Crise dans les médias ? Pas pour la SACEM

L’industrie audiovisuelle est aux abois ! Les pirates vont détruire tout le joli business-model des majors, et emporter avec eux les maigres rétributions des sociétés d’ayants-droits, qui vivent pourtant chichement dans des conditions toujours plus dures face à une conjoncture catastrophique. Rien que d’y penser, ça file le bourdon à Marc Guez, le DG de la Société Civile des Producteurs Phonographiques… Pour lui remonter le moral, rien de tel qu’un salaire à plus de 400.000 euros annuels.

Il faut bien ça : de nos jours, avec moins de 30.000 euros par mois, on a bien du mal à s’en sortir, à joindre les deux bouts sans se retrouver, en fin de mois, à devoir bricoler pour les voisins, au black, histoire de payer les nouilles.

Et quand, en plus, on travaille dans une de ces sociétés civiles de protection des droits d’auteurs, l’avenir n’est pas rose alors que les sociétaires se font tous les jours un peu plus pauvres !

Alors même qu’on apprend, effarés, que les zartistes de la République vont être de moins en moins subventionnés, au point que Libération se fende d’un article écrit à trois mains et dix mouchoirs, on comprend bien que les prochains mois, pour les SACEM, SCPP, SCAM et autre SACD, vont être particulièrement tendus !

La criiiiise, mes enfants, frappe tout le monde, et en particulier le monde des arts, des divertissements, de la culture, des cracheurs de feu, des jongleurs et des bateleurs tourbillonnants dans les froufrous chamarrés des subventions publiques : le spectacle frise maintenant l’intermittence avec résolution ; la soupe aux cailloux n’est plus très loin.

On comprend alors pourquoi le rapport de la Commission Permanente qui contrôle ces organismes va jeter un léger froid dans les relations entre ce monde bigarré des strass, des paillettes et des stagiaires payés avec des coups de pieds au cul et celui, plus business-like et terriblement proche de la décontraction méprisante de certains politiques cultureux qu’on retrouve à gober des petits fours dans les réceptions de France Télévision (au hasard).

En effet, au détour de ce rapport, on apprend que le petit Bernard Miyet, patron de la SACEM et ardent thuriféraire de l’HADOPI, bénéficie d’un salaire qui doit largement dépasser les 800.000 euros annuels, ce qui le classerait, au passage, dans les gens riches, notamment pour Hollande (qui ne les aime pas) ou Hamon (qui préfère ouvertement les pauvres).

Sacem, nouveau logo

Soyons bien clairs : la SACEM, comme la SCPP ou les autres sociétés civiles qui collectent les droits divers et variés issu de la copie ou de la diffusion légales d’œuvres artistiques, font ce qu’elles veulent de l’argent qu’elles récupèrent. Après tout, si les sociétaires, c’est-à-dire les artistes, qui payent pour leur inscription dans ces sociétés, sont d’accord avec ces niveaux de salaires, pourquoi pas : cela revient à dire qu’un Bernard Miyet est, de facto, équivalent à un artiste déjà relativement connu dans le pays.

Je ne suis pas sûr, ainsi, que la plupart des « stars » qui font quelques tubes et puis s’en vont récolteront, au cours de toute leur carrière, ce que le dit Miyet va encaisser, sans jamais avoir vu de public, dans le même temps. Mais je le redis : après tout, si tout le monde est d’accord, tant mieux pour eux.

A la lecture du rapport, on peut quand même se poser quelques questions sur la probité de tels émoluments, et, aussi, sur la désinvolture plus ou moins grande de ces directeurs face aux sommes récoltées et à l’usage qu’ils en font, pour ainsi dire, quasi-personnellement.

Il semble par exemple que les frais de représentation, de dîners et autres déplacements à l’étranger soient remarquablement gonflés et étonnamment proches de ceux qu’on pourrait faire à titre privé. Autrement dit, on pourrait en déduire que ces personnes là … tapent dans la caisse.

Oh !

Dans le monde chamarré et bigarré de nos joyeux intermittents, on comprend que cela choque un peu. Combien de dizaines d’artistes, de petits Bartabas pétillants pourrait-on subventionner avec de telles sommes ? Ou, plus à propos, combien de services plus pointus la SACEM pourrait-elle fournir en ne dépensant pas autant dans les salaires de certains de ses collaborateurs ?

D’autant que, j’en suis sûr, la plupart des salariés de ces sociétés civiles (près de 1500 pour la SACEM, par exemple) ne sont pas tous, loin s’en faut, dans les riches (qui filent des boutons à Hollande et Hamon). Ainsi, diminuer de moitié le salaire du Bernard, ce serait accorder une jolie petite prime de Noël aux autres salariés…

Enfin, bon, je dis ça, je dis rien : là encore, la SACEM claque l’argent récolté sur le dos des consommateurs comme elle le veut. Simplement, je pense que certains sociétaires, ceux qui, justement, ne voient pas souvent un chèque de droits d’auteurs, vont trouver l’addition salée.

D’autant que, comme on l’ignore sans doute, ces mêmes sociétaires n’ont, en pratique, aucune façon d’éviter de passer par la SACEM : la loi les oblige quasiment à passer par l’une de ces sociétés civiles, qui, toutes, versent dans les mêmes principes de gestion pour le moins opaque et ont toutes une propension à distribuer des salaires généreux à leurs dirigeants.

Sacem, une belle histoire d'amour

Tout comme les majors qui, au travers des lois sur la copie privée et le droit d’auteur, vivent de facto sur une véritable rente de monopole, les sociétés civiles profitent du même monopole de droit. Et comme toute entreprise complètement protégée de la concurrence, bien au chaud dans le giron étatique, on retrouve les mêmes pratiques douteuses et les mêmes salaires complètement en dehors des grilles admises traditionnellement dans le domaine privé en concurrence libre.

Tiens, au fait, Bernard Miyet est issu de l’ENA (comme Hollande, du reste).

Pourquoi ne suis-je pas surpris ?

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