Une situation exceptionnelle

Une situation exceptionnelle demande des mesures exceptionnelles. Dans ce sens. Mais parfois, pour des raisons politiciennes, c’est le sens opposé qui est utilisé. On veut prendre des mesures exceptionnelles, alors on invoque une situation exceptionnelle. Au besoin, on la crée. Là, ça dérape joyeusement du côté de l’Intérieur. Dans le troquet de la démagogie, cette fois-ci, c’est Sarko qui nous offre la tournée.

Pour cela, vous invoquez le terrorisme. Sur un autre sol, ce serait une affaire sérieuse.

Prenez les USA, par exemple. Ils ont très peu connu, finalement, la situation d’attentats, de violences armées, de guerres civiles, sur leur sol. On peut comprendre (sans cautionner, cependant) que lorsqu’un groupe de grands malades détruit quelques pâtés de maisons chez eux, le réflexe qui prévaut (i.e. des mesures anti-terroristes exceptionnelles, comme le Patriot Act) est bien celui de faire beaucoup plus attention…

En France, en revanche, la situation est différente. Les guerres (civiles et autres), les attentats, les violences armées et les plasticages sont, disons, plus courants (mais pas plus cautionnables, il va de soi). Cela fait des dizaines, voire des centaines d’années que, bon gré, mal gré, les Français survivent à cette situation.

Mais non : il nous faut une loi, nous dit Sarko. Enfin, non, un paquet de lois. Avec plein de petits alinéas suspicieux, un index pointeur et un sourcil en l’air. Bilan, la France (et ses services de police) vont ficher les voyageurs qui s’aventurent vers les « paradis terroristes » (baptisés « pays sensibles », pour ne pas froisser les diplomaties concernées).

Et là, immédiatement, viennent une foule de questions à l’esprit, dont :

  • qui détermine un « pays sensible » d’un autre ?
  • à partir de quelle quantité d’or noir dans le sous-sol passe-t-on de « pays sensible » à « pays qui commerce avec nous », voire « pays amis » ?
  • quels critères seront retenus pour trier les voyageurs qui seront fichés des autres, pas fichés ? M’est avis que ces critères, laissés à l’appréciation de la fine fleur de l’administration douanière, seront bien entendu frappés au coin du bon sens et de la probité, cela va de soi.
  • si on revient, après avoir été « fiché », d’un « pays sensible », on a droit à un traitement spécial ? Une carte Fréquence Plus, peut-être ?

Evidemment, la CNIL, la vierge effarouchée de l’Information en France, s’est émue de ces lois qui mettent en pratique un système de flicage à distance. Et comme elle dispose de tout plein de pouvoir coercitif, évidemment, elle… ah non, c’est vrai, cette entité ne peut rien faire. La vierge s’agite dans l’antichambre du Ministère de l’Intérieur, sans que personne ne s’inquiète vraiment de ses petits soubresauts. Il est vrai, Sarko, pour faire bonne mesure, a rétorqué « que la responsabilité du gouvernement est, d’abord, de renforcer la capacité des services de l’Etat à protéger les Français contre une menace terroriste d’une très haute intensité ».

En pratique, il a fait preuve ici de clairvoyance. Un peu trop précise, peut-être. Il aurait dû dire : « la responsabilité du gouvernement est, d’abord, de renforcer la capacité des services de l’Etat, partout, en tout temps, en tous lieux ». Mais baste…

Bon. Renforçons donc. Et comme ces mesures « exceptionnelles » sont bien sûr provisoires, il est certain que ce provisoire là ne va pas durer. Et que l’argent qui sera dépensé dans ces mesures le sera à bon escient, pour une courte période. Pour voir…

Les Renseignement Généraux ont été créés sous Vichy. Il va de soi que cette institution, totalement provisoire pour ce régime, a bien évidemment été démantelée à la libération et …

Ah non ?

L’antiterrorisme selon Sarko

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Commentaires2

  1. Dilbert

    Il y a plein de choses créées sous Vichy, et d’autres en 1945, qui subsistent encore, et qui nous rendent la vie impossible (retraites par répartition, sécu, privilèges syndicaux, etc.). D’autres heureusement ont disparu (le mythe errant)…

  2. Mais il reste encore tant d’efforts à faire ! … Je suis toujours étonné que les plus mauvaises idées, en tout cas celles faites avec « le coeur sur la main » et « les meilleures intentions du monde », puissent être mises en place aussi facilement, et durer aussi longtemps. Il en ira des Lois Sarko comme du reste, probablement. En 2008, on leur trouvera encore quelques vertus qui les feront durer.

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