Des esclaves ignorants font des esclaves heureux

« Mentalité d’esclave » : voilà ce qui semble caractériser la plupart des gens enfermés dans le collectivisme, le système étatique poussé à son comble par la sociale-démocratie. Ils sont convaincus que l’état est indispensable, que la ponction, le vol, la confiscation de leurs richesses, de leurs propriétés et de leur travail sont des maux nécessaires ; ils chérissent les services publics, les grand idéaux fourre-tout, et se gargarisent de la solidarité imposée, du bien obligatoire qu’on fait autour de soi, pour soi et malgré soi. Mais (presque) tous refusent, bizaremment, cette appellation d’esclave.

Bizarrement, car pourtant, les faits sont clairs : là où un fonctionnaire aura dû passer des concours pour travailler pour l’état et en gagner un salaire, les contribuables, eux, se contentent de payer leurs impôts pour, là encore, travailler pour l’état.

L’esclave se caractérise par l’absence évidente de la propriété de son travail et de son propre corps. Or, si les collectivistes (assumés et inconscients) refusent ce nom d’esclave, force est de constater que le propriétaire de notre travail et de notre corps, ce n’est plus nous-même. Que si le terme d’esclave choque, les faits n’en montrent pas moins clairement que le mot convient exactement à la situation.

La propriété de notre travail, tout d’abord …

Avec un taux de prélèvement global ahurissant de l’ordre de 55%, il est évident qu’on travaille plus pour l’état que pour soi. Quand la liberté d’entreprendre ne tient que lorsque l’état a prélevé une dîme exorbitante sur chaque parcelle de travail, le travail reste-t-il libre ? Lancez vous en France : créez une entreprise (en plus, ça fait plaisir aux politiques – qui sait ? Vous aurez peut-être la joie d’échanger vos microbes palmaires avec ceux du maire, du député ou d’un sénateur en mal de presse, on peut rêver). A peine cette entreprise créée (avec déjà moultes formalités et cerfas à remplir), l’état vous ponctionne. Charges, droits d’enregistrement, etc… Si vous êtes salarié, un coup d’oeil rapide sur votre bulletin de paie vous montre que l’état et les sytèmes qu’il a mis en place font disparaître (magique!) un bon tiers de votre salaire brut dans les méandres des dettes de la nation. En plus, la partie occulte (les charges patronales) – en réalité aussi ponctionnées sur votre travail – est suffisamment importante pour rendre presque risible le montant déjà prélevé pour vos charges salariales.

Mais malgré toutes ces ponctions sur votre travail, il se trouvera toujours une bonne âme pour justifier l’état : sans ces prélèvements, ces taxes, ces impôts, ces cotisations, tout irait mal, et il n’y aurait plus sécurité sociale / retraite / transports en commun / etc… Qui pairera la crêche de vos mômes ? Hein ? Et le fait qu’on impose à tous des dépenses finalement individuelles ne les gênera pas : la crêche sera payée aussi bien par le papy que par l’étudiant, TVA oblige.

Soit. Admettons finalement, contraint et forcé, que les contributions soient nécessaire… L’esclavage n’en serait pas moins réel par son autre aspect, beaucoup plus préoccupant celui-là.

En effet, vous n’avez pas (pas plus que moi d’ailleurs) la propriété de votre propre corps. Vous n’avez finalement pas la possibilité d’en disposer comme bon vous semble. En l’espèce, il s’agit autant d’un problème de morale, d’éthique de société que d’un problème politique. Mais au final, que pour des raisons éthiques ou des raisons politiques, on en vienne à limiter grandement votre levier sur ce que vous avez de plus intime, votre propre corps, et ce, sans déclencher la moindre hostilité de ceux qui subissent, montre à quel point l’esclavage est entré dans les moeurs, à quel point les mentalités sont habituées à ce viol permanent de cette intimité.

Le viol le plus flagrant, c’est celui du choix de l’instant de sa propre mort.

Bien sûr, l’état ne peut pas officiellement interdir le suicide. En effet, ce dernier, tel qu’on le conçoit (empoisonnement, blessures fatales, overdose, pendaison, arme à feu, …) est difficilement empêchable sauf à sombrer dans un totalitarisme ultime. Mais l’état, en engluant le candidat au suicide dans mille et une institutions de soins, dans mille et un schéma culpabilisant, arrive à rendre ce dernier plus difficile à comprendre par tous, impliquant de fait une interdiction plus forte encore que légale : un tabou. Celui-ci ne résout rien, mais a l’avantage d’imposer le silence de ses esclaves sur le sujet.

En outre, pour certains, ceux qui ne peuvent pas, justement, utiliser directement leur propre corps contre eux, l’état interdit effectivement le suicide, en se drappant de la morale de la société (morale qu’il s’empressera de tortiller dans le sens qu’il aimera lorque celle-ci reviendra le hanter sur ses petites et grosses compromissions quotidiennes).

A l’hôpital, le suicide est interdit.

Il s’appelle euthanasie, cela fait plus technique, plus blanc, plus propre. Mais c’est fondamentalement la même chose : le droit de disposer de son corps. Et lorsque suicide il y a, et que l’opinion publique, bien plus souple que l’état et ses institutions, le comprend et l’accepte, la justice patouille, l’état s’empêtre dans ses contradictions. L’euthanasie est interdite, le droit de disposer de son corps malade et infirme est nul, mais … on relaxe les personnes qui aident à se suicider. Le fait est cependant que l’euthanasie, interdite, rend les malades qui la réclament esclaves de l’état qui leur refuse.

En prison, le suicide est interdit.

On veut absolument « protéger les détenus contre eux-mêmes ». On veut leur bien, finalement. Et la morale réprouve le meurtre, le suicide, et la peine de mort. Quand dix condamnés à perpétuité réclament la peine de mort pour eux-mêmes, l’état ne peut évidemment pas accéder à leur demande. Clairement, ces gens ne sont plus des prisonniers. Ce sont des esclaves de l’état.

La force de l’état, c’est d’avoir su séparer toutes ces notions, en segmentant les propriétés, les droits et les possibilités pour n’offrir, finalement, qu’une petite parcelle de liberté à chacun, en laissant croire que c’était le maximum viable pour une société harmonieuse, éthique, socialo-solidaire, ou que sais-je encore.

La force de l’état a résidé et réside encore dans l’ignorance de ses esclaves : la plupart ne savent pas qu’ils sont esclaves, ne savent pas qu’ils n’ont pas de propriété sur leur corps, et ne savent pas qu’ils ont un maître absolu sur eux.

Et la force de l’état, c’est de disposer, dans ces esclaves ignorants, de ses plus grands thuriféraires.

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