Livret A, assurance-vie, expatriation : la grande fuite silencieuse des Français

C’est officiel, les finances françaises vont mieux, l’État peut gagner un cran à sa ceinture et pousser un soupir de soulagement : Sebastien Lecornu, dans un tweet manifestement écrit par ChatGPT qui laisse traîner des tirets cadratins un peu partout, annonce avec emphase un déficit moins énormissime que prévu ; ce sera 5,1% du PIB au lieu de 5,4%, ce qui camoufle très mal le fait qu’on va devoir emprunter plus de 150 milliards d’euros sur les marchés.

En tout cas, voilà qui rassure largement les Français. Heureux et rassérénés par ces excellentes nouvelles, voilà nos concitoyens qui… sortent leur argent du livret A.

En effet, ce placement chéri des Français vient d’enregistrer une violente décollecte de 740 millions d’euros sur le seul mois de février 2026, hémorragie qui rompt violemment avec les tendances post-Covid.

Cette décollecte est poliment mise sur le dos de la baisse du taux de rémunération (1,5% seulement). Plus pragmatiquement, certains comprennent que ce désamour tient en réalité plus de la pauvreté qui s’étend ou, tout simplement, sur l’évidence que les Français choisissent d’investir massivement dans l’économie… du Luxembourg.

Eh oui, actuellement, le Luxembourg a le vent en poupe pour les Français : nos compatriotes détiennent désormais le record absolu de 98 milliards d’euros consciencieusement planqués en assurance-vie luxembourgeoise.

Ce n’est plus une fuite, c’est une évacuation sanitaire d’urgence : rien qu’en 2024, après la calamiteuse dissolution parlementaire, la collecte s’était envolée de 58%, suivie d’une autre hausse de 20% en 2025. La France est discrètement mais sûrement devenue le premier fournisseur de capitaux du Grand-Duché, représentant à elle seule 52% de sa collecte internationale.

Face au gouffre français, le contraste est cruel. Notre charge de la dette va engloutir 134,6 milliards d’euros en 2026, dépassant allègrement le budget de l’Éducation nationale, pendant que la France s’accroche à son bonnet d’âne de seul pays de la zone euro avec un déficit crânement maintenu au-dessus des 3%. En face, le voisin luxembourgeois s’affiche avec un insolent 26% de dette sur le PIB et un excédent budgétaire dodu.

Mais pourquoi diable le Luxembourg ? Tout le monde sait qu’il n’y a rien, là bas, enfin voyons !

Seraient-ce les mécanismes protecteurs que ce pays a mis en place, au contraire de l’Hexagone ?

En effet, le Luxembourg offre le fameux « Triangle de Sécurité » : vos actifs sont strictement séparés du bilan de l’assureur et déposés chez une banque indépendante, elle-même placée sous le contrôle sourcilleux du Commissariat aux Assurances de l’État luxembourgeois.

Ensuite, le « Super Privilège » vous garantit, en cas de faillite monumentale de l’assureur, d’être remboursé en priorité absolue et sans aucune limite de montant, là où le minuscule fonds de garantie français plafonne misérablement son remboursement à 70 000 euros.

Mais surtout, l’arme de séduction massive est l’immunité totale contre la loi Sapin 2 : ce texte voté en 2016 autorise Bercy à geler arbitrairement vos retraits et limiter vos arbitrages en cas de crise systémique, et n’a strictement aucune valeur juridique là-bas.

Pendant que l’État français garde jalousement la main sur votre portefeuille pour s’assurer que vous couliez en même temps que lui, le Luxembourg continue de simplifier ses règles, notamment avec sa récente circulaire 26/1 permettant de détenir directement des produits structurés, vous offrant ainsi un canot de sauvetage robuste.

En réalité, les Français pragmatiques, à commencer par ceux qui ont un minimum de patrimoine, se rendent compte du gouffre de plus en plus large qui se creuse entre les gesticulations gouvernementales pour faire croire à une reprise en main des finances du pays, et l’état réellement catastrophique de ces finances dont tout indique qu’elles vont engloutir les économies des Français. Et alors que le Luxembourg est noté AAA depuis 36 ans, la France perd des lettres de l’alphabet à chaque quinquennat, la propulsant de plus en plus vite vers BBQ.

Dès lors, s’exfiltrer hors du pays n’est pas un calcul purement fiscal, c’est devenu du simple bon sens d’ailleurs encouragé par les banques françaises elles-mêmes.

L’ironie suprême réside en effet dans l’identité de ces passeurs financiers : Cardif (pour BNP Paribas), AXA Wealth Europe, ou encore Generali, les piliers incontournables du capitalisme français, distribuent frénétiquement ces contrats transfrontaliers. Ces mêmes établissements qui financent quotidiennement la dette de l’État français par l’achat d’OAT vendent discrètement ces canots de sauvetage à leurs meilleurs clients. En somme, ces banques ne font plus vraiment dans la gestion de patrimoine, mais quasiment dans l’aide humanitaire.

Alors que le pays voit chaque année le nombre d’expatriés français gonfler de façon sensible, cette fuite des capitaux accélère un déclin qu’on ne peut plus cacher. L’expatriation explique « je m’en vais », le virement au Luxembourg annonce « je me protège » et les deux cas montrent que la confiance dans l’État est maintenant nulle.

Pourtant, devant ce constat, les autorités multiplient les âneries.

En bons pompiers-pyromanes, nos énarques de Bercy pleurnichent sur les recettes qui s’évaporent et s’improvisent taxiculteurs taxophiles, ce qui accélére encore la fuite des capitaux dans une boucle de rétroaction aussi prévisible que désastreuse. L’État prescrit consciencieusement la maladie comme traitement, persuadé que frapper plus fort sur le contribuable fera miraculeusement revenir les fuyards.

Pire encore, la loi Sapin 2 constitue un véritable revolver glissé ostensiblement dans le tiroir du banquier, prêt à être dégainée à tout moment. Cependant, laisser entendre au client qu’on peut lui bloquer arbitrairement son épargne pour sauver un système public en faillite ne fait que terroriser les derniers épargnants naïfs. Le Luxembourg, de son côté, n’a jamais eu besoin d’une telle loi anti-panique, tout simplement parce qu’il ne s’amuse pas à en provoquer tous les quatre matins.

En définitive, les Français fuient : certains par les airs, d’autres par la terre, et d’autres enfin, sur le plan financier.

C’est une sorte de plébiscite silencieux, un vote massif d’épargnants terrifiés par un pays structurellement incapable de gérer son budget depuis un demi-siècle. L’assurance-vie luxembourgeoise est ainsi devenue le Airbnb de l’épargne, offrant la possibilité aux Français de payer pour dormir chez le voisin plutôt que dans leur propre maison qui menace de s’écrouler sur leur tête.

Et quand on voit la façon particulièrement relaxe avec laquelle se réjouissent les clowns gouvernementaux lorsqu’ils se rendent compte que le déficit sera moins abominable que prévu, on peut pas blâmer ces Français qui sentent, au fond d’eux-mêmes, que ce pays est foutu.

J'accepte les BTC, ETH et BCH !

1BuyJKZLeEG5YkpbGn4QhtNTxhUqtpEGKf

Vous aussi, foutez les banquiers centraux dehors, terrorisez l’État et les banques en utilisant les cryptomonnaies, en les promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !
BTC : 1BuyJKZLeEG5YkpbGn4QhtNTxhUqtpEGKf
BCH : qqefdljudc7c02jhs87f29yymerxpu0zfupuufgvz6
ETH : 0x8e2827A89419Dbdcc88286f64FED21C3B3dEEcd8

Commentaires35

  1. Aristarkke

    Je doute que cette de collecte résulte d’appels de marges pour opérations boursières vu que la guerre d’Iran n’a débuté que le 28…

    1. Pierre 82

      Il ne faut pas non plus prendre tous les Français pour des crétins. Beaucoup parmi ceux qui ont un mimimum d’économies sous forme d’assurance-vie ont très bien compris ce que signifie la loi Sapin 2.
      La différence, c’est que jusqu’il y a peu, ils estimaient assez faible la possibilité qu’on leur confisque leur épargne purement et simplement.
      Ce qui a changé, c’est que la « solution chypriote » n’est plus une simple vue de l’esprit, mais un événement dont la probabilité est en train de croître assez spectaculairement.

      1. nemrod

        Et surtout que la conviction du « le déluge viendra après moi » s’érode.
        Que les suivants finissent en lambeau ne les souciait guère surtout des descendants lointains…déjà plus s’il s’agit de leurs enfants et alors eux…panique à bord.

  2. Pheldge

    pour les candidats à l’expatriation et les autres, quelques recommandations utiles face au Fisc : (la vidéo va au delà du titre)
    « L’IA du fisc scanne tes comptes, tes réseaux et ton train de vie (voici comment) »
    youtube.com/watch?v=l3cYliEOu5k

  3. Aristarkke

    « En somme, ces banques ne font plus vraiment dans la gestion de patrimoine, mais quasiment dans l’aide humanitaire. »
    Notre argent les intéresse cependant toujours, n’est-ce pas la BNP ?…

    1. cherea

      Wise fait du transfert d’argent entre zones monétaires avec un taux présenté comme avantageux.
      Pour ma part, vers 2020-2021, j’avais un gros client aux US qui me payait par Wise.
      Le premier versement avait été assez long et pénible. Il avait fallu donner pas mal de pièces…bref KYC/AML dans tous les sens. Donc quand ça marche, ça marche mais ce n’est pas immédiat. Vous ne pouvez pas transférer des fonds comme vous le voulez…

  4. Aristarkke

    Chez Xwitter, des publicités financières pour des assurances-vies luxembourgeoises sont légion depuis la rentrée de septembre. Garantissant, entre autres, une « retraite heureuse », ce qui montre le niveau de croyance quant à la pérennité de la SS…

      1. breizh

        et grâce à l’euthanasie, fin de la pénurie d’organes ! lesalonbeige.fr/des-pressions-exercees-pour-que-leuthanasie-de-noelia-ait-lieu-malgre-les-recours-au-motif-que-les-organes-etaient-deja-sous-compromis/

  5. Aristarkke

    « un déficit moins énormissime que prévu ; ce sera 5,1% du PIB au lieu de 5,4% »
    Qui est vraiment dupe de ce niveau moindre au bout seulement du premier trimestre ?
    Encore trois autres à tirer et je parie plutôt que nous les trouverons très satisfaits si le déficit ne dépasse pas les 5,4 au 31 décembre…

  6. Grosminet

    Une précision importante pour les candidats à l’expatriation : s’expatrier ne suffit pas pour être à l’abri des rapaces, il faut aussi établir sa résidence fiscale dans le pays d’accueil. Et ça ne se fait automatiquement…

  7. Gaston

    En lisant la mention du tweet, j’ai cherché le lien. Et puis, ne le trouvant pas, je me suis dit ‘Ce n’est pas plus mal, en fait ce que dit cet escroc ne mérite pas d’attention’. Vous avez bien fait de ne pas l’inclure, ce sera ça de moins en visibilité pour ce nuisible.

  8. Gerldam

    Cela fait plus de 25 ans que mes économies sont au Luxembourg.
    Je pense avoir devancé la foule de ceux qui comprennent maintenant que la faillite est évidente.
    Il y a 25 ans, il était déjà clair pour ceux qui réfléchissaient un peu que la pente sur laquelle se précipitait le pays joyeusment était glissante, très glissante.
    On nous bassinait déjà avec le réchauffmik (souvenez-vous du discours imbécile de Chirac à Johannesbourg: la maison brûle….en 2002).
    Pire: l’euro, un Deutchmark déguisé allait nous mettre dedans. Le premier livre de Charles Gave « Des lions menés par des ânes » a été écrit en 2002.

    1. Husskarl

      Je dois dire que l’affaire de la faillite de FWU m’a légèrement refroidi quant au Luxembourg et ses AV.
      Les épargnants n’ont pas perdu leurs fonds mais tout est bloqué, sans délai visible. Ca fait assez brouillon.

      Je serais curieux de connaître là dessus l’avis de monseigneur de Sèze ?

  9. cherea

    Un bon programme pour le candidat de 2027.
    Désosser physiquement Bercy, Bercy ressemble vraiment à un portique avec ses caméras..et en plus il y a un plan de rénovation de 500 millions de Bercy, alors qu’il faut tout le contraire, laisser l’infrastructure à un opérateur privé qui en fera un coworking ou que sais-je.

    Rien que Bercy avec son architecture soviétique…est infâme.

    Imaginez que Bercy, depuis sa création soit 1986, n’a jamais été foutu d’égaliser recettes et dépenses…
    pour moi c’est vraiment le symbole de la dictature fiscale française…
    Et la chute de Bercy retentira chez les Français comme la prise de la Bastille…

    Autre mesure populaire: en finir avec le changement d’horaire…

    1. breizh

      cela fait effectivement quelques décennies que les politiques ne contrôlent plus l’administration : il faut dire qu’ils en sont issus…

  10. AtomeCrochu

    Epargner quoi ? Sans déc.
    A mon âge on travaille, pas le temps de gagner de l’argent.
    Non mais ho.

    En passant, une petite capsule sur l’histoire des corporations.
    Toujours un plaisir de parcourir le fil du rasoir libéral, où les monopoles publics et privés s’écharpent pour contrôler le marché:

    https:/ /www.youtube.com/watch?v=AzmrEM0zMao

Laisser une réponse

(obligatoire)
(facultatif)