Hi-jack démocratique

Les voyages forment la jeunesse. Et je m’en suis rendu compte récemment : même quand on n’est plus vraiment jeune, voire à l’aube de devenir un vieux, les voyages continuent de former et de donner un autre point de vue aux choses qui nous sont habituelles. C’est à la faveur d’un déplacement récent qu’une vérité m’a frappé, bing, comme ça, au détour d’un changement de frontière : avec Sarkozy, non seulement la France s’enfonce à gauche, mais en plus c’est sans s’en rendre compte, et, si l’on tient compte du vote qui eut lieu en juin 2007, à son corps majoritairement défendant…

Eh oui, pas de doute : Sarko est un homme de gauche.

Attention, ne nous méprenons pas. Il ne s’agit pas d’un de ces hommes de gauche terrifiés à l’idée d’avoir des comportements de droite, mais bien d’un homme de droite totalement décomplexé de faire des choses qu’un homme de gauche n’aurait pas reniées. En cela, il s’agit d’une vraie rupture par rapport au précédent homme de droite au pouvoir, qui était, lui, complètement calcifié à l’idée qu’on puisse envisager de faire des choses de droite, tout en ne voulant pas donner l’impression de faire des choses de gauche non plus (et si vous m’avez bien suivi, relisez mieux).

A bien y réfléchir, cependant, il y avait des signes évidents de cette gauchitude du président. Jugez plutôt.

Si l’on regarde du côté privé – je sais, ce n’est pas bien, mais c’est pourtant bien pratique – , le petit Nicolas est passé d’une femme ouvertement à gauche (Cécilia, qui fricotait avec le PS local) à une femme … ouvertement à gauche en Carla dont on se rappellera qu’elle avait bruyamment manifesté, en suivant toute la clique socialiste, contre le projet de loi Boutefeux Hortefeux de tests ADN ; on se souviendra d’ailleurs qu’elle avait menacé de chanter pour soutenir le mouvement de protestation et – argh ! – avait mis sa menace a exécution. Sauf à aimer tendrement les compagnes aux opinions systématiquement foireuses, il faut en conclure qu’il y a bien là un élément à charge pour le président.

D’autre part, on peut noter que si les précédents présidents de la République se sont plutôt bien tenus en terme de protocole et d’activités ludiques, avec les factures afférentes pour le contribuable – cela va de soi, notre actuel monarque démocratique se la joue définitivement plus « peuple ». Imaginez : en 300 ans, on passe de Louis XIV à Sarkozy, du parc de Versailles au parc Disneyland, de la Maintenon à la Bruni, et des rubis, de l’or, ou du platine au strass et aux paillettes … Le rayonnement international de la Fraônce en prend un coup et l’éclat du pays sombre dans le miroitement blafard de la verroterie de supermarché.

Enfin, le penchant à gauche du petit Nicolas se traduit même dans la transparence toute mitterrandienne de son rapport avec la médecine : la pose d’un cathéter pour une intraveineuse suite à une angine carabinée n’aura été révélée que plusieurs mois après, dans les chuchotements génés de la presse. On ne peut pas dire, décidément, que les hommes d’état soient particulièrement à l’aise avec leurs bulletins de santé ; on ne peut pas, en réalité, leur reprocher – ils veulent un peu de vie privée, mettons. On peut en revanche trouver hypocrite de jouer la transparence alors qu’en réalité, ils ne la veulent surtout pas pour eux ou leurs petites affaires, de coeur, de santé, ou de finances…

Si l’on ajoute sa version très particulière d’une politique de droite sur le plan économique où les taxes se bousculent au portillon, les interventions d’état pleuvent et où le corporatisme n’est pas combattu s’il se trouve trop de députés ou de sénateurs de la profession protégé qu’on tente d’assainir… on dispose d’un président socialement à gauche et gauchement social dont le seul rapport avec la droite serait ses accointances un peu louche avec le milieu des affaires et les grands patrons.

Mais bon, à la limite : soit. Après tout, la majorité des Français a voté pour lui, dit-on, et le programme sentait bon le socialisme de droite.

Sauf que … A présent, et sans prévenir personne, Nicolas 1er a choisi de reporter une partie du budget des Chaînes Publiques de Propagande depuis le consommateur vers le contribuable. Ainsi, le consommateur qui payait indirectement, au travers des rentrées de la publicité faite par les annonceurs, n’est plus concerné par les chaînes publiques, et c’est le contribuable qui casque au travers d’une – je vous le donne en mille – Nouvelle Taxe.

Mieux : avec cette idée lumineuse, le gain en part de marché pour les chaînes privées va directement les enrichir, et, cerise sur le gâteau, la concurrence augmentant, les tarifs publicitaires vont augmenter pour tenir compte de la disparition des concurrents publics. Dans le cas moyen, le consommateur ne verra donc pas de différence sur les étiquettes des prix, puisque le même budget pub sera grillé auprès d’acteurs moins nombreux. Dans le cas pire, évidemment, les tarifs augmenteront au-delà de ce que la concurrence du public pouvait entraîner, et le consommateur payera la différence.

(Evidemment, je vous passe l’aspect TVA sur tous ces services et ces produits qui continuent d’enrichir la Bête. Le lecteur averti aura compris, s’il est consommateur-moutontribuable en France, qu’il va encore se faire percer un nouvel anus dans la bonne humeur d’un pays qui trottine vers sa misère).

Maintenant, une question me tarabuste – oui, je suis comme ça : on m’arrose avec des taxes et il me pousse un petit tarabuste.

Qui avait voté pour cet élément de la politique de Sarkozy ? Qui avait lu dans son torchon électoral programme présidentiel qu’il allait sucrer les revenus publicitaire de Pravda-2, Pravda-3, Pravda-Info ou Pravda-Musique ? Qui était au courant et qui peut maintenant dire : je le soutiens, il a mon vote ?

Si vous, lecteur, connaissez cette personne, soyez humains : dénoncez-la sans pitié.

En attendant, ne s’agit-il pas là d’un détournement éhonté de démocratie ? N’est-on pas en droit de demander de qui se moque le président, avec ses mouvements de bras et sa rhétorique d’avocat commis d’office, quand il met en place des choses qui, non seulement ne sont pas dans son programme, mais sont en parfaite contradiction même avec les vagues orientations qu’il prétendait tenir alors candidat ?

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