La France dépense largement pour ses retraites mais peine à se payer un ventilo

L’État français ressemble à ce ménage un peu spécial qui, le toit troué, la porte d’entrée qui ne ferme plus et le frigo désespérément vide, décide d’engloutir l’intégralité du revenu familial dans une télévision grand écran, une isolation parfaitement étanche des toilettes et deux kilos de caviar. Il dépense comme s’il avait les moyens de tout, tout en se révélant incapable de pourvoir aux besoins les plus élémentaires.

Et à la fin, l’addition nous est présentée, avec componction (pour faire passer la douloureuse) et un gros bâton (pour qu’elle soit, malgré tout, payée). Le 30 juin dernier, l’OCDE a d’ailleurs eu la délicatesse de rappeler l’évidence : la France dépense trop, dépense mal, et gagnerait à faire les deux dans le bon sens.

Difficile de lui donner tort.

Par exemple, le gouvernement a maintenu et généralisé le repas Crous à un euro pour tous les étudiants, ce qui garantit d’ailleurs que les Crous vont rencontrer de solides difficultés financières. Dans le même temps, la France, dont les forêts sont chaque été la proie des pyromanes – ce qui ravit au passage les climatohystériques – a commandé deux Canadair flambant neufs, livrables en 2032, dans le meilleur des cas 2033. En attendant, le pays ne disposera en tout que de 12 appareils vieillissants.

Autre exemple avec les hôpitaux, qui fondent dès que le thermomètre s’emballe : le mois passé, on a vu des soignants se cotiser pour s’offrir un climatiseur mobile, pendant que l’État annonçait fièrement une commande d’urgence de 30.000 appareils dont personne ne sait comment elle va être réellement financée, ni comment l’appel d’offre va être passé.

Dans le même temps, le même État lance un plan à 50 milliards d’euros d’ici 2035 pour de l’éolien offshore, assorti d’un régime d’aides d’État de 11 milliards approuvé par Bruxelles, et ce, alors que les parcs déjà installés produisent peu voire parfois rien et que le retour sur investissement se mesure en décennies (s’il y a un retour). 50 milliards pour un pari dont on ignore encore le rendement, mais pas un sou pour climatiser des hôpitaux, voilà un arbitrage qui se passe de commentaire.

Rassurez-vous, il en va de même pour les établissements scolaires.

Face aux canicules à répétition, EDF et la Banque postale ont sorti 130 millions d’euros pour équiper 12.500 établissements. L’intention est louable, mais rapportée aux plus de 80.000 écoles du pays, la goutte d’eau s’évapore avant de toucher le sol. Et comme on pouvait déjà le lire ici en 2019, le sujet ne date pas d’hier : cela fait des lustres qu’on redécouvre, chaque été, que l’été peut-être cuisant. Au rythme où vont les gesticulations, les annulations de brevet ou de baccalauréat vont pouvoir continuer les prochaines années.

Pendant ce temps, la France consacre des milliards à l’aide militaire et humanitaire à l’Ukraine, et le défilé du 14 juillet 2026 sera d’ailleurs placé sous le signe de la coalition, 10.000 soldats et pilotes ukrainiens compris. Soutenir l’Ukraine est un choix politique possible mais on peut aussi noter que, ce 2 juillet, la justice allemande a formellement accusé les autorités ukrainiennes d’avoir commandité le sabotage des gazoducs Nord Stream, sabotage qui a contribué à faire exploser la facture énergétique des ménages européens, français compris.

Financer généreusement celui qu’un parquet voisin soupçonne d’avoir allumé la mèche de votre propre inflation, c’est couillu ; le faire alors que les finances sont au bord de l’effondrement, cela dépasse l’étrange pour confiner au suspect.

Ces exemples s’accumulent et s’ajoutent, de surcroît, au millefeuille administratif dont l’OCDE constate l’étendue et la valeur ajoutée… « ouverte à discussion », pour le dire gentiment.

Ainsi, la France entretient plus de 430 opérateurs de l’État, des centaines de groupements d’intérêt public et plus de 2000 officines, agences et établissements dont les missions se chevauchent, s’entremêlent et se papouillent avec une créativité admirable, pour un coût estimé de 77 milliards d’euros par an (une broutille, détendez-vous !). Le gouvernement rêvait d’économiser deux à trois milliards en fusionnant tout cela ; le Sénat, plus lucide (?), estime que 500 millions serait déjà un objectif ambitieux.

L’appareil administratif est si morbidement obèse que plus personne n’ose espérer le dégraisser sérieusement.

Et on touche là au vrai sujet : les dépenses publiques françaises ont atteint 57,2 % du PIB en 2025, un record mondial, dont une dizaine de points ne sont que de l’emprunt maquillé en recette. Le déficit culmine à 5,1 % du PIB et la dette affiche un 3.536 milliards d’euros bien joufflu. Mais pour couronner le tout, cet argent produit peu et même de moins en moins.

La santé en est l’illustration parfaite : la France dépense plus que la moyenne pour des résultats en dessous, et l’on estime que plus de 20% des soins prodigués seraient inutiles, soit une vingtaine de milliards jetés par les fenêtres chaque année.

Quant aux retraites, l’OCDE relève que la France y consacre (dans une décontraction de plus en plus mesurée) presque le double de ce que versent les autres pays riches. Alors, certes, ici, le résultat n’est pas nul puisque le taux de pauvreté des retraités y figure parmi les plus bas d’Europe, mais cette performance se paie au prix d’une fiscalité vexatoire, d’une dette obèse que plus personne ne sait comment honorer, et d’un impact sur la compétitivité des emplois français qui apparaît clairement négative (pour ne pas dire catastrophique à présent).

Le message de l’OCDE n’est donc pas seulement qu’il faut dépenser moins, mais bien qu’il faut dépenser moins ET mieux dépenser ce qui reste, ce qui suppose de couper fermement là où l’argent ne sert à rien : le millefeuille et ses 77 milliards, les 20 milliards de soins inutiles, les paris énergétiques dont le rendement est grotesque, les dépenses extérieures dont on ne maîtrise ni le coût ni le retour. Et il faudrait que le tout soit en retrouvant, accessoirement, le sens élémentaire des priorités, celui qui voudrait qu’on achète de quoi éteindre les incendies et rafraîchir les hôpitaux avant d’isoler somptueusement les toilettes.

Rien n’indique hélas qu’on en prenne le chemin, tant l’ampleur des coupes nécessaires paraît sous-estimée par toute la classe politique, celle qui tient la gamelle comme celle qui tourne autour en attendant son tour. On continue donc de commander du caviar sous un toit troué, en s’étonnant benoîtement que la pluie tombe à l’intérieur.

Ce pays est foutu.

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Commentaires58

  1. Aristarkke

    « deux Canadair flambant neufs, livrables en 2032, »
    J’avais cru comprendre qu’il y avait eu une commande livrable en 2028 ?
    Un sentiment de commande en vrai ?

  2. Steph

    Cet article est… effarant mais bien en lien avec le lien

     » l’essentiel Alors que la France franchit la barre symbolique des 3 500 milliards d’euros de dette publique, l’économiste Éric Heyer, directeur du département Analyse et prévision de l’OFCE, décrypte les risques réels, l’impact de l’inflation et la menace d’une crise politique sans précédent lors du prochain débat budgétaire.

    La dette publique de la France atteint le niveau record de 3 500 milliards d’euros, soit près de 118 % de notre richesse nationale (le PIB). Est-ce une situation vraiment grave ?

    Dans l’absolu, non, car ce ne sont pas les milliards bruts qui comptent. L’inflation efface une partie de ce que nous devons : depuis 2021, les prix ont augmenté de 20 % en cumulé. Si la dette grandit au même rythme que l’inflation, le niveau réel de notre endettement ne bouge pas. D’ailleurs, en proportion de notre richesse, nous étions à 120 % en 2020 ; nous sommes aujourd’hui un peu en dessous. »

    ladepeche.fr/2026/07/08/entretien-3-500-milliards-deuros-de-dette-elle-nest-pas-plus-lourde-grace-a-linflation-et-si-le-fardeau-de-la-france-navait-pas-vraiment-augmente-13449106.php

    1. Dom17

      Et qui profite de la dette?
      Heureusement qu’on a élu un « Mozart de la finance » (on n’a pas dit « Mozart des finances publiques françaises ». Fallait comprendre….

      1. Pheldge

        heureusement qu’il existe une solution :
        lefigaro.fr/vox/politique/alain-minc-edouard-philippe-est-le-seul-candidat-qui-peut-eviter-un-second-tour-rn-lfi-20260707
        et face à MLP et ses casseroles, ça sera un jeu d’enfant, d’autant qu’il pourra compter sur le soutien actif des abstentionnistes.

  3. Aristarkke

    « le Sénat, plus lucide (?), estime que 500 millions serait déjà un objectif ambitieux. »
    Une économie sur les trombones, comme d’hab…

  4. Higgins

    ouest-france.fr/meteo/canicule/cest-ignoble-il-fait-35-c-dans-les-logements-classes-a-de-cet-ecoquartier-tout-neuf-a-bordeaux-9a9a7182-79fb-11f1-ae95-49be6b75151e
    et
    actu.fr/nouvelle-aquitaine/saint-aubin-de-medoc_33376/l-adblue-ce-systeme-antipollution-qui-freine-la-lutte-contre-les-feux-de-foret-le-chef-des-pompiers-de-gironde-alerte_64496145.html

    Ce pays est foutu…

    1. Steph

      Sur le premier lien, j’adore la réflexion de l’habitant qui découvre qu’une fois la chaleur entrée dans un bâtiment, il est difficile de l’évacuer si ledit bâtiment est bien isolé.

      « La chaleur dans ce bâtiment est étonnante au vu du DPE A. Mais ce diagnostic bien noté indique surtout que l’immeuble est bien isolé contre le froid et limite donc la déperdition de chaleur… en hiver. « C’est fou que les constructeurs n’aient pas pensé à ça [les canicules], avec le climat qui évolue », s’étonne un habitant. »

      1. Aristarkke

        Bien sûr que si, les constructeurs y pensent. Notamment pour les immeubles de bureaux depuis des années. Des façades-rideaux en verre, même s’il est spécial pour diminuer l’impact de l’effet de serre par le soleil, causent du réchauffement interne néanmoins. Et ce réchauffement est traité au nom de la productivité bien comprise…
        Dans l’habitation, c’est un surcoût que les acheteurs ne peuvent se permettre, déjà mobilisés financièrement par des tas d’autres normes obligatoires et coûteuses.
        Ce qui fait rentrer la chaleur dans les locaux, outre l’effet de serre par les fenêtres non occultées de l’extérieur voire non occultables, ce sont les ventilations mécaniques permanentes qui aspirent l’air surchauffé du dehors. Une fois entré, ce n’ est même pas l’isolation qui est gênante puisqu’il ne peut plus y avoir d’échanges thermiques entre intérieur et extérieur, les deux étant à températures quasi égales.
        L’été, pouvoir couper les VMC serait une étape retardatrice mais sans plus. Pour refroidir, il faudrait pouvoir user de climatiseurs fixes ou mobiles à condition cependant de ne pas bloquer le tuyau évacuateur dans une fenêtre entrouverte mais de le brancher sur une ouïe ad hoc avec clapet anti retour.
        Ou d’avoir un puits canadien utilisable été comme hiver avec une température interne de 12°C sous nos latitudes. Déjà difficile à réaliser pour un simple pavillon quasi impossible pour un immeuble collectif.

        1. P&C

          Appartement traversant pour bien aerer le soir ou et tôt le matin, ça peut aider aussi.
          Vegetaliser la façade, peindre le toit en blanc, des volets sur toutes les fenetes, balcons couverts… et une cave si vraiment il fait trop chaud, pour que les gens puissent s’y réfugier pour avoir du frais et dormir.

      2. Dom17

        Voilà le résultat de normes élaborées dans des bureaux (climatisés?)
        Le DPE étant une vaste imposture qui s’appuie essentiellement sur les factures, factures que l’acheteur ou le locataire sérieux demandait simplement auparavant. Tout le reste est de l’enfumage. Dans le passé, j’ai même eu des « conseils » d’amélioration consistant à poser des panneaux solaires avec une toiture plein nord..
        D’ailleurs, pas de DPE pour les logements neufs ou rénovés… puisqu’il n’y a pas de facture. Respect des normes seulement, même s’il y a des ponts thermiques!

    2. Takata

      Sur le 2eme lien :

      Le chef des pompiers de la Gironde veut une dérogation pour que les camions du Sdis échappent à la norme européenne antipollution : le système AdBlue. En effet, ce dispositif pénalise les soldats du feu lors de leurs interventions, comme le directeur du Sdis 33 l’explique à actu Bordeaux.

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      Coitus Interruptus 🙂

      1. Steph

        Bizarre, je lis article réservé aux abonnés et je l’ai en entier sans être abonné
        Je mets la fin

        « Selon l’officier du Sdis, certains pays européens ont mis en place cette dérogation. Marc Vermeulen aimerait que la France suive le mouvement.
        « C’est ubuesque »

        « Les réservoirs AdBlue se vident assez vite, développe Pierre Tonnel, mécanicien du Sdis. Sur les opérations de longue durée, on a facilement des pannes liées à ça. On est obligé de sortir les véhicules du chantier pour pouvoir les réparer, au minimum faire les pleins ou vraiment faire des gros diagnostics pour pouvoir réparer et remettre en route les véhicules assez rapidement. »

        C’est quelque chose qu’on a appris à gérer et qu’on intègre dans la rotation des camions. Donc, effectivement, si on retire ces camions-là d’un flanc, on va s’assurer de ne pas tous les retirer au même moment.

        « Ce qui est un peu ubuesque, c’est que ce sont des camions qui luttent contre les impacts de réchauffement climatique et qu’on leur applique les normes comme si c’était des camions qui faisaient des transports à travers toute l’Europe alors qu’ils ne font que quelques kilomètres entre la caserne et le boulot d’intervention », déplore Marc Vermeulen. »

          1. Dom17

            Plus difficile que de dégager des normes idiotes. Encore que, lorsque la volonté politique est enferrée dans l’idéologie …

          2. Takata

            Merci à Steph
            Capacité des réservoirs : sur ma voiture ça doit être 15 litres environ mais sur les camions de la boîte c’est énorme ça doit faire plus de 100 litres !
            Je pense qu’ils s’inquiètent plutôt des pannes: ça doit être un peu stressant quand tu démarres et que ton camion te dit “démarrage impossible dans 20km” 🙂

            Ils demandent une dérogation mais j’ai plus l’impression que c’est ce système adblue qui n’est pas au point.

        1. Aristarkke

          Suivant les liens et où on les trouve, il y a des articles réservés pourtant accessibles au commun des mortels ? Coup de chance d’un accès mis en loterie ?

          1. Gaston

            Le calculateur électronique du moteur ne comprend pas le terme ‘fuck l’ad blue’. Il bloque et point
            L’article ne détaille pas les pannes d’adblue. Pourtant sur des moteurs qui fonctionnent souvent, l’ad blue ne devrait pas être un problème. Sur les moteurs tournant peu il y a risque de cristallisation et donc blocage.

  5. Steph

    Vu qu’on parle de dettes, le patron ne parle pas du coût lié à l’accueil de docteurs et d’ingénieurs suédois.

    Une bonne âme a voulu les idées. J’appelle cela le concon du jour. Rigolez bien !

    « l’essentiel Par solidarité, un quinquagénaire des Côtes-d’Armor a hébergé une famille en difficulté pour lui éviter de passer l’hiver sous une tente. Aujourd’hui menacé, agressé et chassé de sa propre maison, il fait face à une procédure d’expulsion interminable… »

    ladepeche.fr/2026/07/07/cest-ingerable-il-accueille-gracieusement-une-famille-en-difficulte-dans-son-auberge-renovee-et-se-retrouve-a-la-rue-a-cause-de-ses-locataires-13457469.php

  6. Theo31

    En 2027, les électeurs auront le choix entre une reprise de justice et de justesse et un dealer. Ça revient à choisir entre la mort par décapitation ou par la chaise électrique.

    On va encore m’expliquer qu’il faut élire le moins pire des deux.

      1. Trasym sarl

        C’est malheureusement le seul choix que je fais depuis des décennies de votes divers et « (a)variés », vu que les programmes sont du n’importe quoi et que c’est pas grave car jamais appliqués!

      1. Trasym sarl

        C’est pourtant écologique, le CO2 du gaz brûlé étant récupéré dans le ballon ( enfin je crois, mais je ne suis pas sûr)!

  7. du

    Je voudrais corriger une confusion en début d’article , en fait , tandis qu’un gros bâton passe douloureusement , l’addition est présentée avec la componction qui a rendu Al Capone célèbre :  » c’est fou ce que l’on peut obtenir avec un sourire … et un flingue ! « 

  8. Aristarkke

    « tant l’ampleur des coupes nécessaires paraît sous-estimée par toute la classe politique »
    Et avec la campagne électorale qui va débuter fermement et amplement dans deux mois à peine, ce ne sera évidemment pas un sujet (de mécontentement) qui sera mis au premier plan si jamais, il était abordé…

      1. Dom17

        Ce gouvernement (de collabos) va mettre en place des mesures pour que toute critique, en particulier sur les vrais sujets, soit assimilée à la voix du Kremlin, autrement dit « ingérence étrangère ».

    1. P&C

      Ça viendra après. d’abord l’élection, puis l’enculerie.
      Punaise, j’en souhaite presque que le regard de Rher ou de morslieb se pose sur cette élection.
      Misanthropie +1

  9. P&C

    Dans toute cette affaire, il y a un aspect intéressant.
    Si on en croit le Janco, la France n’a plus de croissance réelle depuis 2008.
    Ce qui signifie que toute nouvelle action doit forcément se faire au détriment d’une autre, sans parler de la dette qui est de fait irremboursable (perso, je suis pour acter la faillite).
    La démocratie et la politique moderne peuvent-elles fonctionner dans une économie qui ne croit pas ?

  10. CPB33

    y-a pas assez de merdes à la tv, les Belges nous infligent les leurs !!!
    bvoltaire.fr/the-best-immigrant-enieme-tarte-a-la-creme-televisuelle-sur-lextreme-droite/

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