Canicule : on éteint nos réacteurs nucléaires et on rallume le gaz. Pour sauver l’environnement, bien sûr !

Il fait chaud, très chaud, si chaud que l’État, dans son onctueuse sagesse thermodynamique, a trouvé la parade imparable : éteindre les centrales qui produisent l’électricité dont nous avons besoin pour survivre à la canicule. Malin, non ?

Eh oui : lundi dernier, alors que les températures poussaient certaines écologistes hystériques à revenir sur leur fatwa anti-climatisation, EDF a été contraint de mettre à l’arrêt trois réacteurs nucléaires : Golfech d’abord, puis le Bugey et Nogent-sur-Seine le jeudi, pendant que Saint-Alban réduisait la voilure.

Officiellement, il s’agissait de parer à des « causes externes liées à l’environnement », c’est-à-dire que la Garonne, le Rhône et la Seine, qui sont utilisés pour refroidir ces réacteurs, sont jugés « trop chauds » pour être utilisés directement, car on redoute essentiellement que l’eau de refroidissement rejetée ne les réchauffe de quelques dixièmes de degré supplémentaires. L’horreur, quasiment l’écocide !

À Golfech, la Garonne ne doit pas franchir 28 °C après rejet ; à Nogent, l’écart entre l’amont et l’aval ne doit pas excéder 3 °C. Mais voilà, la règle est la règle et nous sommes en France : des réacteurs en parfait état de marche sont donc débranchés non par la panne ou la sécheresse, mais par l’arrêté réglementaire, ce qui donne l’occasion d’observer quelques prodiges.

Le premier prodige est celui du calendrier.

Ces arrêts surviennent précisément à l’instant où la France réclame le plus de courant, les quelques climatiseurs installés dans le pays tournant alors à plein régime. Fin mai, le mégawattheure s’échangeait autour de 85 euros. Le 23 juin, il frôlait les 280 euros, sommet inédit depuis l’été 2023, avant de grimper jusqu’à 433 euros le soir du 24, l’Allemagne culminant pour sa part à 615 euros. En somme, on retire du réseau l’énergie la plus abondante et la moins chère au moment exact où elle vaut de l’or. Un trader de génie n’aurait pas mieux orchestré la ruine du contribuable.

Le second prodige, plus savoureux, est que cette manœuvre prétendument environnementale, bio-compatible et écosourcée, aggrave le bilan carbone qu’on est pourtant censé réduire à tout prix : eh oui, puisqu’il faut bien combler le trou laissé par l’atome, on rallume le gaz. La part du nucléaire dans le mix est passée de 72 à 62 % ; celle du gaz a bondi de 1 à 6 %. Autrement dit, on coupe une production décarbonée pour brûler du méthane fossile, plus cher et autrement plus émetteur de CO₂, le tout au nom du climat.

L’écologie punitive nous impose avec décontraction le réacteur qui pollue lorsqu’il est à l’arrêt.

Mais le plus beau reste l’argument de fond, celui que nos régulateurs feignent d’ignorer : le réchauffement que la centrale inflige à son fleuve est marginal, transitoire, presque homéopathique, à côté de celui que le climat lui impose déjà.

Ainsi, une étude d’EDF a mesuré l’échauffement du Rhône entre 1920 et 2010 : +2,1 °C au niveau du Tricastin, indépendamment de tout rejet industriel, par le seul effet de l’évolution du climat et de l’ensoleillement estival. Le fleuve a donc déjà dépassé son seuil d’alerte naturel bien avant que le premier électron ne sorte du réacteur. Couper la centrale ne refroidit pas la Garonne d’un millième de degré ; cela coupe simplement le courant des Français et siphonne leur portefeuille.

Ici, on s’acharne sur le delta dérisoire de l’industriel en laissant le soleil chauffer l’eau en toute impunité. Vite, une pétition contre les rayons du soleil !

Quant à l’argument bancal qu’il faudrait protéger la faune, il ne résiste guère à l’analyse : en 2022, lors d’une canicule comparable, l’État accordait sans broncher des dérogations pour faire tourner les réacteurs malgré tout. Mais le dogme a depuis basculé : « anticiper plutôt que déroger », c’est-à-dire éteindre par précaution, avant même que le problème ne se pose, pour le seul plaisir d’avoir obéi au seuil et au dogme.

Le principe de précaution a fini par dévorer le principe de réalité.

Et pendant que l’on s’interdit d’exploiter à plein l’outil de production existant, on dépense des fortunes pour « s’adapter ».

Les pertes annuelles du parc pour raisons environnementales tournent historiquement autour de 0,3 %, une broutille à l’échelle de l’année, mais qui frappe pile au pire moment. Qu’à cela ne tienne : on chiffre déjà entre 15 et 20 milliards d’euros l’adaptation des trente-deux réacteurs les plus exposés, tandis que RTE et Enedis annoncent un plan de près de 190 milliards pour moderniser le réseau face « à la multiplication des canicules ».

L’État ponctionne donc à tour de bras pour s’adapter à un problème qu’il s’interdit lui-même de résoudre avec les moyens qu’il possède déjà. Ce serait absurde si ce schéma ne se répétait pas dans beaucoup d’autres domaines qui impose de se demander si l’on n’assite pas à une forme pas très subtile de sabotage par les normes et les incompétences empilées les unes sur les autres…

Au final, on se retrouve avec un seuil arbitraire, fixé par décret, érigé en dogme intangible, et appliqué avec une rigueur d’huissier au mépris total de la réalité du terrain. Peu importe que le fleuve chauffe déjà tout seul, peu importe que le gaz crache du carbone, peu importe que la facture triple : la norme a été respectée, l’écosystème administratif est sauf, lui, et c’est tout ce qui compte.

La magnifique pantalonnade thermique de cet été ne démontre rien d’autre que la vacuité absolue des objectifs écologiques arbitraires, détachés de toute contrainte concrète, posés par des gens qui n’ont jamais vu un réacteur ni payé une facture indexée.

On continue ainsi, dogme après dogme, demi-degré après demi-degré, à enfoncer le pays un peu plus loin dans l’absurde, à grands frais et pour rien.

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Commentaires53

  1. Aristarkke

    Ce besoin d’électricité par les meutes de climatiseurs enclenchés ne devait pas être satisfait, enfin si mais avec des méthodes plus coûteuses à la production et pas que financièrement.

    1. Higgins

      Il est à noter que toute cette polémique autour de la climatisation la semaine dernière a avant tout été un formidable détecteur de cons. Deux exemples parmi beaucoup d’autres : lemediaen442.fr/canicule-une-fillette-de-12-ans-meurt-dans-les-yvelines-mais-selon-la-ministre-monique-barbut-la-clim-est-un-caprice/ et gentside.com/news/politique/je-nai-pas-de-climatisation-le-ministre-de-leducation-refuse-la-clim-dans-son-bureau-par-solidarite-avec-les-ecoles_art126235.html

  2. Aristarkke

    Ce besoin d’électricité par les meutes de climatiseurs enclenchés ne devait pas être satisfait, enfin si mais avec des méthodes plus coûteuses à la production et pas que financièrement.

      1. MadeInCH

        Il paraît qu’il fait plus frais la nuit.
        Et si maison un peu isolée ou avec bon inertie thermique, le froid ne sortira peut-être pas trop durant la nuit (Pas taper. Je sais!)
        Non?

          1. MadeInCH

            Ben, il aura été évacué pendant le jours grâce à la clim alimentée au solaire, selon l’hypothèse de base du Personal Computer.

  3. P&C

    Bah, tonnelier et rousseau nous ont ressorti leur diatribe anti nuke.
    Ça prend de la place, ça pollue, ça fait des déchets…

    1. Theo31

      « Si vous pensez avoir une vie de merde, dites vous que tous les matins un homme se réveille a côté de Sandrine Rousseau ».
      P. Sébastien.

  4. Aristarkke

    « Vite, une pétition contre les rayons du soleil ! »
    Déjà Bastiat, il y a 1 siècle trois quarts en faisait un coupable idéal…

    1. Steph

      Georges Sand s’en émouvait aussi en 1870

      lefigaro.fr/meteo/cette-chaleur-d-afrique-qui-prenait-un-aspect-de-fin-du-monde-quand-george-sand-decrivait-la-canicule-20260625

  5. Theo31

    Ça ressemble furieusement a une pénurie sciemment organisée pour priver les gueux de fraîcheur l’été et de chauffage l’hiver en attendant leur expropriation. Toute ressemblance avec la Roumanie communiste n’est pas un hasard.

    1. Grosminet

      @ Theo31 29 juin 2026, 9 h 11 min
      « Toute ressemblance avec la Roumanie communiste n’est pas un hasard. »
      Il y a toutefois une différence fondamentale : à l’époque communiste l’état roumain n’était pas perclus de dettes…

  6. Aristarkke

    « si l’on n’assite pas à une forme pas très subtile de sabotage par les normes et les incompétences empilées les unes sur les autres… »
    C’est leur faire trop d’honneur que de les imaginer ainsi. J’inclue plutôt à un empilement de normes et de contraintes réalisé sans le moindre regard hors de sa tour d’ivoire, tout à la mission de « faire le bien ».
    Ce même Bastiat disant déjà qu’il y a ce qui se voit et ce qui ne se voit pas, d’autant qu’on ne veut même pas, ne serait-ce qu’ un instant, le voir.

    1. Higgins

      Une relation commune me disait récemment que la simple rationalité commande de favoriser la climatisation (au futur CHU de Nantes en construction, il n’est pas prévu de climatiser la moitié des chambres…) mais depuis 40 ans, l’irrationnalité a pris le pouvoir d’où le florilège de décisions et de choix les plus débiles.

  7. Blondin

    Par ailleurs, notre Etat si prompt à faire régner l’harmonie entre les citoyens interdit à tout le monde la vente d’alcool (vin et bière inclus) à tout le monde, soit-disant pour nous protéger mais en fait parce qu’il est incapable d’empêcher une petite bande de m*rdeux de piller les magasins aux alentours du canal St-Martin….

  8. nemrod

    Il fait beaucoup trop chaud et la sécheresse s’annonce croquignolette.
    Comme ça ne suffit pas nous sommes empêchés de nous adapter par tout ces gens absolument nuls que l’on paie des fortunes.
    Quel désastre.

  9. Steph

    Billet très intéressant à lire

     » En canicule, une centrale nucléaire peut être forcée de baisser sa puissance. Non par sécurité radiologique. Par thermodynamique.

    La limite n’est pas dans le réacteur. Elle est dans la capacité du milieu récepteur à absorber la chaleur rejetée.

    Deux mécanismes l’expliquent :
    1. La condensation du circuit secondaire dépend de la température de la source froide

    2. Les seuils de rejet thermique sont fixés par la réglementation pour protéger les écosystèmes aquatiques. À l’approche du seuil, le chef d’exploitation engage la baisse de charge

    Ce n’est pas une fragilité du nucléaire. C’est la contrainte universelle de toute centrale thermique, fossile ou nucléaire. Le système ne force pas sur l’environnement : il s’y soumet.

    Une centrale qui réduit sa puissance pour ne pas dépasser le seuil de rejet thermique, c’est exactement l’inverse d’un système qui stresse les rivières. C’est un système qui s’arrête avant. »

    La suite est dans les réponses mises

    linkedin.com/feed/update/share:7474922003825672192/

  10. Steph

    Bref, c’est comme pour le travail

    Au fait, les militaires qui s’entraînent par tout temps sont ils aussi concernés ?

    « Il faut suspendre le travail pour les heures les plus chaudes, en particulier pour le BTP, déclare Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, sur franceinfo. Les horaires 9 h / 18 h sont-ils adaptés ? […] Il faut s’adapter à ces canicules plus longues, qui démarrent plus tôt, et qui sont venues percuter nos organisations. »

  11. MadeInCH

    Au fait… Lynksys (écriture approximative. Veulliez corriger. Moi pauvre helvète goïtreux et inculte des montagners, on n’a pas ça chez nous.) ne peut pas détecter la clim connectée, la déconnecter, couper tout le jus, envoyer une alerte à la police, etc?

      1. MadeInCH

        Ok. Il me semblait que ça détectait le type d’appareil connecté… My Bad.
        .
        Je m’était demandé comment, d’ailleur… Je m’était imaginé un protocole industriel, un message envoyé par le réseau interne, par lequel un appareil assez moderne pourrait envoyer un code au Linky (Merci CP33).
        Mais je m’arrête là.
        Il ne faudrait pas leur donner d’autres idées, en plus des leurs…

      2. MadeInCH

        Cela dit, ça ne doit pas être difficile de faire une relation « Consommation qui augmente brutalement lorsque la température augment » => le climatoterroriste a allumé une clim!
        => => Dénonciation à la GaïaPolice!
        A vous de prouver que non, vous aviez allumé votre boulloire pour vous faire un bon thé chaud, à l’exemple des nouveaux français qui veulent se rafraîchir dans le Sahara.

        1. Husskarl

          Clairement, il y a certainement moyen de faire des choses amusantes. C’est juste un peu plus indirect que le compteur d’eau connecté.

  12. nemrod

    Admettons que l’on fasse comme les autres et que nous mettions des clims.
    Si en plus le parc automobile est électrique , je vois mal comment produire assez d’électricité hormis avec du fossile car ce n’est pas demain la veille que de nouvelles centrales nuke vont voir le jour .
    Il y aura un pb même les jours de température ordinaire.

    1. Husskarl

      Il y aura de l’électricité un jour sur deux selon le numéro dans la rue, pair ou impair.
      Même système de génie que la pollution maitrisée par la plaque d’immatriculation.

    2. P&C

      On a l’exemple de Singapour, ville la plus climatisée au monde (avec Dubai je crois)
      Ils ont la clim partout, mais aussi des toits peints en blanc, des réfléchissants, des arbres en veux tu en voilà…

      On pourrait s’en inspirer, ainsi que des pays arabes, pour adapter nos villes et villages.
      – maisons en terre, torchis, pisé, troglodyte, trou de hobbit. Le béton c’est bien pour construire vite, haut, et pas cher, mais c’est moins bon thermiquement.
      – généraliser les caves assez spacieuses pour y mettre un lit et se réfugier de la chaleur si besoin. Pour les immeubles, obligation caves et si possible parking souterrain.
      – sacrifier des places de parking pour y mettre des arbres (d’où le besoin de parkings souterrains). Plein d’arbres.
      – si possible, retirer le bitume là où c’est possible. Chemins en terre battue (comme ca les SUV serviront à quelque chose), pavés éventuellement espacés de zones herbeuses (ça c’est pour contrer les inondations en favorisant l’absorption de l’eau). Remettre des arbres au bord des rivière, à bord des routes…
      – rues étroites, bâtiments qui font de l ‘ombre sur la rue. Un bon exemple, la casbah d’Alger.
      – volets, auvents.
      – végétaliser les murs. Le lierre est bien pour ça.
      – A Dubai, ils ont un refroidissement collectif et une usine de glace…

      1. MadeInCH

        Ok. Bien…
        Et comment détourner des sous dans ces conditions?
        Ha mais oui! En mettant des normes et des conditions d’autorisation de constructions tels que seuls quelques firmes pourront effectuer ses travaux!
        Malin!

  13. Cerf d

    C’est d’autant plus idiot que Golfech, Bugey (4 & 5) et Nogent sont équipées de tours aéroréfrigérantes (TAR) et rejettent donc très peu dans le fleuve.

    Par contre avec l’augmentation de la température du fleuve, il y a nécessairement une baisse de la puissance de la tranche, car le refroidissement est moins efficace.

  14. Cyril45

    J’ai lu un article expliquant que la dernière centrale nucléaire construite en France (hors EPR Flamanville), celle de Civaux mise en service en 2002, avait été équipé d’un dispositif permettant de rejeter l’eau moins chaude.
    Mais comme depuis on a saboté notre savoir-faire…

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