[Redite] Le syndicalisme est-il soluble dans le macronisme ?

Article initialement paru le 02.05.2018

Un an de cela, je faisais un petit bilan d’un premier mai particulièrement médiocre où les syndicats défilaient sans ordre, leurs borborygmes mêlés d’odeurs charcutières traditionnelles à ces mouvements ne parvenant pas à devenir audibles et compréhensibles. Je notais que « la convergence des luttes » était encore un ratage aussi rigolo que peu mémorable… Et après un an de présidence Macron, je me réjouissais de la tendance à la dissolution des syndicats dans leur propre nullité en émettant des doutes sur la capacité du petit président à trouver le moindre courage pour lancer des réformes quelconques dans le pays.

Mon précédent billet sur le 1er mai 2019 en confirme chacun des grands points : la «  »convergence patine heureusement toujours avec un brio indéniable, les syndicats sont toujours aussi dispersés, et encore un peu plus insignifiants. Malheureusement, il se confirme aussi le constat d’il y a un an : les réformes de fond ne sont toujours pas là.

Avec les partis traditionnels, la Macronie a bel et bien dissout les syndicats mais n’a toujours cristallisé aucun courage, aucune réforme : les dépenses publiques explosent, avec les impôts… Ce pays est décidément foutu.

♩ Joli, joli mois de mai, ♬ il faut être content ♩ car c’est la fête du printemps ♬, tralalilalère et ne pas oublier entre deux galères ♫ que c’est toujours la grève à la SNCF… Ou presque.

Le premier mai vient de passer et avec lui, les indéboulonnables défilés de syndicalistes et autres partis politiques plus ou moins vivants. Cependant, cette année aura été l’occasion d’une petite surprise.

Ici, je ne parle pas de l’absence renouvelée de cette convergence des luttes qui n’a existé que dans les rêves humides des collectivistes les plus aveugles : les luttes intersectionnelles antidiscriminatoires contre le sexisme et les phobies générationnelles, ça va deux minutes mais ça ne permet vraiment pas de déterminer sereinement qui va s’occuper des banderoles, des pancartes, des stands capitalistes de t-shirts floqués d’un Guevera romantique, de la buvette ou des grillades véganes inclusives de merguez à base de tofu.

Non, ici, je veux évoquer le constat dressé par une presse aussi unanime que lorsqu’il s’est agi de parler du dentifrice aux croquettes du couple Macron (aux goûts décidément bizarres) : très clairement, les traditionnelles manifestations de ce 1er mai 2018 ne furent pas aussi imposantes qu’on aurait pu s’y attendre après un mois de grève perlée à la SNCF.

À tel point que les commentateurs en ont été réduits à noter la divergence des luttes, pendant que Jean-Luc Mélenchon postulait une « jonction des forces » partout où on pouvait l’entendre. Manifestement, le quinoa, mal nettoyé, ne provoque pas seulement des troubles intestinaux.

Et plus qu’une divergence, c’est bel et bien la faiblesse de la mobilisation qui ressort de ces défilés qui motivent de moins en moins de monde. Même pour les organes officiels du Peupledegoche comme Libération, il devient compliqué de cacher les rangs clairsemés des manifestants et on oscille entre une titraille hardie à plusieurs milliers de manifestants et un corps d’article à quelques centaines tout en devant concéder des chiffres policiers autour de 4.200 pendant que le parti de Jean-Luc en annonce crânement six fois plus.

Du reste, au sein même des syndicats, on sent des dissensions comme par exemple à FO, entre les réformistes et les inoxydables « trotsko-anarchistes », ce qui n’aide évidemment pas à former des rangs serrés lorsqu’il s’agit de faire des démonstrations musclées pour réclamer de nouveaux avantages ici ou là.

… Si l’on ajoute ces problèmes internes aux problèmes externes, plus importants, que subissent ces syndicats, on comprend que la tendance générale n’est pas au renforcement de ces organisations de désorganisation du travail en France.

Eh oui : entre les réseaux sociaux qui permettent aux Français d’exprimer leur ras-le-bol des blocages et autres scléroses mortifères que le pays subit, la présence de nombreux ponts dans ce mois d’avril et de mai qui ont été copieusement sabotés par les mouvements d’humeur d’une certaine catégorie de personnels ni volant ni roulant, et la difficile addition des jours de congés concomitants aux jours de grève qui ne seront pas payés, tout ceci finit par peser quelque peu négativement sur le moral de ceux qui avaient choisi de ne pas travailler.

Petit-à-petit, la grève s’essouffle. N’ayant jamais eu le soutien populaire et ne bénéficiant guère d’une propagande favorable des médias, le trafic ferroviaire semble retrouver des couleurs au point de recommencer à lire des titres comme « trafic quasi-normal » (ce qui, en France, se traduit par un retour aux pannes habituelles, des trains normalement annulés et des retards largement dans les clous). Côté Air France, ce sont les syndicats de la compagnie-sœur, KLM, qui commencent à montrer les crocs ce qui donne une bonne idée du niveau d’agacement qui règne à ce sujet.

Bref, il semble bien que la donne ait changé : peut-être le pays pourrait ne plus être à la solde des syndicalistes !

Oh, bien sûr, ne nous avançons pas trop : on ne sait vraiment pas ce que vont donner les prochains mouvements syndicaux, ni la suite de la grève perlée que continuent d’organiser les phalanges de grille-merguez enragés de la SNCF. Tout juste peut-on espérer que perdurera la tendance actuelle, qui marque réellement un affaiblissement sensible des paléo-collectivistes et anarcho-syndicalistes obstinément coincés dans un autre siècle. Ceci serait une excellente nouvelle pour un pays qui n’a toujours pas compris que le marxisme est une ruine de l’âme et du portefeuille, que le communisme n’a jamais réussi à produire autre chose que du sang et des larmes dans des quantités affolantes et que nos syndicats n’ont jamais réussi à dépasser l’une et l’autre idéologies.

Et si cela devait se confirmer, on devrait alors accorder à Macron d’avoir pu sinon dissoudre au moins rendre soluble dans la République le syndicalisme complètement calcifié dont nous avons hérité depuis mai 1968, justement.

Cependant, avant d’accorder ce point mémorable à l’actuel président, il lui faudra pour réformer durablement le pays plus qu’une baisse de régime dans la gréviculture compulsive du pays : après les syndicats, le second blocage du pays qu’il devra affronter est celui, bien plus dur, de l’État profond, conglomérat caché composé de l’administration et de toute la ribambelle de fromages républicains formés en strates depuis des décennies et qui constituent le système nerveux réel de l’État républicain. Si cet État profond refuse de bouger, il sait y faire lorsqu’il déploie force mauvaise foi, excès de zèle ou flemmite paralysante que chaque citoyen aura pu expérimenter au moins une fois dans sa vie.

En clair, sans l’assentiment de cette composante ou, à défaut, si Macron ne parvient pas à en briser les résistances, la victoire potentiellement obtenue sur les syndicats ne servira à rien.

Enfin, si l’on ne peut que se réjouir d’une diminution de l’influence néfaste des syndicats dans le pays, on devra constater que ça ne semble pas suffire à Macron pour engager des réformes structurelles et profondes. L’actuelle réforme de la SNCF semble extrêmement timide. Les reculades sur la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes inquiètent sur son manque criant de détermination.

Mais surtout, tout indique que les façons de penser, le paradigme même dans lequel le président et son gouvernement s’inscrivent résolument n’ont, eux, absolument pas changé : comme en témoigne avec une précision terrifiante les petits jeux comptables déjà sur les rails concernant la gestion du passif monstrueux de la SNCF, il n’est pas encore acté que l’État, ce n’est pas autre chose que tous les citoyens, que la richesse n’est pas créée par les diktats gouvernementaux et qu’une dette finira toujours sur le contribuable.

Décidément, il y a encore du méga-pain sur la giga-planche.

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Commentaires35

  1. Le Gnôme

    « Décidément, il y a encore du méga-pain sur la giga-planche. »

    Ca ne s’arrange pas un an après, certes, le rail n’est plus engrève, tout au moins générale, l’aérien tourne à peu près, l’essence et les taxes sont toujours aussi élevées et les réformes aux oubliettes. Tout ce tintouin, toute cette logorrhée, tout ses hectolitres d’encre utilisés pour imprimez du vent, qu’en restera t-il dans dix ou vingt ans. Rien, il ne restera rien que le néant, un temps dont les historiens du futur chercheront vainement les évènements marquants. Peut être dateront ils de ce quinquennat le moment où ce pays est sorti de l’histoire et où sa civilisation s’est écroulée. Macron, c’est Romulus Augustule, reste à savoir qui est Odoacre.

        1. Passim

          De Jaeghere un peu confus parfois, je trouve, mais excellent néanmoins, avec de belles planches en couleur (car on n’est pas forcément familiarisé avec les noms antiques). Il y a aussi Montesquieu, bien sûr, et ses « Considérations »…

      1. sam player

        Ce besoin des soi-disant littéraires de donner des conseils de lecture avec ce ton condescendant…
        Perso ça ne me viendrait pas à l’idée de vous conseiller le volume 2 de Timoshenko…

          1. sam player

            Je n’en doute pas, c’est d’une part le ton utilisé à mon adresse par un commentateur qui sait pertinemment qu’il aurait plus de chances à conseiller une paire de baskets à un cul de jatte… et d’autre part que ce style d’étude ça me rappelle quand des experts déblatèrent sur les conditions de la mort d’un gars décédé depuis 20,000 ans et retrouvé par hasard dans la zone d’ablation d’un glacier : jour et heure de la mort, nombre d’enfants, d’où il venait et où il allait alors qu’il ne le savait peut-être pas lui-même, où il avait fait faire ses tatouages, émissions de télé préférées

            1. Husskarl

              =) Je dois reconnaître que les conclusion sur les animaux et hommes préhistoriques m’amusent toujours. Je me limite donc à l’Histoire connue et nie l’évolution et le big bang comme certitudes.

              Je n’avais pas noté le petit mot à votre adresse…d’où mon commentaire neutre.

  2. theo31

    Hier, j’ai pu constater que les GJ étaient contents de trouver des sales entreprises capitalistes fournissant contre un peu d’argent le café et les croissants.

  3. Passim

    Dentifrice aux croquettes… Le double sens m’avait échappé.
    S’il avait pu dire, notre histrion : « Du dentifrice au Harpic wc »…

  4. Calvin

    L’inutilité des syndicats vient de ce que, désormais, tout le monde (employés, syndicats, employeurs) sait qu’aucun gouvernement ne touchera à rien.
    L’exception française est là.

    1. theo31

      On dit toujours que les cent premiers jours du gouvernement sont cruciaux. En France, ces cent jours commencent par un mois et demi de campagne pour les législatives suivis de deux mois de vacances s’achevant avec la rentrée sociale de septembre. Pourtant, en quelques jours des décisions importantes peuvent être prises comme la suppression par décret du statut des fonctionnaires. Tout est verrouillé pour que rien ne change.

  5. Higgins

    Pas de surprise pour la compagnie nationale. Alors que nos peintres officiels ne supportent toujours pas l’arrogance des bataves de KLM (https:/ /b.marfeelcache.com/amp/www.contrepoints.org/2019/03/01/338334-air-france-klm-letat-francais-pris-en-tenaille), la compagnie nationale cumule les succès (https:/ /www.air-journal.fr/2019-04-25-classement-air-france-meilleure-premiere-classe-au-monde-5212016.html) mais c’est sans compter sur la réalité (https:/ /www.latribune.fr/entreprises-finance/services/transport-logistique/air-france-klm-a-perdu-plus-de-3-millions-d-euros-par-jour-au-premier-trimestre-816055.html).
    En clair, c’est mal barré pour la vieille dame qui ne tient que parce que le mot France figure dans son nom. Que les banques se retirent et tout l’édifice s’écroule. Winter is here.

    1. Higgins

      Le billet a trois ans mais je le crois toujours d’actualité: https:/ /chevallier.biz/air-france-crash-de-la-france-socialiste-suite/

      1. Higgins

        Même constat pour la reine du rail: https:/ /chevallier.biz/sncf-encore-et-toujours-en-train%e2%80%a6-de-ne-pas-faire-faillite/

    2. BDC

      Major, j’ai eu d’excellents échos sur Ben Smith. Il a redressé Air Canada et c’est bien parti pour Air France. Il est pour la privatisation de ADP et d’Air France, a eu les syndicats à l’usure (négociations 6h-20h pendant 3 semaines). Ça change des énarques !

      1. Higgins

        Oui. Je crois volontiers qu’il est le renard dans le poulailler. Tant pis pour les petits arrangements entre amis mais le chemin sera rude tant l’interdépendance entre l’entreprise et monde politico-syndical est important. C’est l’histoire d’Air France.

        1. BDC

          Il a le soutien de Macron et BLM, si un type comme lui n’y arrive pas, c’est définitivement foutu. C’est un pragmatique: son QG est à Roissy et plus aux Invalides, il s’entretient lui-même avec le personnel pour reclasser ceux qui ne servent à rien, il veut replanifier les hubs pour échelonner les départs et arrivées et limiter les retards, etc. Il a déjà fait pas mal de changements, rien ne garantit sa réussite car le chemin est encore long avant de redresser le bouzin mais accordons-lui une chance.

  6. John Doody

    Bonsoir,

    Dieu, donnes nous un peu plus de taxes, nous sommes faibles.
    Aides les socialistes à financer nos chaines comme polpot from l’Effrei.

    Cordailement,
    Johnny Joe.

    1. Pheldge

      Mode Al ON :
      10 sous, c’est bien, mais
      10 saouls c’est mieux !
      Mode Al OFF

      Sinon, oui le Camarde Yvan a raison, et hélas, depuis une réforme à la noix, le Camarade Patron a également raison …
      Il se murmure que bientôt l’orthographe en wesh et en verlan se ra autorisée … 😉

      1. Rick Enbacker

        Horreur ! J’ai vérifié et c’est vrai !

        http: // grammaire.reverso.net/6_1_02_rectifications_de_lorthographe_et_anomalies.shtml

        Et au féminin ça donne dissouse ? Même pas en rêve !

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