Paris sur la Grèce

La Grèce passera-t-elle le printemps ? On est en droit de se poser la question lorsqu’on fait un bilan soigné des différents éléments qui s’amoncellent sur la route tortueuse d’un « sauvetage » du pays.

La semaine dernière, on s’en souvient, la Grèce avait, officiellement, demandé l’aide de l’Europe et du FMI, notamment après la publication d’un déficit public supérieur à celui qui avait été annoncé, et, dans la foulée, l’explosion de ses taux d’emprunts.

Depuis vendredi, c’est donc l’effervescence.

Comme de juste, le gouvernement français s’est immédiatement focalisé sur le problème en rappelant que l’argent des contribuables devrait être utilisé à bon escient…. Mmhmmh eh bien non, comme d’habitude, le gouvernement français à chargé Gaston Christine Lagarde de faire quelques vagues déclarations de soutien, et la presse s’est rapidement emballée sur les passionnantes turpitudes d’une conductrice emmaillotée et d’un mari supposément polygame.

Il est vrai que l’identité nationale est autrement plus importante que les finances publiques. D’autant que, on l’apprend là aussi avec toute la discrétion de la presse qui sied aux matières d’argent – sujet sale dont on ne parle qu’à voix basse, dans les couloirs aux lumières tamisées menant aux chambrées des domestiques – le budget de l’État français va cette année pulvériser gaillardement son précédent record de déficit.

Oui oui, vous avez bien lu : l’année dernière, on s’en souvient, nous voguions joyeusement vers les 140 milliards de déficit. En 2010, si tout va bien, nous allons rajouter une louchée à la dette publique, actuellement proche de 1500 milliards d’euros. Et quelle louchée ! 149.2 milliards. Le plus « amusant » de tout ceci étant que cette augmentation calamiteuse du déficit et de la dette s’opère alors que, dixit la fabuleuse presse, « les recettes fiscales s’améliorent« . On frémit à l’idée d’un retournement de tendance.

Et malgré cette orgie de dette et de déficit, la France n’hésitera pas à filer des thunes à la Grèce (dont la dette totale, est, rappelons-le, de 300 milliards d’euros). Autrement dit, les deux dernières années de déficit français équivalent la totalité de la dette grecque.

On s’étonne ensuite de lire les remarques sur les nécessaires ajustements économiques que la Grèce devra faire, pendant qu’en France, dans la négation la plus parfaite de toute réalité, on continue allègrement sur la même pente, avec une vitesse bien plus grande consécutive à une inertie et une masse six fois plus importante.

Compte-tenu de ces éléments, on se surprend à découvrir l’agacement du ministre Grec des finances, Papaconstantinou, qui ne comprend pas que certains puissent parier sur l’incapacité de la Grèce à honorer ses échéances. C’est vrai, quoi, m-rde ! Avec l’aide de grands pays solides comme la France, l’Italie, l’Espagne ou le Portugal, la Grèce tiendra bon ; on ne peut pas décemment envisager que le lépreux s’effondre lamentablement alors qu’il est soutenu par une troupe d’amputés et de catarrheux en pleine forme.

Comme l’explique la presse, le ministre grec s’est dit convaincu qu’une fois les négociations en cours terminées sur un programme d’économies à réaliser par la Grèce, programme dont on devine déjà qu’il sera calme et pondéré au point que toute cette agitation promet de durer, « tous les pays de la zone euro y souscriveront [oui oui, souscriveront, c’est la nouvelle aurthographe de presse]« , y compris l’Allemagne.

Simple, finalement : un petit programme d’économie, et on va pouvoir aller taper les contribuables des pays avoisinant, qui sont eux aussi dans un bourbier aussi grand.

Manque de pot ou mur de la réalité ? On hésite à trancher, mais en tout cas, le pronostic du Grec ne se réalisera pas aussi facilement : l’Allemagne n’est pas d’accord. Ceux qui parient sur la banqueroute grecque ont donc encore quelque crédibilité.

Quel bilan dresser de tout cela ?

En fait, plusieurs éléments surnagent, obstinément oubliés par ceux qui nous gouvernent : placés exactement dans l’alignement de leur point aveugle, ils ne seront probablement pris en compte que lorsque l’agitation générale aura obligé les politiciens à les voir.

D’une part, les précédents plans de relance ont été très coûteux et n’ont absolument rien changé. Ce qui a été tenté fin 2008 et courant 2009 n’aura entraîné, en terme d’effets, qu’un sursis tout à fait temporaire, et alourdi dans tous les pays la dette et sa charge. La panique d’un effondrement boursier a laissé place au sentiment diffus et désagréable d’une victoire à la Pyrrhus, que tout n’était pas rentré dans l’ordre. En effet, le nombre de chômeurs n’a pas diminué. Le nombre de faillites non plus. Les bourses n’ont pas regagné leurs niveaux d’avant crise (loin s’en faut : 6100 points pour le CAC en 2007, 4000 actuellement), l’Euro continue de s’enfoncer face à un dollar pourtant pas bien en forme, les écarts de taux entre les bonds allemands et ceux du reste de la zone continuent de s’agrandir, et la conjoncture internationale pointe dans un seul sens : une croissance en berne.

Cette remarque vaut d’ailleurs aussi pour les USA, où la reprise tarde franchement à se montrer malgré les milliers de milliards de dollars claqués en plans divers et variés et … inutiles.

D’autre part, les mesures de fond, visant à rétablir un fonctionnement des économies, n’ont pas été prises. Du tout. Rien. Que dalle. Tout le monde s’est empressé de désigner les coupables (qui Wall Street, qui les traders, qui les fonds, qui les subprime) en oubliant l’éléphant au milieu du salon.

Que ce soit Sarkozy en France ou chacun des autres responsables politiques dans les pays les plus touchés, on a assisté pour le moment à une litanie d’intentions vagues sur les réductions des dépenses publiques sans qu’aucune mesure urgente ne soit réellement mise en application. La Grèce, au pied du mur, a commencé à remettre en cause quelques unes de ses dispendieuses habitudes. Mais chacun se rend compte que les économies réalisées jouent à la marge (on parle en millions quand il faudrait des milliards).

En France, alors que le monstre globuleux, mou et à l’appétit insatiable des retraites devient de plus en plus gros et bruyant, pendant que celui du trou de la Sécu continue de se creuser des galeries, véritables cathédrales de vide dans des finances exsangue, le gouvernement envisage de se prendre en main dans les années qui viennent, éventuellement, s’il le faut, à condition de bien y réfléchir pendant encore quelques années et de remettre ça après les élections présidentielles, alpha et oméga de la vie politique dans la Vème République. L’urgence est donc au rendez-vous, dans trois ans.

Et enfin mais surtout, les solutions proposés dans l’avenir sont, au mieux, utopiques, au pire, accroissent encore le risque d’une catastrophe globale : réclamer pour la Grèce la sortie de l’Euro est en effet une de ces fausses bonnes idées qui ne résoudra rien et qui empirera la situation tant de la Grèce que de l’Euro.

Pour la Grèce, en effet, la sortie de l’Euro se traduira par la réintroduction d’une monnaie nationale. Je passe sur l’aspect matériel forcément rocailleux et généralement oublié par les tenants de la proposition ; imaginons que ce soit immédiat et sans problème, il n’en reste pas moins qu’immédiatement, cette nouvelle monnaie va se prendre une dévaluation sévère. La dette grecque, elle, subsistera. Sera-t-elle re-libellée dans cette nouvelle monnaie ? Il s’agirait alors d’une belle entourloupe pour les prêteurs : il y a fort à parier que beaucoup y perdront justement la chemise dont parlait Papaconstantinou. Et si la dette conserve son nominal en euros, la Grèce se retrouvera à rembourser avec, en plus, un taux de change de plus en plus médiocre. Tout ceci ne peut pas bien se terminer.

Côté européen, la sortie de la Grèce sera un message magnifique et clair à l’ensemble de la communauté mondiale : l’Europe n’a pas les moyens d’aider la Grèce (ce qui est un secret de polichinelle, certes, mais là, personne ne pourra plus feindre de l’ignorer). Mieux : non seulement, on n’aide pas, mais en plus, on enfonce ! Là encore, le pari contre l’euro promet d’être payant.

Je résume : aider la Grèce, c’est s’assurer un report du problème sur les autres pays. On n’achète qu’un petit sursis. L’aider à sortir de l’euro, c’est s’assurer d’un retour de bâton au moins aussi sévère.

Il reste une solution : l’aider à rester, c’est-à-dire la forcer à remettre totalement en ordre son état social-démocrate galopant et tentaculaire. Ce qui veut dire, par voie de conséquence, faire de même partout ailleurs : fini les dépenses idiotes, impossibles ou totalement décalées, fini le keynésianisme débridé, le chèques en bois sur les générations futures désanussées à coup de dettes kolossales. Fini le Tout-à-l’État, maman moelleuse et ultime de tous les bobos et papa sécurisant et omniscient de tous les problèmes.

Ceci porte un nom : rigueur budgétaire, déflation, libéralisations.

Je suis prêt à parier que cette voie ne sera pas envisagée, et qu’il en coûtera encore plus cher à tout le monde, très vite.

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