C’était pourtant évident que si la Justice était si lente, si évidemment souffreteuse, c’est faute de moyens : magistrats débordés, greffes engorgés, budgets squelettiques, la complainte était rodée et chacun hochait la tête d’un air entendu. Le drame de la petite Lyhanna, 11 ans, vient pourtant de réduire cette fable en cendres, et avec une brutalité telle que le pouvoir lui-même n’a pas su la maquiller.
Le principal suspect était visé par au moins sept plaintes et signalements pour violences sexuelles sur mineures depuis 2017, sans avoir jamais été entendu sur ces faits.
Sept plaintes parallèles qui ont obligé Emmanuel Macron, depuis le Monténégro, à jurer ne vouloir « entendre aucun argument de moyens dans cette affaire », pendant que son Darmanin de garde des Sceaux présentait ses excuses et concèdait que « l’institution judiciaire n’a pas su protéger » l’enfant.
Eh non, ce n’est donc pas une question d’argent et cet aveu, venu d’en haut, vaut à lui seul tous les réquisitoires que l’on pourrait dresser ici.
Et le plus sidérant n’est pas la lenteur, mais la géométrie remarquablement variable de la justice française.
Ainsi, la même justice qui met huit années à ne pas entendre un homme signalé cinq, six, sept fois se mue en foudre de guerre dès qu’apparaît le justiciable idéal : solvable, domicilié, fiscalement traçable et politiquement tiède. Là, plus de lenteur qui tienne, plus de greffe engorgé, plus de budget aux abois. L’administration fiscale redresse au cordeau, le tribunal administratif tranche dans la semaine, et le citoyen un peu trop vif sur les réseaux sociaux apprend qu’un tweet rageur lui vaut une convocation autrement plus prompte qu’une plainte pour viol.
Cas d’école lorsqu’une squatteuse a eu, à l’été 2025, la mauvaise idée d’occuper la résidence secondaire d’un magistrat, la mécanique s’est mise en branle avec une fulgurance admirable, là où le propriétaire lambda patiente des mois voire des années pour qu’on daigne lui répondre (finalement, la loi anti-squat de 2023, qui autorise le préfet à ordonner l’évacuation sous 48 à 72 heures, sait parfaitement fonctionner quand la qualité de la victime l’exige, hein).
Quelques jours pour rendre son toit à un homme de robe, mais des années d’inertie pour protéger une enfant : voilà une hiérarchie des urgences qui mériterait, à elle seule, un cours magistral d’éthique.
On objectera, l’œil humide, que les prisons débordent : voilà bien la preuve d’une justice impitoyable, qui embastille à tours de bras.
Oui, la France entasse près de 85 000 détenus pour à peine 62 500 places (à 136 % donc), mais ce n’est pas le symptôme d’une sévérité galopante : c’est le produit d’une démission politique trentenaire, celle qui consiste à ne jamais bâtir les prisons qu’un pays de 68 millions d’habitants devrait posséder. Comparée à ses voisins européens de gabarit équivalent, la France accuse un déficit de 50 000 à 100 000 places ; un parc digne de ce nom en compterait au bas mot 120 000. La conclusion arithmétique, qu’aucun ministre n’osera formuler, est pourtant limpide : ce sont quelque 40 000 condamnés qui, faute de cellule disponible, restent peu ou prou dans la nature. Et le doute n’est plus permis lorsque l’on sait qu’une peine de prison ferme sur deux n’est jamais exécutée derrière les barreaux, et que 61,7 % des sortants de détention repartent sans le moindre accompagnement.
Alors, sévérité ou incurie ?
Mais au-delà du manque de briques, la principale défaillance est morale et procède d’une culture, d’une véritable idéologie de l’excuse héritée des années 1970 et d’un réflexe corporatiste à la remarquable solidité. Que l’on protège les siens n’a rien d’un fantasme : on se souvient aisément de cet ancien vice-président du tribunal de Dijon, poursuivi pour avoir proposé en ligne d’associer sa fille de 12 ans à des ébats, et qui n’a écopé que d’un an de prison, là où le quidam eût savouré les sept années encourues.
Que l’on préfère étouffer plutôt qu’affronter n’a rien d’une caricature non plus : dans le périscolaire parisien déjà évoqué dans ces colonnes, un animateur signalé fut tranquillement muté d’une école à une autre, où trois plaintes pour viol sur mineur ont fini par tomber.
On ne déplace pas un dossier explosif par pénurie de crédits mais bien par lâcheté, par confort, par cette religion du « pas de vague » qui tient désormais lieu de doctrine pénale, ou pire encore, par calcul politique. D’ailleurs, parlant politique, il suffit que l’affaire effleure les puissants pour que la justice française s’invente des modes opératoires étonnamment prudents.
Le volet français du dossier Epstein, pourtant fourni et abondamment documenté, a longtemps prospéré dans un silence des plus polis ; et quand un député a osé réclamer une commission d’enquête parlementaire, la présidente de l’Assemblée nationale s’y est opposée au prétexte commode d’une « concurrence » avec une justice qui, elle, aura mis six ans et eu besoin d’un scandale venu d’Amérique pour rouvrir timidement ce qu’elle avait si soigneusement classé auparavant.
Faut-il y voir un complot ? Le terme serait presque trop flatteur, car il suppose une organisation, une intention, un cerveau alors que la réalité plus prosaïque est autrement plus accablante : la justice française est devenue une institution qui choisit, dossier après dossier, où elle déploie ses foudres et où elle baisse pudiquement les paupières.
Voilà le vrai visage de notre justice : véloce et féroce contre le râleur, le gênant, le solvable, mais aussi lente et débordante de mansuétude qu’elle le peut avec le prédateur récidiviste et le notable embarrassant.
La justice française ne manque pas de moyens (avec les médiocres, elle en a manifestement trop), mais beaucoup plus de volonté ; elle ne subit un engorgement que parce qu’elle refuse d’appliquer la sévérité nécessaire, et ce faisant, se condamne commodément (volontairement ?) à faire un tri.
Maintenant que le constat a été posé, que l’excuse du manque de moyens est balayée, y aura-t-il de quelconques conséquences ?
Vu le passif des énergumènes « en responsabilité », on pourra en douter.





La justice dévastée par la politique est nettement plus acharnée après ses dossiers…
nous attendons avec intérêt les commentaires éclairants de Philippe Bilger*, lecteur assidu quoiqu’anonyme …
*Philippe Bilger selon moi, incarne tout ce qui ne va pas : arrivisme et bassesse, veulerie, pusillanimité, arrogance et mépris de caste des sachants , qui n’admettent aucune contestation ni remise en cause …
Sept plaintes pour des faits aussi légers ? Tout le monde a droit à une huitième chance jusqu’à éventuellement douze ?
correspondant à l’âge de la victime ?
Les mêmes officines de justice dans le Gers sont autrement plus promptes à enquêter et sévir contre des agriculteurs en action de protection de leurs troupeaux, jusqu’ à leur envoyer des Centaures, absents du terrain lors des quasi émeutes d’après matches…
Exemple :
x.com/i/status/2062974329738956818
Disons que la justice grancaise sait etre prompte à sévir contre les vrais ennemis du pouvoir.
Oui, et ceux qui terrorisent la population sont dans le camp « amis du pouvoir ».
Les volontaires ne manquaient pas à Auch pour mettre en jour un agriculteur qui manifestait pacifiquement.
J’ai discuté un jour avec une stagiaire inspecteur de police à Auch : les affaires d’inceste représentaient le plus gros dossier de la brigade.
Je me souviens avoir lu, si ma mémoire ne me fait pas défaut, une statistique que le corps des mis en cause passant devant le tribunal était constitué de plus de 70 % de récidivistes. Pareto quand tu te rappelles à nous !
Exclure ces potentiels récidivistes en leur supprimant leurs droits (en se mettant en dehors du cadre légal, ils s’en sont affranchi) et en les mettant dans des prisons peu importe qu’elles soient surpeuplées me parait une solution.
Vous ne comprenez pas!
Détruire la vie de cette pauvre victime de la sosciété ne rendra pas Lyhanna.
Voulez-vous vraiment rajouter une victime supplémentaire à la méchanceté raciste, suprémaciste, voir masculiniste, de la France?
.
.
Dois-je vriament mettre un smiley? Parce que je n’ai pas envie de sourire.
Le problème n’est pas politique, ni lié à des moyens ; il est moral.
Nous sommes une société dans le culte de l’excuse, toujours trouver une raison pour infantiliser l’autre qui a péché. En agissant ainsi, nous ne lui reconnaissons pas son statut d’adulte, de personne responsable de ses actes et de sa capacité de commettre des erreurs.
Pourquoi ? Est-ce le fait que nous nous identifions à lui en tant que personne, ne pouvant alors reconnaître qu’il existe différentes catégories d’humains ?
Nous faisons tous des erreurs. Certains les reconnaissent et assument (oui je sais, j’insulte), d’autres mettent en avant leur passé pour ne pas grandir.
Pour faire piquer de force des animaux (bientôt nous aussi?), on sait déployer une brigade de gendarmerie.
Mais pour protéger les enfants de ce pays qui sombre car il a perdu son âme, il n’y a plus personne.
Tous les responsables, à commencer par le premier, je les enverrais aux Kerguelen réfléchir aux conséquences de leur lâcheté pendant deux ou trois ans (sans bateau ravitailleur).
Les pedos ont leurs entrées dans les ministères et les tribunaux.
Comment expliquer qu’un ancien proxénète et plus gros hébergeur d’images pedopornographiques sur son réseau internet puisse organiser en public la persécution d’un député enquêtant sur ses turpitudes ?
Big pharma vous la met bien profond….
pgibertie.com/2026/06/08/et-si-cetait-vrai-letude-qui-fait-scandale-aux-etats-unis-impact-de-la-vaccination-infantile-sur-les-resultats-de-sante-chroniques-analyse-critique/
Conséquences …aucune !
Le clou Bernadette Chirac a chassé celui là .
CPEF dois je vous le rappelez ?
Trouvé sur Ouest
»
Le président de la conférence nationale des procureurs estime que les magistrats sont « jetés en pâture »
Interrogé sur la colère ressentie après la mort de Lyhanna, le président de la conférence nationale de procureurs, Frédéric Chevallier, indique sur RMC : « On se lève tous les matins pour éviter ces drames. » Il déclare ainsi ne « pas partager la colère » et dénonce une « dérive » dans le fait de « jeter en pâture les magistrats ». »
Je tempère un tout petit peu la vindicte (ô combien justifiée) du Patron : les moyens mis à la disposition de la justice sont plus faibles en France que dans les autres pays occidentaux.
Une conséquence de plus de l’obésité de l’Etat qui à force de mettre son nez partout perd de vue ses missions régaliennes.
Par ailleurs, je l’ai dit plusieurs fois : élection des juges !
ou au moins responsabilisation de ces derniers, qui ne pourraient plus alors se retrancher sur le fait qu’ils rendent la justice au nom du peuple français. Le peuple aussi a le droit de se tromper 😉
Toute la gauchiasserie bien pensante mais malfaisante de pisser sur Zverev le vainqueur de Rolland Garros dans une affaire qui ne concerne pas la Justice Française, avec des charges insignifiantes au regard de cette affaire et close de surcroit.
Rien à attendre de ces gens là mais nous le savions déjà.
trop de plaintes tue la plainte….
pratiquement, on ne peut pas enquêter sur toutes les plaintes enregistrées c’est matériellement impossible d’où les milliers de classement sans suite
et Moussa supprime les vacances des magistrats du coup !!
lejdf.fr/gerald-darmanin-pas-de-vacances-pour-les-magistrats-jusquau-bilan-complet-des-70-000-dossiers-enfants/
Ce qui rejoint ce que j’ai écrit plus haut. Mets en taule pour un très long moment tous les récidivistes à plus de x condamnations et ton taux de plaintes chutera
Mille chose à dire sur la justice, la principale étant qu’elle est un des 3 pouvoirs dans la théorie politique classique, là où les pouvoirs exécutif et législatif sont soumis au vote populaire et renouvelés, là où ils ont des instances de contrôle, absolument rien pour la justice dans ces cas-là, ni sanction, ni vote, ni contrôle…elle tire son autorité de son indépendance brandie comme totem de la même manière que le Roi l’était de droit divin…c’est assez spécial comme conception d’une institution qui en plus se veut être l’émanation d’un peuple…bref, il y a grand écart.
Autre chose, H16, tu parlais de l’affaire Epstein, j’y vais de ma petite théorie, ou en tout cas interrogation, donc Jeffrey passait 3-4 mois de l’année à Paris, était connecté au grand-monde et aussi probablement à certaines agences gouvernementales…d’où ma question, les services français, l’ont-ils mis sous surveillance et aurait-on en France des dossiers bien confidentiels ? En toute théorie, un type si high-profile aurait dû être l’objet d’une certaine surveillance et j’ose imaginer si son appart avenue Foch n’a pas été mis sous « écoute ».
dernier point, une boite aux US vaut 2 milliards parce qu’elle a créé des colliers pour bétails qui avec des signaux peut orienter un troupeau et le garder et le guider grâce à de l’IA. D’où ma proposition, on ne va pas construire 40000 places de prison du jour au lendemain, en revanche on pourrait pour tous ceux qui doivent mettre un bracelet au pied émettre ce genre de règles…si tu sors du périmètre défini, c’est à dire de chez toi entre telle heure et telle heure, tu prends une petite décharge électrique, si tu rencontres untel lui aussi sous bracelet, tu reprends une décharge…bref ce genre de bracelet pourrait tout à fait être une bonne idée en France…
On peut assez facilement créer des places de prison en France.
Surtout que pour des petits délinquants, pas besoin de site ultra sécurisés comme pour des criminels endurcis ou des terroristes.
Outre le syndrome Nimby, le principal pb, comme l’a rappelé le patron, est idéologique : Taubira par exemple avait annulé les projets de son prédecesseur parce que, selon elle, la prison est l’école du crime.
La justice doit à un moment faire des choix. Il est quand même plus important de s’occuper de m’dame Michou qui a osé tailler ça haies en dehors des périodes autorisée (du 16 mars au 15 août soyons précis).