Méchants médias. Méchant, méchant Internet.

Le dimanche, c’est ce temps de repos en famille où, passé le proverbial poulet, on peut prendre un peu de recul, se délasser l’esprit, faire des mots-croisés ou commenter l’actualité dans ce qu’elle a de plus badin, superficiel ou complètement anodin. Evidemment, les petites misères médiatiques du néo-communiste Mélenchon ou du couple Sarkozy devant l’adversité rumoristique font des perles de choix pour ce genre d’exercice.

Ainsi, Jean-Luc, c’est un mal aimé.

Trouvant le Parti Socialiste décidément pas assez socialiste mais vraiment trop parti, il avait décidé, en février 2009, de créer son propre parfum, avec moins d’édulcorants, plus de colorant (rouge de cochenille, bien sûr), et surtout une formule améliorée qui était destinée à piquer un peu les papilles et réveiller un électorat archéo-communiste d’un PCF qui l’avait complètement chloroformé.

Entré en concurrence avec le parti ultra-trotskyste du petit Oliv’La’Dérive, il a depuis âprement défendu ses « idées » tout en proposant, de façon récurrente, des alliances avec le Nouveau Parti Antitout qui, comme de juste, s’en est toujours tenu éloigné afin d’éviter de dépasser la barre fatidique des 2% qui l’aurait rendu visible sur le spectre politique français (avec succès jusqu’à présent).

Bénéficiant de nombreux relais dans la presse, Jean-Luc est donc parvenu à montrer que le communiste est un loup pour les autres communistes : il a goulûment vampirisé une partie des trente-huit (ou un peu plus, peu importe) électeurs authentiques du PCF pour les accueillir joyeusement chez lui.

Pourtant, Jean-Luc a bien compris que, pour continuer à exister, il lui faudrait faire des coups, faire parler de lui, et éviter ainsi le sort presque douloureux (s’il n’était risible) d’un Nouveau Parti Aérogonflé dont la crevaison récente n’a laissé qu’une baudruche flapie dans un petit chuintement comique.

Et pour faire parler de soi, rien de tel que se monter tout seul le bourrichon et d’engueuler un bon coup un étudiant en journalisme.

Mélenchon, sympathique et jovial

Ici, je tiens à préciser que, sur la forme, Jean-Luc a fait assez fort : il n’aurait plus manqué qu’ajouter une bonne paire de baffe au tombereau de propos méprisants qu’il a sorti d’un coup pour donner un tableau d’ensemble assez juste du personnage.

Sur le fond, cependant, on ne peut pas dire que le petit cornichon lyophilisé qui tentait l’interview n’a rien fait pour éviter la correction qu’il a subie. Certes, en tant qu’étudiant, on aurait pu comprendre qu’il bourdât, mais point qu’il s’enferrât obstinément dans ses questions de plus en plus idiotes, au point qu’on en soit maintenant à utiliser l’imparfait du subjonctif. C’est dire.

Evidemment, une fois l’explosion retombée, Jean-Luc pourra ensuite s’expliquer plus calmement, persistant dans sa constatation de la médiocrité toujours plus grande de la presse, mais notant tout de même qu’il faut bien faire avec.

En fait, Mélenchon a bien compris qu’un angle d’attaque viable consiste à mépriser la presse, ce qui lui donne deux avantages : d’une part, il fait parler de lui, et d’autre part, quand on ne s’intéresse plus à lui, on lui donne de facto raison quand il claironne que la presse, c’est de la merde qui ne s’occupe que du strass et des paillettes.

Sur le plan rhétorique, c’est assez fort et on peut sportivement admirer le vieux roublard de la politique pour avoir utilisé ici un de ces moyens relativement subtils qu’un Le Pen n’aurait pas renié jadis. Mais il n’en reste pas moins que l’ensemble s’apparente, paradoxalement, à une bonne utilisation de ces médias qu’il conspue.

A l’inverse, nous avons le couple sarkozien.

Comparer la communication rudimentaire mais finalement efficace de Mélenchon avec celle de toute l’équipe de Sarkozy, sa femme et ses ministres ne peut amener qu’un lot complet de consternation livré en pack de douze, avec un bon de réduction promotionnel conséquent à faire valoir en caisse.

Je ne relaterai pas le trajet johnlecarresque de l’affaire des rumeurs, on pourra facilement trouver les péripéties du couple chez Lait d’Beu ou chez mon confrère Toréador qui relie d’ailleurs lui aussi  – et avec brio – la sarkozie avec la mélenchonie.

Sarkarla, le couple modèle

Ce qui m’intéresse, dans cette tragicomique affaire, c’est surtout l’utilisation qui en est faite, presqu’en marge des agitations bicarbonatée des meilleures tripes de la République protestant devant un tel traitement : en effet, la rumeur sert ici non seulement à désigner à l’indignation outragée certains journalistes qui auraient fauté en colportant des informations douteuses, mais aussi à livrer un canal de communication en particulier à la vindicte populaire.

C’est dit : internet devra payer.

Là où Mélenchon, aussi grossier et vulgaire soit-il, a correctement désigné le problème des journalistes en montrant qu’ils étaient devenus obsédés par les sujets les plus putassiers pour vendre du papier, le couple élyséen et toute sa clique de communicants poussiéreux utilise le moyen facile, usé et ridicule de l’attaque globalisante : « C’est le méchant internet qui provoque tout ça ! »

Pour les protagonistes, le cas est entendu : il s’agit bel et bien d’une nouvelle méchanceté du réseau des réseaux, ce nouveau far-west où les cowboys du code et du HTML se tirent dessus à coup de billets blogueurs décochés plus vite que leur ombre. Peng, une rumeur, paf un mort.

L’extraordinaire Alain Duhamel, éditorialiste à la pensée fulgurante et à l’analyse profonde qui aura réussi dans toute sa carrière à la fois à être d’accord avec tout le monde et se tromper avec insistance, le dit d’ailleurs avec cette pertinence qui donne une image assez fidèle du niveau du chroniqueur journalistique moyen :

« Les journaux étrangers sont délibérément hypocrites. Ils feignent régulièrement de prendre ce qu’il y a sur le Net, alors habillé de JDD, de Nouvel Obs ou de tout ce qu’on veut, et ils en font quasiment une preuve. Ce qui est nouveau, c’est l’accélération gigantesque et l’amplification à travers Internet. »

Retraduit de façon claire, ceci veut dire que pour l’intelligentsia scribouillarde franchouille, les journaux étrangers piochent dans les blogs (ce que les journalistes français, graines d’Albert Londres et moult prix Pulitzer en main, ne s’abaisseront jamais à faire, hein), ne vérifient pas leurs sources et font n’importe quoi n’importe comment.

Mais ce n’est même pas nouveaux : ils sont nuls, et l’ont toujours été, certes.

Ce qui est nouveau, c’est surtout le (vilain méchant) Internet qui fait rien qu’à amplifier encore leurs mauvaises manies !

Et pour Barbier, ce chamallow de la pensée rose emmitouflée dans le consensuel qui ne froisse pas, dont la microscopique intelligence fut mise en pause dès sa carte de presse obtenue, tout ceci s’explique d’une phrase aussi lapidaire que galactiquement conne : « Il y a une vraie différence entre Internet et le média, ça s’appelle le travail tout simplement. Sur Internet, on ne travaille pas, quand on est dans un vrai média, on travaille. »

Quand on voit la production usuelle de l’auteur d’une telle phrase, on en vient à préférer le non-travail d’internet qui a le bon goût de coûter ce qu’il vaut, là où l’autre andouille produit fort cher des choses qu’on devrait plutôt se faire rembourser. Dans l’armée des pignoufs, si Duhamel a clairement gagné ses galons de caporal essentiellement grâce à l’avancement automatique et sa longévité, Barbier, lui, est maintenant Général trois étoiles et continue de grimper vigoureusement.

Bref : on peut surtout noter que, de Duhamel à Barbier en passant par chacun des rigolos qui commentent officiellement la rumeur dans l’un de ces journaux journalistique à tendance journalière, ou même dans la fine équipe de Sarkozy, aucun n’a moins de 50 ans et tous sont bien en peine de simplement se connecter sur Internet : de façon évidente, ces fiers chevaliers de l’information ont trouvé dans une technologie qu’ils ne maîtrisent pas du tout un bouc-émissaire facile.

On craint ce qu’on ne comprend pas.

Une fois le coupable démasqué, on va pouvoir s’empresser de mettre en place toutes les mesures nécessaires à éradiquer enfin la vermine qui dit ce qu’elle pense et qui raconte ce qu’elle veut sur ce média scandaleusement non surveillé : rien de tel qu’une bonne petite Internet Polizei pour bien réguler tout ça, et c’est Morano qui s’y colle.

Et alors que la communication élyséenne était pathétique et complètement foireuse, alors que la réaction des journalistes baignait dans l’habituel bain de pignouferies qui donne son cachet inimitable à cette presse que le monde entier nous moque, l’intervention de la Nadine permet d’atteindre le niveau ultime de l’idiotie titanesque : puisqu’internet n’est pas régulé (watzefuck ?), que ce monde virtuel déverse des torrents de boue (kwâ ?) grâce à l’anonymat (médequoikelparle ?), on va devoir mettre en place une police internationale (argh).

On a ici l’archétype de la réponse politicienne début XXIème siècle à un problème donné : si ça bouge, faut le taxer. Si ça continue à bouger, il faut le réguler. Et si ça arrête de bouger, on subventionne.

Et on a ici aussi l’archétype de la réponse journalistique française devant la perte croissante de sa crédibilité : c’est la fautogratuit, c’est la fautàlinternet.

Mon constat reste donc le même : avec une presse complètement à l’ouest et des politiciens résolument coincés en 1950, ce pays est foutu.

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Commentaires16

  1. Joe

    « On a ici l’archétype de la réponse politicienne début XXIème siècle à un problème donné : si ça bouge, faut le taxer. Si ça continue à bouger, il faut le réguler. Et si ça arrête de bouger, on subventionne.  »

    Des heures de grand messes et de « débats », de plateaux télé et de petites phrases magnifiquement résumées. On rajoute le corolaire : si c’est une bonne nouvelle, je l’annonce, si c’est une mauvaise nouvelle, je fais l’inverse jusqu’à ce que la loi me rattrape et impose la mauvaise nouvelle. Au moins, c’est pas moi ké fait, c’est les méchants Bruxelles / Etat / Conseil constitutionnel.

  2. daredevil2007

    Merci pour ce texte qui m’a particulièrement réjoui!
    Cela étant dit, ce désir de contrôler le net vient peut-être aussi de ce que ces « pignoufs » commencent à prendre un peu peur… non? Ils ont beau être d’une bêtise insondable, ils ne peuvent pas ne pas constater que leurs beaux discours ne passent plus et qu’un nombre important de personnes ont soif d’autres informations non-formatées ni prédigérées! En tout cas, j’aimerais bien voir comment ils vont s’y prendre même si je sais qu’avec eux, rien n’est impossible (cf. la célèbre tirade d’Audiard!).

    1. Les stupides, dans l’histoire, sont plutôt les journalistes que les politiciens. Effectivement, les politiciens réagissent comme ils le font parce qu’ils ont peur. Et ils ont peur car ils savent que l’internet a une mémoire beaucoup plus grande que celle des journalistes ; c’est ainsi qu’on retrouve très facilement les promesses du candidat Sarkozy, qui, mises en face de la réalité connue, font vraiment sourire. C’est ainsi qu’une rumeur, dont on sait pertinemment qu’elle n’aurait pas fuité si elle n’avait un fond de vérité, se retrouvera, insistante et ne demandant qu’une explication, longuement, sur internet.

      Et par dessus tout, l’absence de contrôle réel les terrifie : pour pouvoir émettre un journal, il faut une autorisation. Pour émettre des ondes FM, il faut une autorisation. Pour faire de la télé, il faut une autorisation. Pour faire un blog, non. Et ils se rendent bien compte que la nature décentralisée et mondiale du bidule va leur poser de gros gros problèmes pour aboutir à la même chose que pour un journal ou une télé.

  3. Franck Boizard

    «avec une presse complètement à l’ouest et des politiciens résolument coincés en 1950, ce pays est foutu.»

    Vous donnez la solution : se débarrasser des journalistes et des politiciens.

    Je souhaite que cela se fasse en douceur et je redoute qu’au contraire nous subissions une orgie de violences, dont des innocents seront les principales victimes. Comme toujours dans l’histoire de France, une fois qu’on se résout à mettre des têtes au bout des piques, dix innocents seront tués pour un coupable.

    1. Nicolas B.

      Oui voire que les coupables seront innocentés grâce à leur bonne parole et ils seront ammenés la violence vers des boucs émissaires (les riches, le méchant Internet, les affreux libérocapitalistes, les méchants patrons!)

  4. Winston the only (other) one

    « avec une presse complètement à l’ouest et des politiciens résolument coincés en 1950, ce pays est foutu »

    oui bon… la Vème république est foutue, les zélites et les branleurs risquent de se prendre quelques baffes, y aura ben queuque bain de sang dans les banlieues mais la France elle s’en remettra. Et sait-on jamais que les journalistes se remettent à faire leur boulot correctement…

    Chuis hyper-optimiste moi ce soir, chais pas ce que j’ai 😉

    1. En fait, quand je dis « ce pays est foutu », c’est plutôt ce pays tel qu’on le connaît. En réalité, le pays est lui-même multimillénaire, et tiendra bien encore un peu. Son état, sa Rrrrrépublique Rrrronflante et patinée par l’âge, en revanche …

      1. Winston the only (other) one

        en fait je répondais plus au commentaire trèèès pessimiste de Franck Boizard dont j’apprécie le blog par ailleurs. Mais merci toutefois de cette précision et je vous avoue que je m’en doutais un peu. comme quand les écolos bêlent partout qu’il faut sovélaplanayte j’ai furieusement envie de leur balancer que la planète elle ne les attendra pas pour s’en sortir toute seule. C’est pacoule mais la planète elle vote pas écolo et elle d’ailleurs elle vote pas épicétou. La France a survécu à Vichy et à la Wehrmacht, elle survivra à la Vème. Pourvu que cette fois-ci nous ne loupions pas l’occasion de rajouter une étoile au drapeau américain 😉

  5. Toréador

    Niveau journalisme, l’affaire de la rumeur de Sarkozy n’est pas reluisante : personne ne s’est donné la peine de vérifier ce que l’on pensait vérifié par le petit copain d’à coté. Après, je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi l’Elysée s’est emparé de ce micro-sujet.

  6. Toréador

    H16, j’ajoute que pour moi, l’internet non contrôlé n’est pas forcément gage de liberté. Si demain, 5 000 blogs se mettaient à te conspuer, livrer ton vrai nom (scoop : ton vrai nom est Jean-François Copé – allez Jihèfe, on t’a reconnu !), et que tu subissais le matraquage, je pense que tu verrais ce ramdam comme une immense injustice.

    1. Je suis d’accord à ceci près que l’internet n’est pas « non contrôlé » : les lois en vigueur, qui existaient déjà pour la presse, la gestion de la diffamation, la vie privée etc… existent déjà et sont déjà applicables.

      La notion d’anonymat ne résiste guère sur internet dès lors qu’on veut vraiment (sur le plan judiciaire) savoir qui est qui. Et ceux qui veulent vraiment éviter ça le font aussi IRL. Autrement dit, encore une fois, plutôt que d’ajouter de la paperasse pour signifier, par son agitation, qu’on s’occupe de « réguler » tout ça, on ferait nettement mieux d’appliquer correctement ce qui existe. Moins de papier, plus de justice.

  7. Nicolas B.

    En fait le plus drôle avec la Nadine c’est que « la fonction de Président mérite le respect ». Mais ma brave Nadine quand on prend les gens que l’on est sensé représenté pour des moutontribuables voire des cons, on récolte ce que l’on sème… Enfin, je trouve honteux de payer des services secrets pour chercher qui a lancé la rumeur et qui la propage c’est honteux!!! J’en ai marre de payer des impôts pour ça…..

    1. Laetitia

      Oui d’autant qu’on s’en tamponne le coquillard de leur vie et que si Sarkoco ne voulait pas de telles rumeurs il n’avait qu’à pas épouser une fille que le monde entier peut voir à poil et qui s’est tapé plus de types en 10 ans que la plupart des femmes en toute une vie.

      Pfiou, voilà, ca c’est dit.

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