francais comme les autres europeens croient que l etat peut tout, ils ont pas encore compris que l etat c est eux et leurs impots.
    il suffit de voir a la tv, des qu il y a un probleme, interrogez n importe quel cretin dans la rue il vous dira « que fais l etat? »
    l etat s occupe de la grippe (quid des medecins?), de racheter les maisons submerges par une vague (pas d assurances?), de l education nationale (que font les parents?) etc etc
    l urss l avait reve, la france l a fait.

  8. GM

    Voilà. Ce n’est même plus une demande de protection sociale à ce niveau, c’est une foi en l’Etat-dispensateur qui confine au sacré. L’électorat est tellement mal informé sur les tenants et les aboutissants des changements en cours, et surtout, tellement conditionné à voir la République intervenir dans tout et n’importe quoi, qu’il compte aujourd’hui logiquement sur elle pour résoudre l’ensemble des problèmes posés.

    Tant qu’ils peuvent choisir leur marque de corn-flakes au supermarché, boire un apéro en terrasse, pouffer devant l’audace d’un Stéphane Guillon ou d’un Yann Barthès, jouer aux Lapins Crétins édition Wii sur leur plasma flambant neuf et s’envoler pour Djerba l’été, les gens n’ont aucune raison de penser que leur liberté est menacée, a fortiori si l’admettre devait remettre en question tout ou partie de ce confort. Les difficultés du marché de l’emploi, le prix des loyers, c’est la vie ma pauv’ Lucette et la faute à la vilaine mondialisation, suffit que l’Etat fasse un peu son boulot de protection et tout ira bien. Pourquoi se prendre la tête ? C’est pas cool de se prendre la tête, surtout quand l’affaire est entendue : en 2011 tout le monde sait bien© que le libéralisme a échoué. 

    Le Russe qui lisait la Pravda savait généralement à quoi s’en tenir. Le Français imprégné de l’actualité mainstream est persuadé que la multiplicité des sources à sa disposition garantit l’intégrité de l’information et que de toute façon on la lui fait pas. La liberté économique ne l’intéresse donc pas, ça demande du travail et de l’initiative, ce qui l’intéresse c’est au contraire d’être libéré de l’économie et de tous les petits tracas bassement matériels qui vont avec. En ce sens l’offre politique est parfaitement adaptée à la demande, et entretient pour le citoyen l’illusion qu’on va vers davantage de liberté.

    Et encore, la curée antilibérale n’a pas fini de croître : quand la pression va à nouveau se resserrer sur la dette française et qu’il va falloir commencer à réellement couper dans les dépenses, ça va être l’apothéose.

    1. daredevil2007

      Excellent résumé de la situation pourrie dans laquelle nous nous trouvons… le réveil n’en sera que plus dur!

      1. deres

        Il n’y aura pas de réveil. Le processus va continuer tranquillement jusqu’au communisme. Le protectionnisme et le nationalisme vont revenir en douceur pour nous isoler du reste du monde (pour notre propre bien). Le rideau de fer se sera abattu lentement devant nos yeux endormis tout autour de nous. La phase vexatoire sera alors terminée et la phase répressive pourra commencer tranquillement en huis-clos. Nous deviendrons alors une sorte de Corée du Nord isolée au milieu de l’Europe. J’espère que cela durera moins longtemps qu’en URSS car 72 ans à manger des topinambours c’est long.

  9. v7v9

    Et pourquoi pas Dupont-Aignan? Il a quand même de très bons résultats dans sa ville (Yerres dans l’Essonne) dont il a assaini les comptes. Et c’est aussi le maire le mieux élu de France.
    Vous avez probablement une/des raison(s) mais je ne demande qu’à savoir.
    Cordialement.

    1. Ducon-gnangnan est un politicien comme un autre, et socialiste de surcroît. S’il a assaini les comptes de sa ville, tant mieux, mais ça n’en fait pas un type plus respectable a priori. J’ai plusieurs fois eu l’occasion de l’écouter pérorer sur différents sujets, et comme par hasard, il ne vaut pas mieux que Villepin. En fait, il est même un peu plus nul.

  10. DukeNukem3D

    Et l’ouvreuse du cirque des présidentielles de beugler : « DEMANDEZ LE PROGRAMME ! »

    1. Théo31

      « Le meilleur programme consiste à ne pas en avoir » (nouvelle maxime très en vogue au PS.

      1. Winston (l’autre)

        Tu veux un programme ? Y a qu’à demander et je t’en torche un vite fait :
        Du vert, du vivrensemble et du sociaaaaaaaaaaaaal.
        Et surtout, surtout avoir une vraie dynamique en faveur de l’emploi qui reste la priorité numéro 1 des français et particulièrement des sans-emploi euh… oui bon, alors on va grave favoriser l’accès à l’emploi de ceux qui en sont esssclus càd : les jeunes, les vieux, les femmes, les homos, les séropos, les toxicos, les idiots, les détenus, les handicapés, les analphabètes et les casquettoïdes de banlieue.

        C’est bon ça coco !

  11. Ieremenko

    Moi je pense voter pour Dominique. Lequel des deux ? Le socialiste. Lequel des deux ? Pardon, je veux dire Dominique le socialiste de droite.

    C’est que j’entends bien prétendre à son revenu citoyen de 850€. Non mais faudrait quand même pas que j’ai à bosser pour les capitalistes ! Travailler, c’est participer à la société de consommation, qui détruit la Terre !

  12. Billy Bob

    On dit « Villepin », pas « De Villepin ». Ça ne se fait pas de laisser la particule, sauf pour le « d' ». En dehors de ça, très bon post (comme toujours).

  13. yoook

    Je vois bien une petite BD de -feu- « le maitre du monde » pour illustrer ce billet (dont la conclusion est si tristement réaliste). C’est dommage qu’il ne fasse plus rien. J’espère qu’il te lit.

  14. une femme

    J’ai vu Film Socialisme de Godard, par lequel il exprime son opinion sur l’état de l’Europe. J’ai gardé dans ma memoire la phrase d’une heroїne: ‘nous ne parlons pas a ceux-ci qui utilisent le verbe ‘etre’, utilisez le verbe ‘avoir ». Tout ca est bien triste, comme pensez-vous?

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