Cet hiver, on va se les geler en République Démocratique Française

Rappelez-vous, c’était dans les années 2000 : tout le monde prévoyait un réchauffement climatique du feu de Dieu. Et l’hiver 2009 est arrivé, avec ses coupures de courant et son caillage de miches grandeur industrielle sur toute la France… En fait de réchauffement, les Français ont pu goûter, cet hiver-là, aux préludes d’une glaciation des rapports sociaux. Fiction que tout ceci ?

Pourtant…

Tout est en place pour, encore une fois, détourner l’attention des Français des vrais problèmes.

Besson, l’éternel transfuge, a réussi son pari de communicant à gros sabots : on ne parle plus guère que d’Identité par-ci, de Nationale par là, et ça papote dans tous les médias sur un sujet aussi creux qu’inutile.

Creux puisqu’au final, tant pour le terme identité que pour le terme nationale, chacun met ce qu’il veut dans ces mots et qu’en conséquence, le débat tournera à la bataille de chiffonniers. En clair : tout le monde va discuter sur des conceptions différentes sans se mettre d’accord sur les définitions de base. Classique.

Inutile puisque, comme d’habitude après ce genre de manœuvres grossières, il ne se passera absolument rien de concret pour traduire en action ce qui débouchera d’un débat pipé dès le départ. Ça n’est d’ailleurs pas le but : une telle polémique n’a pas été lancée pour trouver une réponse à une question qu’on a volontairement faite  floue et mal cadrée, mais essentiellement pour occuper les esprits.

Et pendant que les yeux des médias suivent les mouvements amples des mains des magiciens qui nous gouvernent, la situation, en coulisse, continue à se détériorer, parfois même sous les applaudissements du public émerveillé devant les petits pétards lancés par les clowns qui enfument l’atmosphère et qui projettent des millions de petites paillettes brillantes sur la scène vivement éclairée.

Ainsi, comme je le disais en introduction, il n’est pas impossible que le Français se gèle les miches pendant cet hiver : il semble qu’il faille se préparer à des coupures de courant.

Mais ce qui est très rigolo, c’est de répondre à la question « Pourquoi diable ? » …

Si l’on s’en tient à l’article du Figaro, on en déduit que la France a des petits problèmes de productions d’électricité. Pour une nation qui, il n’y a pas si longtemps, en exportait de tous les côtés, c’est un peu gênant.

Alors, on cherche à comprendre comment une production jusqu’ici très largement bénéficiaire est devenue déficitaire. Et il faut se reporter à quelques articles de journaux bien cachés pour comprendre l’étonnant mécanisme qui a placé la France sur le chemin grelotant des froids de canard.

C’est un article en provenance de Suisse qui nous en apprend plus.

Et il semblerait bien que les baisses de productions soient dues essentiellement à un nombre anormalement élevé de réacteurs nucléaires en arrêt :

Le 26 octobre, 17 des 58 réacteurs d’EDF étaient à l’arrêt contre 4 ou 5 en temps normal à cette période de l’année. Electricité de France refuse de communiquer sur ces arrêts de production.

Il y a eu, semble-t-il, du retard pris dans des opérations de maintenance… Et à quoi donc devait-on ces retards ? On l’apprend un peu plus loin :

Un mouvement de grève intervenu au printemps avait retardé de plusieurs mois les opérations de maintenance et de rechargement en combustible des centrales nucléaires d’EDF.

Oooooh, les syndicats seraient-ils responsables du futur caillage de miches des Français ? Noooon, ce n’est pas possible, voyons ! Le syndicat, par essence, par définition et puisqu’on vous le dit, est là pour protéger le Service Public A La Française (comme les sardines sont A l’Huile) et ne sont donc évidemment pas responsables du bordel dans le planning de maintenance de l’outil de production électrique en France… Si l’on ajoute les habituelles actions festives & citoyennes, au final, on en arrive à la conclusion que :

Le taux de disponibilité du parc nucléaire français ne cesse de se dégrader depuis plusieurs années. Il est ainsi tombé de 83,6% fin 2006 à 79,2% fin 2008.

On a ici toutes les caractéristiques d’une économie où la soviétisation des esprits aura été telle qu’à présent, on a la pénurie, le froid, les syndicats qui rouspètent, les gens qui se les pèlent, bientôt des queues devant les magasins d’approvisionnement, mais pas encore de « Démocratique Populaire » dans la dénomination du pays : car en effet, la dégradation ne date pas d’hier ; on voit d’ici les fameux syndicats réclamer « plus de moyens » , alors que ceux-ci n’ont pas cessé d’augmenter, et que les tarifs électriques ne sont plus réputés comme bon marché depuis bien longtemps.

On pourra se rassurer en se disant qu’une partie du problème réside dans la consommation des ménages qui augmente plus vite que les capacités de productions d’EDF …  Ceci dit, si la consommation des ménages augmente effectivement, celle des entreprises pourrait, elle, diminuer ; et, facétie de la réalité, lorsque les entreprises carafent, les ménages trinquent… et finissent par baisser leur consommation.

Avec un peu de chance, l’hiver 2010 sera donc moins problématique : il n’y aura pas plus de réacteurs en exercice, mais  moins de besoins (?)…

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Commentaires16

  1. Higgins

    Et encore, ce n’est que la partie émergé de l’iceberg. Un journaliste un peu curieux (paradoxe ou pléonasme?) trouverait, en cherchant un peu, qu’une bonne partie du réseau de distribution est à changer car à la limite de la rupture car hors d’âge, que la conjonction d’un management, qui a depuis longtemps renoncé à toutes prétentions en la matière, avec un syndicalisme, dont l’obsolescence n’a d’égale que la capacité de nuisance, conduit à une absence de productivité faramineuse et à un fonctionnement usuel qui n’a rien à envier à la Russie de Staline.
    Quelqu’un a entendu ce qu’est devenu le dossier du CE d’EDF?

  2. lolik

    Une raison de se réjouir quand même : en dessous de 5 degrés à Paris, les réchauffistes disparaissent ! et avec les coupures de courant, Hulot disparait de la lucarne…

  3. Nicolas B.

    Mais enfin l’électricité est un droit!!!! Vous verrez que si ça arrive, on entendra parler du capitalisme sauvage régnant à EDF et empêchant de mettre en place les moyens nécessaires pour bien travailler!!!!

  4. adnstep

    On demande aux entreprises publiques de faire des économies, mieux, d’être rentable. Et c’est dur d’être rentable dans le nucléaire (y-a-t-il seulement un exemple dans le monde ?), quand en même temps vous devez assurer l’électricité à tous, même à ceux qui ne payent pas, et que vous devez racheter l’électricité des autres à bon prix.

    Il y a alors plusieurs moyens : virer les hiérarchies inutiles, par exemple ou rogner sur la qualité de l’entretien. Charité bien ordonnée commençant par soi-même, on peut à la limite virer la valetaille, et embaucher à la place des CDD dans la sous-traitance, mais on va quand même pas se tirer une balle dans le pied.

    Pour un mec qui a bossé toute sa vie dans une centrale, outre la surdose de radiations, c’est un crève-coeur de se voir diriger par des jeanfoutres qui se tapent comme de leur première sucette de la sécurité. Alors, quand le syndicat du coin vous pousse, avec des arguments issus de 50 ans de savoir-faire transmis de génération en génération, que voulez-vous qu’il fasse, le mec ?

  5. adnstep

    « Une raison de se réjouir quand même : en dessous de 5 degrés à Paris, les réchauffistes disparaissent ! et avec les coupures de courant, Hulot disparait de la lucarne… » : pas sur du tout.
    D’une part, il vont nous dire que c’est une conséquence du dérèglement climatique, ce qui ne veut pas dire systématiquement réchauffissement, mais aussi froiditure, et que sur le long terme, la Terre se réchauffe. Et va vérifier dans 100 ans, si la Terre s’est réchauffée, mon gars. Les verts, ils sont moins cons que les rouges, ils ne promettent pas le Paradis sur Terre, mais juste l’Enfer. La peur, c’est toujours plus efficace que l’espoir, forcément déçu un jour.

  6. vincent

    Il y a quelques années, un rapport de la cour des comptes avait montré que EDF « oubliait » de provisionner le coût du démentèlement des centrales en fin de vie, estimé à 65 Mds d’Euros.

    Quelqu’un sait il si EDF a fait quelque chose pour y remédier, ou si la comptabilité du mammouth est toujours empreinte de créativité festive citoyenne ?

    En tout cas, prenez des actions chez les fabricants de moumoutes. Damart, une valeur d’avenir.

  7. capol

    Après le pétrole du Vénézuela et la viande bovine d’Argentine, voilà l’électricité de France. Doit-on y voir un parallèle ?

  8. carole

    Capol,

    Venezuela : restriction sur l’électricité (clim et éclairage), eau (les venezueliens ont droit en ce moment à 1 douche/jour de 3 mn), l’alimentaire (ils vont bientôt avoir le droit au panier de la ménagère comme à Cuba). Ça chauffe dans le pays et ce n’est pas le réchauffement climatique, mais el kapo veille et vient de créer des milices sécurité. Tous ces pb sont dûs aux manques d’investissements. On ne peut aller au supermercado des armas pour dépenser des millions de dollars et s’occuper de son peuple.

    Argentine : ce pays si riche en gaz et pétrole a aussi des problèmes gravissimes. Il paraîtrait que la viande va manquer (vraiment incroyable), ils n’exportent que 20% de leurs bestiaux. Des émeutes de la faim ont lieu au Chacco. 40% de pauvres et cela n’a rien à voir avec les pauvres à la française.

    Pour l’électricité en France : 1) ou c’est de l’intox (futures augmentations) 2) pb dû aux grèves 3) aucune gestion des dépenses (voir CE and co).

    Quand les rouges sont au pouvoir, c’est la misère assurée.
    Et en France, les rouges/verts, c’est kif-kif bourricot.

  9. azerty

    adnstep,
    Les trois dernières lignes de votre post sont la plus concise et la meilleure définition de l’écologie politique que j’ ai jamais lue!

  10. capol

    @ carole,
    merci pour ces éclaircissements, mais mon message se voulait ironique et souligner le rapprochement de nos politiques à ceux d’Amérique du sud.

  11. carole

    Capol,

    J’avais bien compris l’ironie de votre message. Et vous avez tout à fait raison de souligner le rapprochement de nos politiques du clônage.
    Nous allons avoir des pb d’électricité en France, au Venez en ce moment, la population est priée sous peine de multas de débrancher les congélateurs et si certains se lèvent la nuit, de s’éclairer à la bougie.
    Voilà où on en arrive quand l’état se « sucre » et que les infrastructures ne suivent pas. Mais, les verts/rouges ne veulent-ils pas revenir au temps de la préhistoire ???

    La disette !!!!!^o^

  12. melajara

    EDF, comme toute entreprise privée, a pour mission première de générer du profit. Sa mission de service public lui pèse et elle voudrait bien se débarrasser de ce boulet, cette autre mission, historique mais en voie d’obsolescence.

    C’est ainsi que le réseau vieillit car les investissements ne se font plus en priorité dans l’infrastructure de production mais là ou le levier de profit est le plus important, le trading, cf. http://www.edftrading.com/

    C’est surtout que l’infrastructure n’est plus à la charge d’EDF mais de RDE, et qu’à ce titre, je vois mal A investir dans les outils de B.

    Dans ce domaine, EDF brille et est particulièrement imaginative. Ici comme ailleurs, l’ingénierie financière déplace l’ingénierie traditionnelle.

    Il serait amusant qu’EDF conçoive ses nouveaux spots publicitaires en mettant en valeur ses « ingénieurs », c’est-à-dire ceux de ses salles de marché.

    Le public apprécierait certainement…

    Le rôle d’EDF est de produire de l’électricité pour le vendre. Dès lors, faire appel aux techniques en vogue pour ce faire ne me paraît en rien aberrant. En revanche, que cette même entreprise ne puisse pas produire d’électricité correctement pour raison de mauvaise gestion, voilà qui est gênant. Et que RDE ne fasse pas le nécessaire sur ses infrastructures, c’est bien la faute ou le problème de RDE, pas de EDF.

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