Chute de bénéfice chez Volkswagen, enfoncement du secteur

Un article de Henry Bonner

Comme je l’écrivais suite aux résultats de Stellantis, les pertes de plus de 20 milliards d’euros sur la seconde moitié de 2025 montrent les dégâts de la conversion au tout-électrique malgré le manque de demande.

De même, le rapport de Volkswagen, plus gros constructeur d’Europe montre sur 2025 une chute de la rentabilité, la stagnation des ventes et des pertes sur les investissements en raison de la stratégie du tout-électrique. Le groupe prépare une accélération des licenciements, jusqu’à 50.000 réductions de postes, sur la fin de la décennie.

Le secteur fait moins de volumes depuis les confinements en raison du manque de demande pour l’électrique, les quotas contre les voitures thermiques, et les hausses de coûts de construction. Le titre Volkswagen baisse ainsi depuis 5 ans, comme le reste du secteur.

Entre le manque de demande et les gains de la concurrence, les constructeurs du continent réduisent la valeur des investissements, et les objectifs de ventes sur les prochaines années.

RMC BFM explique ainsi :

“Confronté à une chute de plus de 50% de ses bénéfices, le groupe allemand prévoit de supprimer 35.000 emplois d’ici à 2030 au sein de sa marque phare. En incluant l’ensemble de ses marques (Audi, Porsche ou encore Skoda), ce sont jusqu’à 50.000 postes qui pourraient disparaître en Europe, soit 8% des effectifs. Si l’électrification reste officiellement la priorité, elle est ralentie dans les faits pour tenter de redevenir rentable.”

En plus de baisses d’effectifs, Volkswagen réduit les investissements dans la production, et dans la recherche et développement.

Pour Le Monde :

“Pour contrer la crise, le constructeur a annoncé son intention de continuer à serrer les dépenses, prolongeant les mesures d’austérité menées ces trois dernières années, où les usines allemandes ont vu baisser leurs coûts de production de 20 %, ont précisé les dirigeants. Ces coupes drastiques sont insuffisantes, pourtant, pour affronter la concurrence chinoise, qui accélère l’exportation massive de ses véhicules ultracompétitifs vers l’Europe, a prévenu M. Blume [le PDG].”

Baisse de ventes, de production, et de dépenses

La présentation de Volkswagen sur 2025 montre les 3 principaux indicateurs de la santé du groupe. Ainsi, les volumes de ventes en nombre de véhicules font du surplace en 2025 par rapport à l’année précédente, avec 9 millions de véhicules. De même, le chiffre d’affaires atteint 322 milliards d’euros, contre 235 milliards en 2024, un recul de 1 %.

Par contre, le bénéfice sur les opérations affiche une baisse de 53 %. Il atteint 9 milliards contre 19 milliards en 2024.

La marge sur les opérations chute de moitié, de 5,9 % à 2,8 %. La dégradation du bénéfice montre l’impact des ajustements au fonctionnement de l’entreprise, en raison du manque de demande pour les voitures électriques et la pression de la concurrence.

En effet, le groupe génère moins de marge en 2025, par vente de voiture, et porte aussi des coûts autour de l’élimination de chaînes de montage dans l’électrique, et la relance des voitures thermiques.

Les principaux effets sur le bénéfice viennent ainsi de la rentabilité par véhicule dans les volumes de ventes (le mix de modèles), pour un impact de 3,2 milliards d’euros, et les coûts des tarifs aux Etats-Unis, de 2,8 milliards.

De plus, le groupe augmente de 2 milliards d’euros les dépenses sur les opérations chez Porsche en 2025, pour la relance des modèles thermiques. Ils estiment à 2,7 milliards la perte sur les actifs de la marque (goodwill).

En effet, en septembre dernier, Porsche annonce l’abandon de la stratégie du tout-électrique.

Or, le retournement contre la stratégie du tout-électrique requiert des milliards d’euros de dépenses, et une chute de valeur des actifs en raison de l’abandon de chaînes de montage.

Volkswagen cherche des économies via des licenciements, baisses d’investissements dans l’électrique, et le retour vers les voitures thermiques.

Le groupe fait 15 milliards d’euros d’investissements dans la production en 2025 (CAPEX), une baisse de 12 % par rapport à 2024. Les investissements dans la recherche et développement atteignent 19,4 milliards, en baisse de près de 8 %.

Les difficultés de l’entreprise et les licenciements ont lieu malgré des succès en théorie pour les voitures électriques.

En effet, la part de l’électrique grimpe au cours des trimestres. En Europe, elle atteint même 19 % des livraisons en 2025, contre 12 % en 2024.

Comme chez Stellantis et Renault, la hausse des livraisons de voitures électriques provient en réalité d’une réduction de la production de modèles en demande, chute de bénéfices, et pertes sur les investissements dans l’électrique malgré un manque de demande.

Constructeurs de voitures : enfoncement du secteur

Renault voit aussi baisse de près de 10 % sur une semaine, et de 40 % sur une année, après la publication des ventes et immatriculations de février.

En France, au niveau du secteur, les immatriculations baissent de 11,9 % en février par rapport au même mois de 2025 pour les voitures et fourgonnettes, et de 7,7 % pour les camions.

Les médias et dirigeants mettent en avant des progrès en théorie pour les voitures électriques.

En effet, la part de marché pour les voitures électriques et hybrides rechargeables grimpe au fil des années, jusqu’à 33 % en 2026.

Par contre, la hausse de la part de marché de l’électrique, sur la fin de l’année 2025, montre la dépendance des ventes aux subventions. En effet, la hausse provient du retour des subventions aux locations de voitures, le leasing social, en septembre dernier.

Ainsi, l’illusion de réussite de l’électrique, chez Volkswagen comme pour le reste du secteur, crée un effondrement des ventes de voitures, et des dizaines de milliards d’euros de pertes chez les constructeurs.

L’abandon d’objectifs, et les pertes sur les investissements, montrent le gâchis de temps et d’argent, en raison d’objectifs de production de la part de l’UE, et d’un manque de demande dans la réalité.

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Commentaires41

  1. Murps

    Historiquement, les allemands se sont souvent montrés piètres stratéges tout en persistant mécaniquement dans l’erreur…
    Ça n’a pas raté.
    C’est rassurant de voir qu’ils peuvent se montrer plus cons que nous
    Pourquoi tout le monde a vu depuis le début que les voitures à piles étaient un accident industriel en puissance et pas les dirigeants de ces grosses boîtes ?

    1. « Il est difficile de faire comprendre quelque chose à un homme lorsque son salaire dépend de son incompréhension » Upton Sinclair

    2. Higgins

      Les allemands sont peut-être cons mais rien n’aurait été possible sans la stupidité du personnel politique européen. La volonté de de détruire l’outil industriel performant qu’était l’industrie automobile européenne et la mise en œuvre qui a suivi restera un cas d’école dans l’Histoire.

            1. bob razovski

              C’est pourtant simple : vouloir détruire l’outil industriel est d’une stupidité affligeante.
              Je ne vois pas où se niche la contradiction là-dedans.

              1. Pheldge

                ah mais espèce de médisant complotiste de droite extrême, c’est de la « destruction créatrices » parce que ces emplois sales seront replacés par tous les nombreux emplois créés par « l’économie verte » sans oublier ses copines « l’économie sociale » et « l’économie circulaire » … 😉

      1. Higgins

        Les cons, ça ose tout et c’est à ça qu’on les reconnaît. La commission européenne persiste et signe avec son projet de réguler le marché de l’occasion : youtu.be/2q6mPRV2Iqw?

  2. Grosminet

    Même Dacia, qui ne fait pas d’électrique sauf la Spring (qui est en fait une chinoiserie) prend cher. Effondrement des ventes en ce début d’année, dans les – 30%. Licenciements dans l’usine historique, il se murmure qu’elle pourrait passer en deux équipes, du jamais vu depuis 20 ans.

    1. durru

      Paupérisation de la clientèle largement plus importante que les données publiques laissent le penser ?
      Timing de la montée en gamme mal ajusté ?

      1. Grosminet

        @durru 21 mars 2026, 13 h 19 min
        « Timing de la montée en gamme mal ajusté ? »
        Je ne pense pas, cette montée en en gamme date déjà. C’est peut-être juste un passage à vide temporaire. Trop tôt pour tirer des conclusions, on y verra plus clair d’ici l’été je pense.

      2. Higgins

        Dacia a basé jusqu’à il y a peu son business plan autour de la production de véhicules bon marché. J’observe bien que les modèles récents apparaissent plus cossu que la Logan de départ mais je m’interroge sur cette nouvelle stratégie qui se traduit immanquablement par une augmentation du prix de vente des véhicules proposés. C’est à l’encontre du positionnement initial et ça porte le risque de détourner une clientèle bien ciblée de cette production.

        1. Grosminet

          @ Higgins 21 mars 2026, 13 h 52 min
          « je m’interroge sur cette nouvelle stratégie »
          C’est tout sauf nouveau, ça à commencé avec le Duster premier modèle (il y a plus de 15 ans) dans lequel tu pouvais avoir des sièges en cuir en option…

          1. durru

            C’est une chose de proposer des options (ou des modèles) plus haut de gamme et c’en est une autre de ne plus avoir d’offre bas de gamme…

            1. Grosminet

              @ durru 21 mars 2026, 14 h 16 min
              Je me répètes, ça c’est le marché qui l’a voulu. Historiquement, les Dacia « coajă » se sont toujours peu vendues.

              1. durru

                Je me souviens qu’au lancement en France il y avait des délais d’attente énormes à cause du nombre très réduit d’unités livrés ici.
                En Roumanie on observe certes une hausse du pouvoir d’achat (et donc une demande du marché de montée en gamme), mais en France c’est clairement l’inverse (et en Europe de l’Ouest de manière plus générale).

                1. bob razovski

                  C’est surtout que le rapport qualité/prix actuel de Dacia est bien moins intéressant que celui d’il y a 10 ans.
                  De plus, l’abandon du diesel pour des moteur essences minables (mais vraiment minables) n’a pas arrangé la situation.
                  Voitures largement sous motorisées, chères, moins fiables. T’as le tiercé gagnant.
                  Sans parler du fait que t’es totalement ignoré chez ton concessionnaire (pas de pièces, pannes introuvables, délais à rallonge, etc…)

                  1. durru

                    Ils vont se repositionner sur le marché roumain (et émergent de manière plus générale, les principales usines sont développées en Turquie, au Maroc et en Inde).

                    1. bob razovski

                      Ben y’a du boulot.
                      Me deux premières Dacia sorties de des chaines de Dacia Roumanie étaient très bien fabriquées, la dernière sortie des chaines de Renault Casablanca est franchement un ton au dessous.

                    2. durru

                      Justement, pour que la production marocaine soit acceptable, il faut qu’elle soit vendue au Maroc, pas en France.

                  2. Grosminet

                    @ bob razovski 21 mars 2026, 19 h 10 min
                    « Sans parler du fait que t’es totalement ignoré chez ton concessionnaire (pas de pièces, pannes introuvables, délais à rallonge, etc…) »
                    C’est le jour et la nuit par rapport à chez nous. La prochaine fois que t’es emmerdé avec une Dacia et/ou qu’il te faut des pièces, fais moi signe, je peux te filer un coup de main.

                    1. Grosminet

                      @ bob razovski 21 mars 2026, 19 h 49 min
                      Réussir à faire travailler les arabes dans une usine c’est déjà difficile, leur faire faire de la qualité (au sens industriel du terme) exportable en Europe c’est au choix un pari perdu, ou un exploit. J’hésite entre les deux.

                    2. bob razovski

                      Ok, merci pour l’info, je garde ça sous le coude.
                      Mon Dokker 1,5L dci 2019 te remercie. Mais j’avoue que je n’ai pas à me plaindre pour l’instant (comme pour mes 2 précédents modèles).
                      Y’a juste l’adblue qui merdoie, mais ça, ce n’est en rien la faute de Dacia et c’est connu par tous ceux qui ont ce système sur leurs moteurs.
                      Si besoin, on pourra passer par email. Aucun problème pour que H16 te le donne si tu lui demandes 🙂

      3. bob razovski

        Je pense que c’est lié à la nullité crasse du service client Dacia.
        Dacia a toujours été nullissime dans ce créneau, sauf qu’avant, les modèles vendus étaient simples et fiables. Donc, il était très rare d’avoir à faire avec le service client.
        Aujourd’hui, c’est devenu cher, moins fiable, et la gamme pète plus haut que son cul.
        Un client mécontent pour une bagnole à 10000 balles, tu comprends presque qu’il se fasse envoyer bouler par le service client. Ca passe plus du tout quand tu a mis 25000 balles dans la voiture.

        1. Grosminet

          @ bob razovski 21 mars 2026, 19 h 04 min
          « Je pense que c’est lié à la nullité crasse du service client Dacia. »
          Ça ne concerne peut-être que la France, ce souci de service client… hors là on parle des ventes globales de la marque…

          1. bob razovski

            Possible.
            Faut aussi voir que certaines Dacia sont vendues comme des Renault et à ce titre, La marque doit certainement faire un effort pour apporter un meilleur service.
            J’avais vu ça à Dubai en 2018, les Duster de l’époque étaient Rebadgés Renault.

    2. Aristarkke

      Il me semble avoir vu passer une information que depuis 2026, plus aucune Dacia thermique n’échappe au malus escrologique. Même si les premiers étages ne semblent pas trop onéreux par rapport au summum possible, n’empêche que ça en rajoute au moment de payer la CG…

  3. Aristarkke

    « De même, le chiffre d’affaires atteint 322 milliards d’euros, contre 235 milliards en 2024, un recul de 1 %. »
    Mélusîîîne ! 322 doit être corrigé en 222 pour maintenir la beauté mathématique…

  4. du

    Les bourses débandent , seul le VIX , « l’indice de la peur » , lève la tête . Vieux rongeur désespéré sur un tas d’or déprécié …

    1. Grosminet

      @ du 21 mars 2026, 17 h 01 min
      « Vieux rongeur désespéré sur un tas d’or déprécié … »
      Faut bien admettre que -12 % dans la semaine ça fait pas plaisir. Les métaux précieux sont très volatils ces derniers temps, m’est d’avis que y’a beaucoup de jeux à très court terme dessus…

      1. du

        Les gros acheteurs , M-O , Chine , Asie S-E , non seulement n’achètent plus mais vendent ( besoin liquidité ) , comme pour les obligations .
        Pas trop inquiet pour l’or , les zob-li par contre …

  5. Ashoka

    Pour ce qui est du leasing en augmentation, j’ai un exemple marquant. Je cherchais une Dacia neuve. Impossible à trouver dans aucun garage autout de chez moi. Je m’étais inscrit sur liste d’attente chez un consessionnaire. 6 mois après rien du tout. Obligé d’en prendre une en leasing avec option d’achat 1 an après. Le leasing monte parce que c’est le seul moyen d’acheter une voiture neuve. Je ne sais pas pour les autres marques.

    1. Higgins

      J’ai acheté fin 2025 une Toyota Corolla Hybride. J’ai peut-être eu de la chance mais j’ai demandé et obtenu un modèle de démonstration qui était disponible et que j’ai eu en quinze jours au lieu des trois ou quatre mois si je l’avais acheté neuve. Évidemment, le garage a cherché à me vendre un leasing mais dès mon premier entretien, j’ai indiqué que je payais la voiture cash. Pas eu de pb.

    2. bob razovski

      Ils font le forcing sur les modèles « de luxe ».
      Chez Dacia, faut prendre sur étagère.
      A une époque, ils ont même vendu des options « accélératrices » de fabrication. Tu payes pour avoir ta voiture plus vite.

      1. Grosminet

        @ bob razovski 21 mars 2026, 19 h 16 min
        « A une époque, ils ont même vendu des options… »
        À la grande époque, jusque vers 2010, mes Dacia je les avais du jour au lendemain avec exactement la couleur et les options que je voulais. Fallait connaître la bonne personne et débourser un billet de 100 balles, tandis que les pauvres cons attendaient leur bagnole six mois environ. C’était mieux avant 😥

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