Le BIB ne fait pas le bonheur. Nicolas Hulot non plus.

En septembre 2009, j’évoquais les mouvements tout en souplesse d’un président très détendu du pipotron nous proposer une nouvelle mesure économique en remplacement d’un Produit Intérieur Brut décrié et qui sent le moisi : le Bonheur Intérieur Brut. Et il y a quelques jours, l’OCDE a décidé de faire ses petits calculs histoire de voir si ce nouvel indicateur donnait des résultats économiquement intéressants. Consternation : le pipeau présidentiel n’était que ça, du pipeau. La surprise est vraiment complète.

On en a parlé un peu en France, on en a parlé chez nos amis anglo-saxons : l’indice calculé par l’OCDE, le 24 mai dernier, est basé sur une poignée de critères simples (revenus, logement, emploi, sécurité, etc…) et repose sur des études statistiques en rapport comme l’espérance de vie, le niveau d’étude ou le taux de chômage.

Quand on se rend sur le site développé pour l’occasion, on a droit à une très jolie page de garde, fond blanc, icônes colorées, animations flash acidulées terriblement dans la tendance du moment. On se croirait sur un site de vente de sucettes fashions. Mieux, on peut même cliquouiller ici et là et définir son propre indice.

OCDE : BIB

Comme on peut regarder le détails de chaque élément pour chaque pays, on peut – youpi – faire des classements. C’est ce qu’ont fait les chafouins journalistes de The Economists qui ont d’abord pondéré les critères (facile : tous pareils) et obtenu le classement suivant :

BIB par The Economist

Comme on peut le constater en cherchant un peu, la France explose tous les scores de bonheur intégral, chaudement emmitouflée au milieu du ventre mou du classement, incapable d’être assez triste pour rejoindre les chouineurs espagnols et définitivement pas assez heureuse pour papouiller les Nouveaux-Zélandais, les Australiens ou les Canadiens.

Quand je vous dis que ce pays s’enfonce dans une lente décomposition, on en a encore une fois la démonstration : les Français sont tellement épuisés des crétineries de leurs dirigeants qu’ils n’ont plus ni la force de rire, ni celle de pleurer et à l’instar d’un Villepin ou d’un Hessel, même leur médiocrité a perdu tout panache.

Ce qui ressort surtout de cette magnifique réalisation est que cet indicateur ne permet en rien de faire ressortir la France comme au-dessus du panier : l’objectif sarkozique est donc largement raté, puisque si le PIB n’est pas terrible en ce qu’il ne met pas franchement en valeur la France, le BIB n’est franchement pas meilleur non plus. Zut et crotte.

Pire, le classement basique montre surtout que le BIB semble fortement corrélé au PIB. Zut et crotte derechef : non seulement le BIB ne fait pas le bonheur, mais l’argent, si. On comprend que l’Elysée, qui avait été moteur dans l’idée initiale, ne se soit pas fait relais médiatique des résultats obtenus par l’OCDE. On comprend aussi que les gauchistes ne commentent pas non plus : difficile de déclencher des #frenchrevolutions et autres #merguez-parties dans les rues françaises avec une telle vague de non-enthousiasme mou.

Et on peut d’ailleurs bien bidouiller l’indicateur pour obtenir son propre classement, ça ne change rien (ou pas grand-chose) : la France se classe obstinément dans le milieu, comme un pays moyennement riche dans lequel sa population est moyennement contente et grogne moyennement sur un sort moyennement enviable.

On peut alors se demander : que faire pour relever le niveau ? Que faire pour rendre la France soit plus riche, soit plus heureuse, soit les deux ensemble ?

Eh bien on va écouter Nicolas Hulot qui vient de nous gratifier de sa recette miracle pour nous rendre tous heureux un grand coup (de pelle, derrière la nuque) : il suffit simplement de faire un grand emprunt de 60 milliards. Tous les ans, pendant 10 ans.

Oui. Vous avez bien lu, 600 milliards d’euros d’emprunt. Claqués en 10 ans. À ce prix, on espère que les putes et les coupettes de champagne seront gracieusement distribuées tous les seconds dimanches de chaque mois devant les mairies de tous le pays, avec flonflons et cotillons.

Eh bien même pas ! Pour ce prix là, le petit Nicolas ne nous propose ni cotillons, ni escort sémillante, ni alcool pétillant, mais du sang et des larmes, ce qui est électoralement assez couillu quand on y pense. Vous pourrez le lire dans l’assommant PDF parsemé de fautes d’orthographes ici : les colossales sommes d’argent de ces crédits-revolver seraient dépensées presqu’exclusivement en mesures … d’économies d’énergie.

On imagine déjà un bombardement sans précédent de publicités finaudes nous vantant les mérites d’un futur plein d’énergie, mais d’un présent riche d’économies parcimonieuses et justement très consciencieusement dénué d’énergie, une radio, une télé et des sites internet gouvernementaux pulsant de messages anti-gaspillage agaçants et répétitifs.

Et quand ce ne sera pas la pub, ce sera l’application concrète de cette économie industrieuse et obstinée au travers d’un vaste plan de rénovation et d’isolation des logements anciens. Youpi. Voilà qui va évidemment aider à la baisse des loyers et à l’accession de la propriété, tiens : des douzaines de milliards, tous les ans, jetés dans l’immobilier par l’Etat, rien de tel pour dégonfler la bulle, hein ! Non ? Ah bon.

Le pompon est décroché par « l’économiste » (guillemets de rigueur) du gourou écolo, Alain Grandjean, qui décoche, l’oeil affolé et la lippe pendante :

« Pour ne pas se soumettre à la dictature des marchés financiers, les Etats Européens doivent avoir la possibilité de s’endetter auprès de la BCE (…) La BCE a déjà fait une entorse à son règlement à remonétisant des titres de dettes pour sauver les banques. Elle peut le refaire pour sauver la planète et les générations futures « 

Bah ouais : fini la diktature bidule. Endettons-nous, il est plus que temps ! La BCE a fait marcher les Epson Stylus et la grosse Xerox dans le couloir à fond les ballons, ça n’a absolument rien donné de bon, la Grèce est dans un état pire qu’avant et tresse la corde qui pendra l’Irlande pendant que le Portugal lui fait la courte échelle… Conclusion : il faut continuer, en remettre une couche, Go Go Go !

On voit ici tout le défaut des diplômes d’économiste trouvés dans les paquets de céréales : si l’objectif de Nicolas est de faire voler en éclat le PIB et donner un peu de mouvement au BIB, il a choisi la bonne méthode.

Entre les hurluberlus qui tentent de camoufler leur médiocrité en modifiant l’étalon et arrivent à se planter, et les ahuris qui ont appris l’économie en décodant des manuels de machine à laver mal traduits du coréen, la France va s’offrir une présidentielle 2012 à côté de laquelle les batailles de caca de chimpanzés neurasthéniques dans un petit zoo de province auront l’air de débats philosophiques construits.

Ce pays est foutu.

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Commentaires26

  1. vincent

    « la France se classe obstinément dans le milieu », pas étonnant, notre classe politique est une mafia…

    Plus sérieux, sur le fond: Et encore, la part du secteur public dans le PIB étant ce qu’elle est, et opérant (à mon avis) une distorsion haussière de la richesse perçue (chiffre du PIB) par rapport à la richesse réelle, un classement ne tenant compte que de la part privée du PIB nous emmènerait vers le bas.

    1. gem

      +1
      Parce que, magie du PIB, les « sévices publiques » sont supposés valoir ce qu’ils coutent, ni plus ni moins. Pour augmenter le PIB c’est facile, il suffit … de dépenser plus !

    2. gameover

      En fait, quoi qu’en disent certains ce n’est pas si idiot que ça d’inclure les impôts dans le PIB. Les impôts ? oui puisque pour parvenir au chiffre du PIB il y a diverses méthodes qui donnent toutes le même chiffre et inclure les impôts ou les « services » apportés par ce fournisseur spécial c’est kif-kif.

      Pourquoi ce n’est pas idiot ? C’est parce que c’est bien le travail qui permet de payer les taxes et il est n’est pas idiot de penser que si on retient ici un facteur multiplicateur de 1 quand il s’agit d’impôts dans le PIB, ce facteur multiplicateur serait au moins de 1 si je devais dépenser moi-même cette somme.

      Pour les durs de la comprenette, si l’état laisse à ma disposition les 10KE d’impôts et taxes que je paie par an, je vais utiliser cette somme qui va générer au moins la même valeur ajoutée.

      En fait la valeur ajoutée générée par cette somme sera supérieure à 1 si c’est moi qui l’utilise car elle ne sera pas destinée à subvenir à des besoins basiques mais des besoins secondaires qui génèrent plus de valeur ajoutée, à plus long terme avec plus d’intervenants ayant moins de contrainte éco et ça génère plus de profits dans la chaîne, donc plus de valeur ajoutée.

      Pour les durs de la comprenette, 10KE en biens secondaires génèrent plus de valeur ajoutée qu’en biens de première nécessité et ce sans compter que ces derniers sont souvent issus de l’importation (concurrence).

  2. Boutros

    Et quand on aura cassé le thermomètre, cause de tous les maux, on prendra sa température avec un concombre bio.

    1. simin

      Je suis pliée…lol!

      Bravo pour le Canada dont les commandes gouvernementales sont entre les bonnes mains (tendance libérale!) d’un Harper reconduit avec la majorité!

  3. Eric

    « les batailles de caca de chimpanzés neurasthéniques dans un petit zoo de province »

    Pourquoi dans des petit zoo de province ? Dans les zoos de Paaaris c’est d’un autre niveau ?

  4. Winston (l’autre)

    Pour que la France soit en tête il suffit de changer les intitulés.
    PIB : Pipeau Intérieur Brut
    BIB : Bullshit Intérieur Brut

    et là tawawar c’que tawawar !!!!

  5. Pere Collateur

    « la France va s’offrir une présidentielle 2012 à côté de laquelle les batailles de caca de chimpanzés neurasthéniques dans un petit zoo de province auront l’air de débats philosophiques construits. »

    Clap, Clap, Clap! Pitié pour mon ventre. 🙂

    Plus sérieusement, je trouve que cette phrase décrit exactement la situation. Hélas!

    1. Aristarkke

      Et le Patron ne parlait là que de 2012…
      Même sous acide, il aurait d’ ailleurs eu du mal à imaginer celle de 2017…

  6. Vladimir Vodarevski

    La corrélation entre le bien être et le PIB est impressionnante. Cependant, il suffira de changer les indicateurs et les pondérations pour changer ça.
    J’ai lu qu’un des reproches fait au PIB est qu’il ne mesurait pas la production, mais transformait cette production en montant monétaire, un montant déflaté de l’inflation, tandis que la mesure de cette dernière était imprécise. Le PIB est donc faux, de par sa construction trop compliquée et biaisée.
    Et c’est vrai: à ce niveau, toute statistique est imprécise, et ce qui compte c’est plus l’évolution que la valeur absolue.
    Mais, que cherche-t-on pour le remplacer? Un indicateur encore plus compliqué, et subjectif! En effet, le bien être est différent selon les pays, selon les gens.
    Le PIB ne mesure que ce qpourquoi il est conçu. Et l’augmentation du PIB peut ne pas être l’objectif d’une population.
    Le BIB sert à diriger l’économie, non dans le but du bien être de chacun, mais pour modeler la société et les modes de vie selon les désirs d’un petit groupe. Ce qui a des allures du meilleur des monde, selon Huxley.

    1. poum

      moi je pense qu’il sert uniquement a faire croire que l’herbe-n’est-pas-plus-verte-ailleurs aux gentils moutontribuables.

    2. laurent

      Le PIB est doublement faut car les dépenses publique et la dette sont comptés comme des investissements productifs. C’est ce qui se passe en ce moment, les gouvernements ont fabriquée de la reprise à coup de dettes. « la croissance » actuelles est entièrement artificielle, en fait nous sommes en pleine stagnation.

    3. Stéphane

      Le PIB est un indice imparfait et pourri, mais la Fraônce n’a jamais eu l’ambition de le remplacer par quelque chose de meilleur. Elle souhaitait simplement un indice international avec lequel elle paraîtrait mieux classée.

      On voit le résultat. Toujours cette compétence, cette excellence à tous les niveaux… 😆

  7. Martin Lothar

    L’avantage des chimpanzés neurasthéniques et de leurs batailles de caca, est qu’ils ne font chier personne d’autre qu’eux. Je voterai pour eux en 2012, na !

  8. Ieremenko

    « il suffit simplement de faire un grand emprunt de 60 milliards. Tous les ans, pendant 10 ans. »
    -> sur le lien que vous proposez, on peut lire :

    « Pour ne pas dégrader les comptes publics, ces investissements ne seraient pas comptabilisés dans les calculs du déficit public. »

    Ça tient du génie.

    Heureusement qu’ils ont trouvé cette magnifique solution, parce qu’en temps normal, avec 40G€ de déficit annuel habituel (soyons (très) optimistes), on arriverait à un accroissement de la dette de 1000 milliards sur 10 ans. Mais heureusement, nada, nous allons retrouver une situation financière saine grâce au « on compte que ce qui nous plait ».

    1. Epicier vénéneux

      « Pour ne pas dégrader les comptes publics, ces investissements ne seraient pas comptabilisés dans les calculs du déficit public. »

      Les gars, on a peut-être trouvé la solution pour les Grecs.

      1. Calvin

        Mieux encore, je vais me l’appliquer à moi-même !
        « Bonjour, M’sieur le banquier…
        Voilà, je vais vous emprunter, aheum, 150 000 euros, mais vous ne le comptez pas dans mon débit. »
        Génial.
        Ultime.
        Définitivement Français.

  9. DukeNukem3D

    Notons que les réserves d’or de la France montent à 110 kTonnes, soit un paquet de milliards d’euros. Je m’étonne qu’un partisan de l’argent gratuit des autres n’ait pas eu l’idée d’en exiger la distribution, comme les pirates de jadis se partageaient le butin de la princesse après l’avoir violemment abusée.

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